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Nos lecteurs ont la parole - Youssef Mouawad

Quelle Bible croire ?

... Ou plutôt quelle Bible suivre ? Celle de Werner Keller, le best-seller intitulé La Bible arrachée aux sables* dans ses diverses éditions et mises à jour, ou celle de Finkelstein et Silberman, ouvrage plus récent, qui porte le titre suivant : La Bible dévoilée**?. Personnellement, je souhaite que Kamal Salibi n'ait pas tort en affirmant que la Bible venait d'Arabie***, et pour deux raisons plutôt qu'une. D'une part, Israël ne pourrait plus se servir de l'argument de la Terre promise dans son annexion de la terre des autres, et d'autre part, ce serait un tel pied de nez aux tenants de la lecture traditionnelle, ces soi-disant spécialistes qui ont perpétué les erreurs par respect pour le texte sacré et par révérence à son égard.
En tout état de cause, il faudrait un guide des égarés à l'usage des croyants pour se retrouver dans les débats où la science peine à avoir le dernier mot.
Cependant, il y a désormais certains acquis : personne ne croit plus que Moïse est l'auteur du Pentateuque, même si le Deutéronome prétend qu'il l'a écrit de sa propre main juste avant de mourir sur le mont Nébo. Mais au fait, Moïse a-t-il vraiment existé, se demande une saine lecture critique ? C'est à l'archéologie de trancher et non pas à une approche textuelle de l'Ancien Testament.
Trop souvent, trop longtemps, les découvertes archéologiques ont été instrumentalisées pour confirmer les écrits bibliques. Werner Keller appartient à cette catégorie d'historiens biblico-dépendants qui affirment : « Et pourtant, c'est la Bible qui a raison. » Il part de l'idée que les travaux archéologiques doivent corroborer les textes sacrés jusque dans leurs moindres détails car, pour lui, les « faits rapportés sont historiquement vrais et ils ont été notés avec une précision étonnante. » Or, la science d'aujourd'hui ne peut plus accepter un tel dogmatisme, et comme le dit le tandem Finkelstein-Silberman, il faut remettre en question la relation traditionnelle entre l'objet découvert et le texte comme il faut cesser de voir en chaque découverte exhumée une illustration de la Bible.
Il n'y a pas que Werner Keller pour adopter la thèse du tout vrai. Kamal Salibi l'approuve à la condition de changer de théâtre d'opération ; on quitterait donc la Palestine historique pour s'installer à l'ouest de la péninsule Arabique. D'après la théorie iconoclaste de l'historien libanais, si les chercheurs ont pu mettre en cause certains événements de l'Exode ou du Livre des rois, c'est assurément parce que lesdits événements ne correspondaient pas à la géographie de la Terre sainte. S'ils avaient plutôt adopté le décor de la province de l'Assir, à la frontière nord du Yémen, tout se serait expliqué, les lieux-dits et les toponymes apportant une preuve indéniable. L'éminent professeur, prévoyant le scandale que son livre allait causer dans les milieux bien pensants, s'était empressé de dire à la fin du chapitre 2 que la Bible reste la Bible quel que soit le lieu où elle a jailli.
« Arami obed abi », s'écrie, dans la Genèse, Jacob alias Israël, l'ancêtre éponyme du peuple de l'Alliance ; ce qui veut dire « Mon père était un Araméen errant. » Une réplique théâtrale, on dirait. Et pourquoi donc ? Les Hébreux étaient-ils réellement des Araméens ? Les thèses les plus récentes, dont celles de Finkelstein (Université de Tel-Aviv) et de Silberman, en font des Cananéens du cru comme les Phéniciens leurs voisins du Nord. Pour une raison difficile à élucider, ces populations s'interdirent, à un moment donné de l'âge du bronze, de consommer de la viande de porc et de ce fait s'exclurent de leur milieu géographique et humain en assurant leur spécificité.
Si l'on adopte la thèse minimaliste des deux auteurs susmentionnés, tout un pan de la mythologie s'écroule : Abraham, Isaac et Jacob à la trappe, point de séjour en Égypte et par conséquent ni Joseph, ni Moïse, ni Josué, et le récit de l'Exode aux oubliettes. Mieux encore, David ne serait qu'un chef de clan des hautes terres, un hors-la-loi qui rançonnait les lieux avoisinants. Et, last but not least, point de temple de Salomon à Jérusalem digne d'être mentionné dans les chroniques. Et point d'arche de l'Alliance.
Pour faire le point, il semble que le projet biblique ait démarré sous le règne de Josias (639-609 av. J.-C.). Sous sa « monarchie tardive, une théologie complexe fut élaborée, dans le royaume de Juda et à Jérusalem, pour sanctifier la connexion entre l'héritier de David et le destin de tout le peuple d'Israël ». Bref, de la fabulation pour rehausser le prestige de la lignée davidique. Ainsi, le livre le plus important de la littérature mondiale aurait été commandité au VIIe siècle avant J.-C., à l'âge du fer II, par un roitelet dont la capitale Jérusalem ne faisait pas plus de quinze mille âmes : Josias. Vous connaissez ? Moi, pas du tout, et pourtant, j'ai fait catéchisme.
Et dire que c'est avec lui que tout commença....

Youssef MOUAWAD

* Librairie Plon, 1980.
** Gallimard, folio, histoire, 2002.
*** « The Bible Came from Arabia » , Naufal Group ( Beyrouth), 1996.

... Ou plutôt quelle Bible suivre ? Celle de Werner Keller, le best-seller intitulé La Bible arrachée aux sables* dans ses diverses éditions et mises à jour, ou celle de Finkelstein et Silberman, ouvrage plus récent, qui porte le titre suivant : La Bible dévoilée**?. Personnellement, je souhaite que Kamal Salibi n'ait pas tort en affirmant que la Bible venait d'Arabie***, et pour deux raisons plutôt qu'une. D'une part, Israël ne pourrait plus se servir de l'argument de la Terre promise dans son annexion de la terre des autres, et d'autre part, ce serait un tel pied de nez aux tenants de la lecture traditionnelle, ces soi-disant spécialistes qui ont perpétué les erreurs par respect pour le texte sacré et par révérence à son égard.En tout état de cause, il faudrait un guide des égarés à l'usage des croyants pour se...
commentaires (3)

Toutes les religions tiennent à des contes, pour ne pas parler de mythes.

Bahijeh Akoury

10 h 07, le 06 mai 2014

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Commentaires (3)

  • Toutes les religions tiennent à des contes, pour ne pas parler de mythes.

    Bahijeh Akoury

    10 h 07, le 06 mai 2014

  • LA BIBLE VENAIT D'ARABIE ? AVEC UNE TELLE BOURDE, L'IMAGINATION DE CE MONSIEUR NAVIGUE DANS LE VIDE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 52, le 06 mai 2014

  • Et qu'en est-il de ces autres, les "évangiles" ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    03 h 21, le 06 mai 2014

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