Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Khalil Chehadé

Quelques vérités élémentaires à qui de droit

C'est donc après 12 mois de gouvernement d'expédition d'affaires courantes que le Parlement a repris ses activités législatives. Parlons-en.
Notre pays ne peut pas fonctionner si nous avons besoin de 12 mois pour former un gouvernement opérationnel. Aucun pays ne pourrait fonctionner de la sorte d'ailleurs. Avoir besoin de 12 mois pour désigner 24 personnes capables de diriger le pays, c'est retarder les décisions qui pourraient sauver notre économie. Retarder ces décisions a un coût et nous rend donc moins riches. Avoir une politique économique et fiscale claire ne peut pas être discuté dans une fenêtre de deux mois entre le vote de confiance à un gouvernement et l'expiration d'un mandat présidentiel. Avoir une politique économique et fiscale n'est pas un détail de vie politique, c'est la base même de la vie politique. Les députés ont discuté pendant cette fenêtre de deux mois des problèmes sociaux et économiques les plus fondamentaux de notre société. Un pays ne se gère pas de la sorte.
Notre pays est au bord de la faillite. Une dette publique de 65 milliards de dollars pèse sur nos épaules. Comparée à un PIB de seulement 40 milliards de dollars, cette dette fait du Liban un membre «solide» du top 10 des pays avec les ratios dette publique / PIB les plus élevés au monde. Malgré cela, le déficit public se creuse encore et toujours. Avoir des dépenses plus que des recettes, c'est puiser des richesses des générations futures pour alimenter le temps présent. On peut philosopher autant que l'on veut : les chiffres sont clairs et le bilan ne tiendra pas longtemps la route. Avec une dette de 65 milliards de dollars, chacun d'entre nous porte un fardeau de 16000 dollars de dette publique.
Alors, au lieu de discuter de quelles poches nous puiserons pour financer les augmentations des salaires, discutons comment remplir ces poches. Discutons comment éduquer l'analphabète, guérir le malade, augmenter la productivité des employés. Discutons de comment nous devons arrêter le déficit annuel de 2,5 milliards de dollars d'Électricité du Liban. Ces 2,5 milliards de dollars n'ont aucune justification plausible. Il faut trouver moyen de retrouver des finances saines pour notre énergie. Discutons de comment retrouver le un million et demi de touristes par an. Discutons du moyen d'avoir un Liban neutre vis-à-vis des guerres régionales ou mondiales. Toute guerre dans laquelle nous nous engageons rend notre pays plus pauvre. Discutons du moyen d' aider 1 million de Libanais pauvres à trouver un emploi, une santé, un logement et une vie. La pauvreté, l'ignorance, la maladie et l'insécurité restreignent la croissance et le bien-être. Discutons de comment les vaincre. Discutons du moyen de développer nos infrastructures, comme nos routes, nos transports publics, nos services de télécommunication. Discutons de la manière dont nous allons travailler sur notre système de santé et notre protection sociale, dont nous allons améliorer l'éducation de l'école primaire aux diplômes les plus prestigieux.
Une croissance de 1,5% par an est ridicule pour un pays en voie de développement comme le Liban. D'ailleurs, cette croissance est surtout due à une augmentation conséquente des dépenses publiques, un comble pour un pays qui a toujours été réputé pour le non-interventionnisme, voire la nonchalance de l'État. Il y a quelques années, le Liban se classait troisième mondial en croissance économique derrière la Chine et le Qatar, avec une croissance de 9%, et ce, malgré une crise économique mondiale immense que le monde n'avait pas connue depuis 80 ans. Nous avons besoin d'une croissance de 9%.
