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Liban - Conférence

L’UE engage le débat sur l’impunité, ou l’oubli forcé

Ont participé au début organisé par l'Union européenne sur la justice et l'impunité l'ambassadrice Angelina Eichhorst, la directrice du Centre international pour la justice transitionnelle Carmen Abou Jaoudé, l'ambassadeur d'Allemagne Christian Clages, le doyen de la faculté de droit le père Talal Hachem, le directeur de l'Agenda juridique Nizar Saghieh et notre collègue Jeanine Jalkh.

La problématique de l'impunité au Liban, traitée sous l'angle du système judiciaire, renvoie à la nécessité du travail de mémoire, dont l'instrumentalisation au Liban a profondément érodé la foi citoyenne en la justice.
Dans le cadre du débat que l'Union européenne engage avec la jeunesse libanaise sur la démocratie, une conférence sur la justice et l'impunité s'est tenue à l'Université Saint-Esprit de Kaslik, modérée par le doyen de la faculté de droit, le père Talal Hachem, en présence de la chef de la Délégation de l'Union européenne, l'ambassadrice Angelina Eichhorst.

L'ambassadeur d'Allemagne, Christian Clages, a évoqué le « long chemin du dépassement des conflits ». « Lorsque les jeunes allemands ont participé à la révolution de 1968, c'est contre le silence de leurs parents sur le passé de guerre qu'ils se sont rebellés », a lancé le diplomate à l'audience. Imprégné par ses années passées en Bosnie et en Croatie avant et après le démantèlement de la Yougoslavie, ainsi qu'au Rwanda, il a estimé que « l'absence d'historiographie au Liban compromet le procédé de délivrance du passé ». La « lutte pour la vérité », dont la justice transitionnelle devrait servir d'outil, est nécessaire quand bien même « un consensus sur l'histoire n'est pas obtenu ». Or, au Liban, le « dépassement du conflit » n'a pas vraiment commencé.

(Pour mémoire : Atteintes contre les journalistes et censure en hausse au Liban)


C'est « un dessin de notre paix manquée » que la directrice du Centre international pour la justice transitionnelle, Carmen Abou Jaoudé, a esquissé. Exposant l'état « d'amnésie collective » qui prévaut depuis la fin de la guerre, entretenu par « le slogan de paix civile », faussement guérisseur, elle a dénoncé le vrai diktat de l'après-guerre, « tourner la page et se taire », parce que « l'oubli est le seul remède ». C'est « entre la paix et la justice que les Libanais ont été contraints de choisir », et cette équation a eu raison du droit à la justice, que les Libanais, trop épuisés par quinze années de guerre civile, ont été incités abandonner.

Un « système charismatique »
Le directeur de l'Agenda juridique (al-Moufaqqira al-qanouniya), Nizar Saghiyeh, a mis le doigt sur « le problème structurel » qui a permis d'imposer cette alternative viciée et injuste. Le problème rejaillit dans la loi d'amnistie promulguée en 1991. « Alors que les lois d'amnistie en Occident ne s'appliquent pas aux auteurs de crimes contre l'humanité, notre loi a choisi de faire exception des cas d'assassinats d'autorités religieuses et politiques pendant la guerre civile », a relevé l'avocat. En accordant ainsi à l'homme politique une valeur supérieure à la victime civile, c'est-à-dire à « la valeur humaine », cette loi a placé les décideurs de la guerre au-delà de toute responsabilisation. Leur « autoamnistie inconditionnelle », doublée de surcroît d'une « apologie de soi », a prolongé, en le renforçant, « un système charismatique où la norme suprême n'est autre que les dirigeants eux-mêmes ». Ce système s'est substitué au « système de droit », en même temps que « la mémoire des héros » a enterré « la mémoire des victimes ». Mais certaines initiatives, notamment judiciaires, tenteraient de percer ce système, « source de l'impunité ». Si l'« autoamnistie » a fait fi du « droit des parents des disparus de guerre à connaître le sort de leurs fils », une décision récente du Conseil d'État a reconnu « le droit des familles des disparus à connaître la vérité », comme l'a rappelé Nizar Saghiyeh.

