Ils étaient beaux les hôtels de notre enfance. Ils portaient tous le nom de « Grand Hôtel ». Cela leur donnait un certain prestige, une magnificence inégalée. Mais plus que tout, ce qui les rendait beaux et immortels – bien que depuis la plupart soient tombés en ruines – c'est qu'ils étaient uniques. Ils n'étaient pas une « chaîne », une enseigne qui fait le tour du monde et qui finissait par perdre son identité. Ces hôtels-là avaient leur identité bien confirmée.
Les Grands Hôtels abritaient des histoires d'amour farfelues, des querelles et des secrets parfois sordides. Ils avaient leur charme... et une clientèle fidèle. Et s'ils se décharnaient en hiver comme les arbres qui les entouraient, très vite au printemps ils bourgeonnaient et se remplissaient de splendeur et de richesse. « Tout n'était que luxe, calme et volupté. »
Il y avait la richissime vieille dame qui attendait le coup de cinq heures pour faire sa partie de cartes, le vieil homme élégant aux cheveux gominés, au parfum très fort, mais à l'haleine âcre et, enfin, les jeunes tourtereaux qui se dissimulaient dans les longs corridors sans fin pour se bécoter. Leurs parents respectifs étant amis, ils se retrouvaient dans cet hôtel à chaque saison d'été. Devenus adolescents, les enfants avaient fini par s'échanger des serments d'amour. On appelait cela les baisers de l'été qui disparaissaient aussitôt les hirondelles parties. Enfin, il y avait le salon de thé où l'on piaillait à volonté autant que la ribambelle de gamins qui escaladaient les toboggans et hurlaient sur les balançoires en bois au rythme de « faites attention les enfants » qui fusait de l'intérieur.
Les gâteaux des Grands Hôtels avaient un autre goût. Plus jamais on ne retrouvera cet arôme dans les pâtisseries d'aujourd'hui. Même le vacarme de la cuisine était une douce musique et le soir, quand les volets étaient clos et que tout ce petit monde s'endormait, on pouvait deviner les rêves qui se ressemblaient.
Chacun des locataires rêvait de la belle monotonie du lendemain. Cette romantique monotonie que plus aucun hôtel ne pourrait recréer.
Wes Anderson fait revivre ce charme dans The Grand Budapest Hotel.

