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Nos lecteurs ont la parole - Adib Y. Tohmé

Des passés

J'ai un sentiment bizarre de déjà-vu. Pas vous? Aoun, Geagea, Gemayel s'affrontent dans une compétition rétro pour la présidence. C'est fantastique, vous ne trouvez pas? Des passés qui traînent depuis plusieurs dizaines d'années. Ils ne sont pas les seuls, me diriez-vous. Bien sûr, il y a aussi les autres, tous les autres, tous ces zombies politiques qui hantent le Parlement et le gouvernement depuis le début des années 90. Nous sommes en 2014, vous vous souvenez? Aujourd'hui, la vie politique libanaise est aussi vidée de substance que cette présidence que tout bon maronite convoite. Les autres ne sont pas mieux lotis, j'en conviens: Berry et Joumblatt supplantent toujours l'État et Salam est revenu d'un autre passé. Tous ces personnages dépassés mais qui s'accrochent à un système qui fonctionne tout seul... C'est fantastique, ce passé qui ne meurt jamais, qui n'est même pas passé.
Mais nous autres citoyens libanais indépendants, dont le nombre ne cesse de grandir à mesure que l'espoir s'étiole, n'arrivons plus à supporter cette politique du vide. Nous en avons assez de voir toujours les mêmes noms et les mêmes vieilles têtes répéter les mêmes rengaines. Il faut relancer la machine. Ce qu'il nous faut, c'est un politicien prêt à regarder vers l'avant et à changer de cap en évitant les écueils, au lieu de perpétuellement régler de vieux comptes. Un politicien prêt à débattre ouvertement et honnêtement de l'absolue non-viabilité de notre modèle économique et social. Un politicien qui a le courage de remettre en question notre politique monétaire et de s'attaquer aux rentes, à toutes les rentes, et à tous les étages. Parce qu'au fond, notre problème c'est un système qui ne produit pas assez pour générer une croissance susceptible de créer des emplois et retenir les talents. Notre problème, c'est une fausse croissance maquillée par la dette. C'est un régime politique qui se maintient au pouvoir en achetant les voix des électeurs grâce à des emprunts qui seront remboursés par leurs enfants ou leurs petits-enfants. C'est surtout un problème de coûts, des coûts odieux pour le partage d'une richesse par une infime minorité au détriment de tous les autres. La solution, c'est de changer l'ordre de nos priorités en nous focalisant sur les jeunes, sur la culture et sur la création. Pourtant, quand il s'agit de débattre de ces sujets et de beaucoup d'autres plus récents comme le fiasco de notre politique d'immigration, pratiquement tous les 8 et 14 marsistes pratiquent soit le déni, soit l'évitement ou la démagogie.
En me réveillant chaque matin, j'ai le sentiment que le temps s'est arrêté en 1989, mais que notre pays est confronté à des problèmes tels qu'il n'en a jamais connus depuis son indépendance. Je suis consterné par le manque de projets politiques sérieux pour régler ces crises et je m'interroge pour savoir si on peut régler nos problèmes par ceux-là mêmes qui ont contribué à les créer. Je ne sais pas si on peut encore leur laisser le bénéfice du doute, mais j'ai l'intuition que le changement, s'il arrive un jour, viendra de personnalités n'appartenant pas à la caste politique en place, quand au-delà de la frustration, au-delà des lamentations, au-delà de la lassitude, les citoyens décident de faire leur révolution dans les urnes.

 

 

J'ai un sentiment bizarre de déjà-vu. Pas vous? Aoun, Geagea, Gemayel s'affrontent dans une compétition rétro pour la présidence. C'est fantastique, vous ne trouvez pas? Des passés qui traînent depuis plusieurs dizaines d'années. Ils ne sont pas les seuls, me diriez-vous. Bien sûr, il y a aussi les autres, tous les autres, tous ces zombies politiques qui hantent le Parlement et le gouvernement depuis le début des années 90. Nous sommes en 2014, vous vous souvenez? Aujourd'hui, la vie politique libanaise est aussi vidée de substance que cette présidence que tout bon maronite convoite. Les autres ne sont pas mieux lotis, j'en conviens: Berry et Joumblatt supplantent toujours l'État et Salam est revenu d'un autre passé. Tous ces personnages dépassés mais qui s'accrochent à un système qui fonctionne tout seul... C'est...
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