Pour avoir une telle croissance, il est primordial que nos députés prennent le taureau par les cornes. Avoir besoin de 12 mois pour former un gouvernement et tergiverser pendant longtemps à propos d'une élection présidentielle, c'est fuir ses responsabilités. Cerise sur le gâteau, les députés ont osé prolonger leur propre mandat de 17 mois et ont fait fi du principe fondamental d'une démocratie: les élections. Prolonger anticonstitutionnellement son droit d'exercer ses responsabilités de gérer le pays et ne pas exercer ces responsabilités est scandaleux.
La Constitution n'est pas une proposition de loi, c'est la Loi fondamentale du pays qui prime sur toutes les autres lois. Si la Constitution impose à un gouvernement de présenter un budget, c'est que le budget est la politique par les chiffres d'un gouvernement. Un budget, c'est privilégier la défense à l'éducation, ou l'inverse. Un budget, c'est dire aux gens ce qu'on entend faire de l'argent public, de leur argent public. Un budget, ce n'est pas une contrainte pour un gouvernement, c'est un droit sacré pour un gouvernement d'annoncer comment il entend gérer le pays. Un budget, c'est un plan, une vision d'un an sur l'avenir du pays. Un budget, c'est la moindre des choses.
À un mois de l'expiration de l'actuel mandat présidentiel, on nous raconte qu'il est encore trop tôt pour parler des détails du profil du futur président. On nous décrit les caractéristiques les plus vagues possibles du prochain président et on hésite encore à discuter des noms potentiels, soit-disant parce que le plat n'est pas encore mûr. Nous ne voulons pas de députés qui attendent que le plat soit prêt. Nous voulons des députés qui cuisinent eux-mêmes le plat. Nous ne voulons pas de députés qui attendent de connaître l'opinion des quelque 200 pays de la planète pour pouvoir se prononcer sur le futur président de leur propre pays. Nous voulons des hommes politiques qu'ils prennent leurs responsabilités pour tous les problèmes qui frappent notre société. Qu'ils prennent leurs responsabilités pour faire régner l'ordre, comme ils l'ont fait pour Tripoli il y a quelques semaines, après de longues années de négligence. Nous refusons un quart ou un demi-État. Nous voulons un État complet, dans tous les secteurs de notre économie et dans toutes les régions de notre pays. Nous voulons des députés qu'ils prennent leurs responsabilités lorsqu'il s'agit de voter une loi électorale. Ajourner le débat pour 17 mois est inacceptable. Il fallait rester au Parlement autant de temps qu'il le fallait pour élaborer un projet de loi électorale qui réunirait la majorité des voix. Nous voulons des hommes politiques qu'ils nous disent quelle est la position officielle du Liban sur les centaines de milliers de réfugiés syriens dans notre pays. Sommes-nous capables de les accueillir tous? Peut-être la position officielle du gouvernement consiste-t-elle à accepter tous ces réfugiés, même si leur nombre atteint 20 millions.... Qu'on nous le dise et qu'on en discute.
On me dira que je suis trop idéaliste, que je confonds théorie et pratique. La différence entre la théorie et la pratique c'est la volonté politique, la vision économique et un minimum de responsabilité, d'ambition et de sagesse. Nous exigeons de quiconque veut gouverner ce pays d'avoir ces qualités.

Khalil CHEHADÉ

 

C'est donc après 12 mois de gouvernement d'expédition d'affaires courantes que le Parlement a repris ses activités législatives. Parlons-en.Notre pays ne peut pas fonctionner si nous avons besoin de 12 mois pour former un gouvernement opérationnel. Aucun pays ne pourrait fonctionner de la sorte d'ailleurs. Avoir besoin de 12 mois pour désigner 24 personnes capables de diriger le pays, c'est retarder les décisions qui pourraient sauver notre économie. Retarder ces décisions a un coût et nous rend donc moins riches. Avoir une politique économique et fiscale claire ne peut pas être discuté dans une fenêtre de deux mois entre le vote de confiance à un gouvernement et l'expiration d'un mandat présidentiel. Avoir une politique économique et fiscale n'est pas un détail de vie politique, c'est la base même de la vie politique....
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut