Mesdames, Messieurs les responsables de la municipalité de Baabda,
Il a suffi d'une phrase, une seule phrase pitoyable: «Ça ne nous concerne pas, ça brûle à Wadi Chahrour», pour transformer Baabda en un spectacle qui ressemble au dixième cercle de l'enfer. Fallait-il vraiment vous rappeler que Wadi Chahrour est la porte d'à côté ? Vos notions de géographie sont-elles tellement rudimentaires ? Vous auriez quand même pu pousser votre égoïsme jusqu'au bout et aider à éteindre ce feu, ne serait-ce que dans le seul but d'empêcher qu'il atteigne Baabda. Mais non, votre tasse de café du matin était bien plus importante...
Grâce à une réponse aussi bien pesée, Mesdames, Messieurs, notre forêt est anéantie. Grâce à un manque de réactivité, nos souvenirs d'enfance sont détruits. Grâce à votre manque de logique – je me permets de vous rappeler qu'un feu peut parcourir des mètres en quelques minutes –, notre ville est en deuil aujourd'hui.
Wadi Chahrour et Baabda sont peut-être deux entités légalement différentes, mais à ma connaissance, et je vous prie de me corriger si je me trompe, c'est la même forêt qui parcourt les deux villes. Une forêt qui appartient à un seul et même pays. Un pays que vous êtes supposés servir.
Deux heures. Deux heures avant une quelconque intervention officielle... Deux heures pendant lesquelles pères, mères, jeunes et habitants faisaient ce qu'ils pouvaient pour éviter la propagation des flammes jusqu'à leurs domiciles. Une chose très simple, Mesdames, Messieurs : pour que le feu se soit répandu à ce point et à cette allure, c'est que l'intervention n'a pas été assez rapide. Concept basique, mais qui a l'air de vous échapper ou en tout cas d'échapper à cette merveilleuse personne qui a déroché le téléphone, lundi matin, rétorquant que les problèmes de Wadi Chahrour ne sont pas ceux de Baabda.
Vous aviez promis une municipalité jeune et dynamique, un changement pour le meilleur de notre ville. Vous êtes fiers de vous faire appeler « mhandis » ou « hakim », mais vous êtes incapables de contenir un feu (pour la prochaine fois c'est rapidement de l'eau à la source qui fera l'affaire). Vous faites croire que vous voulez faire rayonner le Liban partout dans le monde, mais vous êtes incapables de montrer un peu de respect envers les hommes et la nature. Vous allez me dire que, compte tenu de la situation politique du Liban, la nature est la moindre de nos préoccupations. Mais justement, c'est tout ce qui nous reste dans ce pays ; tout ce qui nous restait en tout cas.
Une des dernières forêts préservées du Liban, un des joyaux de notre ville a été ravagé par le feu. Mais la faute n'est pas uniquement la vôtre. Elle est aussi la nôtre. Elle est celle de tout Libanais qui vote encore pour des représentants corrompus. Des représentants alléchés par le trône du grand chef et qui concentreront tous leurs efforts pour garder leur trône adoré. Des représentants incapables de travailler pour le progrès de leur pays et pour l'amélioration, voire la mise en place de services publics
fonctionnels.
Ma très chère Baabda, aujourd'hui je te pleure, mais je crains de pleurer bientôt mon pays.
Youssef B. MALLAT


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