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L'enjeu de « l'éthique »
Ce sont les signes d'une « minirévolution » que notre collègue, la journaliste Jeanine Jalkh, a relevés. Décrivant « deux paysages en contraste, celui d'un État en déliquescence, d'une part, et d'une société civile en pleine effervescence, d'autre part », elle a mis l'accent sur « l'éthique » individuelle capable de rallier ces deux dynamiques en faveur de « la lutte contre l'impunité ». Quand bien même la formation à l'éthique serait « lacunaire », un réseau de juges indépendants, dont elle cite quelques noms, soutenus par des journalistes et des activistes, ont contribué à certaines avancées récentes, relatives à des sujets jadis occultés ou carrément réprimés, comme « le mariage civil, la violence domestique, le droit des travailleurs étrangers ». Rien ne devrait donc justifier une démotivation ni un désengagement des jeunes.


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commentaires (1)

S'agissant de cette Dame Thémis, une pédagogie universelle s'impose pour faire prendre davantage conscience aux indigènes d’ici du fait que c'est à cette dimension-là, de justice supranationale, que se joueront demain leur destin et leur mémoire. La soif d’équité est devenue une des préoccupations majeures de ces sociétés, pour bannir l’impunité et garantir leur futur serein. Non seulement des avant-gardes décidées, inventives et Saines ont donné le branle, mais d'ores et déjà les forces de traditions et leurs princes de la guerre autoamnistiés devront rafraîchir leurs projets sournois d'un bon coup de badigeon ! La victoire de la justice Vraie c'est aussi celle-là, c'est-à-dire une obligation d’imprégnation par un devoir de mémoire et de vérité de ce monde politique passé et dépassé, qui fait que les mémoires des victimes et des "disparus" paraissent aujourd'hui enfin hanter et terrifier autant ces professionnels de la politique que ceux de leurs chefs de guerre pétrifiés. Et ce combat, essentiel, est à continuer pour contrer ces taches abjectes que sont l'impunité, l’instrumentalisation de la justice et l’oubli forcé ! Ces autres Sains, face à ces taches déshonorantes, n’en sont plus à l'inquiétude et à la lamentation : car l'électrochoc de ces Printanières d'ici et tout alentour semble avoir été assez puissant pour que, toutes affaires cessantes, ils livrent déjà une guerre totale pour définitivement éradiquer ces satanées taches lamentables.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 13, le 09 mai 2014

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Commentaires (1)

  • S'agissant de cette Dame Thémis, une pédagogie universelle s'impose pour faire prendre davantage conscience aux indigènes d’ici du fait que c'est à cette dimension-là, de justice supranationale, que se joueront demain leur destin et leur mémoire. La soif d’équité est devenue une des préoccupations majeures de ces sociétés, pour bannir l’impunité et garantir leur futur serein. Non seulement des avant-gardes décidées, inventives et Saines ont donné le branle, mais d'ores et déjà les forces de traditions et leurs princes de la guerre autoamnistiés devront rafraîchir leurs projets sournois d'un bon coup de badigeon ! La victoire de la justice Vraie c'est aussi celle-là, c'est-à-dire une obligation d’imprégnation par un devoir de mémoire et de vérité de ce monde politique passé et dépassé, qui fait que les mémoires des victimes et des "disparus" paraissent aujourd'hui enfin hanter et terrifier autant ces professionnels de la politique que ceux de leurs chefs de guerre pétrifiés. Et ce combat, essentiel, est à continuer pour contrer ces taches abjectes que sont l'impunité, l’instrumentalisation de la justice et l’oubli forcé ! Ces autres Sains, face à ces taches déshonorantes, n’en sont plus à l'inquiétude et à la lamentation : car l'électrochoc de ces Printanières d'ici et tout alentour semble avoir été assez puissant pour que, toutes affaires cessantes, ils livrent déjà une guerre totale pour définitivement éradiquer ces satanées taches lamentables.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 13, le 09 mai 2014

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