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Liban - Liban

Incendie de Betchay-Baabda : des voix s’élèvent contre la négligence officielle

Un plan d'action sera bientôt mis en place par Terre-Liban pour réhabiliter la réserve de Baabda.

Un serpent mort et une tortue trouvés par les volontaires de l’association Terre-Liban au lendemain de l’incendie qui a détruit une grande partie de la forêt de Baabda.

« À la forêt de Baabda, les pertes en biodiversité ne se mesurent pas seulement en arbres, mais aussi en animaux. Nous commençons à découvrir les animaux morts : tortues, serpents, hérissons... ». Paul Abi Rached, président de Terre-Liban, l'ONG qui gère la réserve de la forêt de Baabda, dont la plus grande partie a brûlé lundi, ne peut que constater l'ampleur du désastre. Aujourd'hui, l'heure est au bilan et aux interrogations inévitables : pourquoi a-t-on laissé cet incendie, qui avait commencé dans la vallée de Wadi Chahrour, s'étendre aussi loin (jusqu'à Betchay, Yarzé, Jamhour ?... Pourquoi les municipalités n'ont-elles pas réagi à temps ? À quelle saison devons-nous nous attendre si les sinistres commencent si tôt ?


À propos de Baabda, Paul Abi Rached se montre formel : il y a eu négligence officielle. Les municipalités, bien qu'alertées à temps par les écologistes, se sont rejeté le blâme et n'ont pas mis leurs moyens à temps au service de l'extinction de l'incendie (la municipalité de Wadi Chahrour a nié avoir eu du retard, précisons-le). Selon lui, la municipalité de Wadi Chahrour n'est intervenue que très tard, ne notifiant pas les écologistes à Baabda du fait que les flammes se dirigeaient vers leur région. Quant à la municipalité de Baabda, elle a, toujours selon lui, envoyé un policier durant les premières heures, qui s'est contenté de constater que l'incendie n'est pas dans le périmètre de la ville. Quand les flammes sont parvenues à Baabda, plus aucun responsable n'a répondu présent...

 

 
Paul Abi Rached n'est pas le seul à diriger ses critiques contre les responsables. Le jour même de l'incendie, lundi, le député Alain Aoun avait dénoncé « le manque de moyens face à de tels désastres » et réclamé une action plus substantielle de l'État contre les incendies de forêts. Hier, le bureau du parti Kataëb à Baabda a publié un virulent communiqué qui fait assumer aux autorités concernées « la responsabilité de cette négligence effroyable qui a mené à ce crime écologique ». « La négligence dont nous avons été témoins et cette lenteur à lutter contre les flammes sont impardonnables, poursuit le texte. Surtout que ce désastre n'est pas le premier. » Le bureau Kataëb se demande « quels peuvent être les projets suspects qui se cachent derrière de tels actes, si tant est que l'origine criminelle de ces feux est prouvée ».


Pour sa part, le ministre de l'Environnement Mohammad Machnouk a tenu hier une réunion des institutions concernées par la lutte contre les incendies, à laquelle ont pris part le directeur de la Défense civile, le général Raymond Khattar, un représentant du commandement de l'armée, le général Georges Chidiac, le chef des pompiers de Beyrouth, le colonel Mounir Mkhalalati, et Georges Kettaneh, représentant la Croix-Rouge libanaise. À l'issue de la réunion, le général Khattar a expliqué que l'objectif était de mettre au point un mécanisme d'intervention en cas de sinistres, afin que les différentes institutions soient en état d'alerte et coordonnent entre elles.
Notons que des incendies ont éclaté dans diverses régions mardi. La Défense civile a éteint des feux dans plusieurs localités au Sud et dans le Mont-Liban, qui ont détruit des étendues d'herbes et de forêts.

 

La réserve conserve son statut
Quoi qu'il en soit, pour la forêt de Baabda, il est trop tard. Les flammes n'ont pas épargné plus de 70 % de la réserve, comme le rappelle Paul Abi Rached. « Nous voulons que la forêt de Baabda soit la dernière victime d'une telle négligence, dit-il. Nous nous apprêtons à lancer une campagne pour promouvoir les moyens de lutte précoce contre les feux, afin qu'ils soient maîtrisés avant d'avoir pu s'étendre, comme c'était le cas lundi. »

 


Selon l'écologiste, les habitants et les municipalités sont la pierre angulaire de l'intervention précoce contre le feu. « Nous comptons, s'il y a des fonds pour cette campagne, doter les municipalités dans les régions de matériel suffisant pour que d'autres forêts ne soient pas sacrifiées, dit-il. Notre expérience et notre travail sur le terrain pourront les aider à mieux planifier ces interventions. » Pourquoi cette expérience ne s'est-elle pas révélée suffisante pour limiter les dégâts dans la forêt de Baabda ? « C'est une chose d'intervenir d'une manière précoce pour maîtriser un feu naissant, et c'en est une autre de lutter contre un sinistre déjà très puissant, qui avait commencé ailleurs, dit-il. Les conditions météo rendaient le feu très agressif, nulle part au monde on n'aurait fait mieux. »


La forêt de Baabda est une zone protégée de par la volonté de ses propriétaires terriens, les pères antonins, et avec la gestion de Terre-Liban. D'aucuns craignent que la destruction d'une grande partie de l'espace vert n'ouvre la voie à une urbanisation plus ou moins contrôlée... Pas question, répond Paul Abi Rached. « Je me suis réuni avec les pères, ils m'ont assuré que la forêt resterait une réserve et qu'elle serait réhabilitée à ce titre », dit-il. L'Orient-Le Jour a contacté le père Georges Sadaka, président de l'Institut antonin, qui a confirmé que l'ordre comptait « créer un comité en vue de la réhabilitation de ce site, suivant les critères conformes aux réserves ». Paul Abi Rached précise que des experts seront consultés sur le sujet, et qu'un compte bancaire serait ouvert pour faciliter cette tâche. « Ceux qui voudront contribuer, en tant que volontaires sur le terrain ou financièrement, pourront le faire dans ce cadre », précise-t-il.

 

 


« À la forêt de Baabda, les pertes en biodiversité ne se mesurent pas seulement en arbres, mais aussi en animaux. Nous commençons à découvrir les animaux morts : tortues, serpents, hérissons... ». Paul Abi Rached, président de Terre-Liban, l'ONG qui gère la réserve de la forêt de Baabda, dont la plus grande partie a brûlé lundi, ne peut que constater l'ampleur du désastre....

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