Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Pathétiques, ces maronites

Il est de ces situations qui vous laissent dubitatif, pantois, les bras ballants, le corps lâche, hébété, incrédule, au seuil de l'idiotie. Vous ne savez plus si c'est un cauchemar que vous vivez les yeux ouverts, ou si, en dépit du soleil qui vous assomme, c'est la nuit la plus sombre de votre existence.
On lave son linge sale en famille, mais y a-t-il encore une famille qui ne soit divisée, meurtrie, déchirée par ses rivalités intrinsèques, criant à qui mieux mieux son allégeance à une partie contre l'autre, juste pour arriver à ses fins, quand ses concitoyens arrivent au seuil de la faim ?
Pathétiques, ces maronites – dont je suis. Ce n'est pas seulement à ce titre que je me permets de fustiger les prétendus prétendants à la magistrature suprême, mais bien plus, issu d'une famille de souche Beyrouthine, ayant eu pour père un grand ténor du barreau, principal fondateur de la Ligue maronite, et pour aïeul un patriarche qui a préféré fuir les honneurs et leurs ors, déçu par les politiciens de son siècle.
Prétendre à ce poste prestigieux est en soit louable. Servir ses concitoyens, appliquer les lois, envisager des perspectives de lendemains meilleurs en dépit de la grisaille politique qui nous entoure, l'est encore plus.
Rendre au peuple libanais sa dignité, sa place sur l'échiquier international, autrement que dans les journaux télévisés et les agences de presse serait idéal.
Il serait ennuyeux, sinon rébarbatif, d'énumérer les problèmes, les difficultés que nous ne rencontrons plus, mais que nous vivons à chaque moment de notre quotidien. Il est tellement lassant d'y penser que beaucoup se sont fait une raison, côtoyant ces ennemis qui par la force des choses sont devenus des amis distillant subrepticement leur venin dans nos veines.
Je n'ose pas imaginer quelle serait notre vie si demain, par je ne sais quelle intervention du destin, notre pays redevenait normal. Les lois appliquées, la sécurité partout, l'eau, l'électricité à profusion, la fin des embouteillages et de la médecine hors de prix, idem pour les tracas administratifs, la gabegie. Les hôtels sont bondés, les touristes affluents, les restaurants pleins à craquer, notre jeunesse bardée de diplômes frétille de bonheur, croulant sous les offres d'emploi des sociétés florissantes.
Et je pourrais aller plus loin dans mes rêves éveillés. Bien sûr, quelques esprits chagrins persistent et tentent de jouer à nouveau sur le registre de la discorde sectaire, mais dans leur clairvoyante sagesse nouvellement étrennée, les Libanais ont brûlé cet outil maléfique, détruit l'imprimerie qui l'éditait, biffé d'une grande croix vengeresse le passé et ses affres, renvoyant dos à dos tous ceux et ce qui leurs rappelleraient de mauvais souvenirs.
Comme il est bon de pouvoir en découdre, même en pensées, avec ces personnes qui nous font non pas souffrir, mais nous frustrent de nos plus belles années, de nos vies, de nos enfants, de leur avenir, de notre beau pays, juste pour satisfaire un ego taillé dans la démesure ; tous ceux-là qui, en fin de compte, une fois arrivés à leurs fins, ne seront pas meilleurs que ceux qui les ont précédés.
Un homme averti en vaut deux, relisez les journaux, potassez l'histoire, consultez les sites d'information, sortez de vos carcans, de votre paroisse, de votre entourage, prenez le temps de vous mettre avec vous-même, vous conviendrez avec moi que nous allons de mal en pire.
Envoyer mes concitoyens par-delà les frontières, soutenir militairement un régime inique au risque de se faire trucider, tout en leur assurant un service après-vente, avec enterrement de luxe, baroud d'honneur et tout le tralala, est un mal en soi et il n'y a pas là de quoi plastronner.
Soutenir la partie adverse, moralement, financièrement, s'engouffrer au côté d'une faune hétéroclite dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants, uniquement parce qu'elle est l'ennemie de mon ennemi, est tout aussi grave.
Au lieu de sortir le Liban de son rôle de boîte à percussion, se calfeutrer, fermer portes et fenêtres aux ingérences étrangères, le voici enfoncé de plus belle, ballotté par leurs désirs contradictoires. Le pire semble être à l'avenant.
La solution idéale à mon sens serait d'être contre les pour et contre les contre ; ils sont allés trop loin dans leur antagonisme, entraînant dans leur sillage une bonne partie des Libanais, souvent à leur corps défendant. Paraphrasant le « Deux négations ne font pas une nation » de ce grand éditorialiste que fut Georges Naccache, j'ajouterais : et ne la feront jamais.
Des victoires à la Pyrrhus ou, comme en 1982, à la Bachir Gemayel, qui fut une nécessité nationale, il n'y en aura plus. Reste à trouver au sein de cette communauté qui est la mienne une personne assez sage, cultivée, pondérée, sachant qu'à l'ombre de l'accord de Taëf, devenu Constitution, les prérogatives du président de la République libanaise sont aussi ténues qu'un fil d'araignée.
Nous cesserons alors à chaque sexennat de nous donner en spectacle.

 

Il est de ces situations qui vous laissent dubitatif, pantois, les bras ballants, le corps lâche, hébété, incrédule, au seuil de l'idiotie. Vous ne savez plus si c'est un cauchemar que vous vivez les yeux ouverts, ou si, en dépit du soleil qui vous assomme, c'est la nuit la plus sombre de votre existence.On lave son linge sale en famille, mais y a-t-il encore une famille qui ne soit divisée, meurtrie, déchirée par ses rivalités intrinsèques, criant à qui mieux mieux son allégeance à une partie contre l'autre, juste pour arriver à ses fins, quand ses concitoyens arrivent au seuil de la faim ?Pathétiques, ces maronites – dont je suis. Ce n'est pas seulement à ce titre que je me permets de fustiger les prétendus prétendants à la magistrature suprême, mais bien plus, issu d'une famille de souche Beyrouthine, ayant eu...
commentaires (3)

Pathétique s, en effet !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

13 h 43, le 03 mai 2014

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Pathétique s, en effet !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 43, le 03 mai 2014

  • POUR UNE PLACE VACANTE DE PRÉSIDENT IL Y A DES MILLIERS DE CANDIDATURES... CHAQUE MARONITE EST UN CANDIDAT ! IMAGINEZ-VOUS SI LA CONSTITUTION DISAIT QU'AU LIBAN IL FAUT ÉLIRE DIX PRÉSIDENTS "UN DIUMVIRAT" TOUTE LA POPULATION MARONITE SE PORTERAIT CANDIDATE !!! SA7I7... POURQUOI LE PRÉSIDENT DOIT ÊTRE MARONITE ET NON ORTHODOXE ??? BONNE QUESTION !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 14, le 03 mai 2014

  • "Reste à trouver au sein de cette communauté maronite une personne assez cultivée ! Sachant qu'à l'ombre de l'accord de Taëf, les prérogatives de ce président sont aussi ténues qu'un fil d'araignée. Nous cesserons alors à chaque sexennat de nous donner en spectacle." ! Parfaitement dit. Enfin un "maronitisme" clairvoyant !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 12, le 02 mai 2014

Retour en haut