De gauche à droite : Zeina Arida, cheikha Bodour bint al-Qassimi, princesse de Charjah, Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, et Abdullah al-Owais, directeur du département de la Culture et de l’Information de l’émirat de Charjah.
L'institution libanaise fondée à Beyrouth en 1997 et le directeur de la collection Sindbad chez Actes Sud ont été choisis par un jury international d'experts (Amadou Mailele, Gema Martin Muñoz, Hiam Abbas, Ahmed Djebbar, Farhan Nizam) pour leur travail en faveur de la valorisation, de la diffusion et de la promotion de la culture arabe.
Le prix a été remis aux deux lauréats par Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco, lors d'une cérémonie qui s'est déroulée au siège de l'organisation, à Paris. A été également inaugurée, à cette occasion, « Sûra wa Kalima, périple photo-romanesque à travers le monde arabe », exposition d'une sélection des archives photographiques de la Fondation arabe pour l'image, illustrée d'extraits de textes de littérature arabe édités par Farouk Mardam-Bey.
La directrice de l'Unesco a rappelé à cette occasion l'importance du prix Charjah en déclarant qu'il reflète une vision du monde dans laquelle la culture joue un rôle-clé non seulement pour la sécurité, mais aussi pour une paix durable fondée sur le respect mutuel, la confiance et la liberté. « Cette vision n'a jamais été aussi importante qu'aujourd'hui – en ces temps de mondialisation et à l'heure où les peuples et les cultures interagissent toujours plus, où hommes et femmes se considèrent de plus en plus comme ayant des identités multiples », a déclaré la directrice générale.
Présente à la cérémonie, la cheikha Bodour bint al-Qassimi, princesse de Charjah, a fait valoir la notion selon laquelle la religion appelle à nous rencontrer, à nous apprécier et à faire connaissance. « Ce qui importe le plus, c'est la vertu – quel que soit le pays d'où elle vient », a-t-elle déclaré, en évoquant la capacité fédératrice de la culture. La directrice de la Fondation arabe pour l'image, Zeina Arida, a quant à elle mis l'accent sur la double vocation de sa fondation : préserver des collections documentaires et être la conservatrice d'œuvres d'art et d'autres projets. Rappelons que la FAI est une organisation à but non lucratif qui collecte, préserve et étudie des photographies du monde arabe et de sa diaspora. Depuis 1997, elle met en place des expositions, des collaborations et des échanges internationaux, elle encourage les artistes et valorise leur travail, notamment à travers un réseau unique dans la région. « Ce réseau-observatoire (MoHo : Modern Heritage Observatory) s'étend du Mashreq au Maghreb, s'intéressant à toute forme de patrimoine qu'il immortalise par l'image : architecture, cinéma, presse, mémoire collective, etc », précise Arida. La FAI est soutenue par des partenaires à travers le monde, dont l'Institut du monde arabe, hôte régulier, qui dévoile des pans entiers de leurs archives, notamment à travers l'exposition « Il était une fois l'Orient Express » (du 4 avril au 31 août 2014). « À l'heure de l'image, et au vu des bouleversements que connaît le monde arabe actuellement, le travail de la FAI se révèle – outre par le caractère unique et original de sa démarche – être d'un intérêt primordial pour la conservation et la promotion de l'histoire du monde arabe, non seulement sociopolitique et économique, mais aussi artistique et culturelle », note sa directrice. Sa collection de photographies du monde arabe et de sa diaspora comprend des images datant du milieu du XIXe siècle à l'époque moderne.
La littérature arabe classique en traduction
« La diversité culturelle ne se résume pas à une juxtaposition de cultures différentes aux caractéristiques spécifiques et immuables », a affirmé le lauréat Farouk Mardam-Bey. « La diversité culturelle naît du brassage des cultures », a ajouté le plus important éditeur de littérature arabe traduite en France. Il a également mentionné la vitalité des lettres arabes modernes dans lesquelles les femmes y font entendre leur voix. « La traduction de la littérature arabe moderne, rarement rentable, est nécessaire pour améliorer notre compréhension du monde arabe », a-t-il expliqué. À signaler que l'éditeur a su faire connaître au public – non seulement français, mais également européen – aussi bien les incontournables de la littérature arabe classique (de la poésie préislamique jusqu'à Khalil Gibran), que les meilleurs textes des plus grands auteurs contemporains, témoins de l'ébullition du monde arabe (M. Darwich, A. R. Mounif, S. Ibrahim, E. Khoury, H. Barakat, H. Selmi, H. el-Cheikh, etc). Son expérience comme traducteur, consultant culturel, responsable de bibliothèques prestigieuses (dont celles de l'Institut du monde arabe et de l'Institut national des langues et civilisations orientales), rédacteur de revues, en plus de son travail d'écrivain et de penseur, à la confluence des cultures, agit dans le sens du vivre-ensemble et du dialogue interculturel.
Créé à l'initiative du gouvernorat de Charjah (Émirats arabes unis), ce prix a pour vocation de récompenser les efforts de deux personnalités ou organisations, l'une originaire du monde arabe et l'autre d'un pays non arabe ayant contribué de manière significative au développement, à la diffusion et à la promotion de la culture arabe dans le monde. Il s'ouvre depuis cette année à deux nouvelles disciplines : la photo et l'édition. Le prix est doté d'un montant de 60 000 dollars US réparti à égalité entre les deux lauréats.


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