Ces derniers temps, le pays est en proie à une étrange obsession. Un véritable engouement pour les chaises et les sièges. À leur seule vue, c'est l'emballement total: yeux qui sortent des orbites, sueurs froides, frissons tout le long du dos, extase qui atteint l'orgasme.
Pourtant, une chaise ça n'est pas tellement confortable; quatre heures d'affilée assis sur un siège, et bonjour les torticolis et maux de dos! Douleurs parfois atroces quand, au soi-disant siège, il manque des bras ou un pied. Une chaise, c'est juste pratique pour ne pas rester debout. Peut-être, mais c'est en ignorer les divers et divertissants autres usages. Par exemple, un siège à roulettes, tout insignifiant qu'il puisse paraître, peut s'avérer pour certains, peu soucieux des risques de patinage et de carambolage, un moyen de «s'envoyer en l'air». Rocambolesque. D'autres convoitent le siège pour asseoir leur autorité et leur pouvoir.
Ces jours-ci, le jeu des chaises fait fureur en ville. Qui de nous, enfant, ne s'est adonné à ce jeu? Pour plus de fun, placer une seule chaise au centre d'un grand cercle ou d'un hémicycle. Prévoir une bonne douzaine de joueurs. Plus on est des fous, plus on s'amuse. Mettez la musique ou la chanson de votre choix et laissez tout ce beau monde tourner en rond. Ainsi font font font les petites marionnettes, ainsi font font font trois petits tours, mais jamais ne s'en vont! Le fameux jeu de la chaise. Ne cherchez pas à deviner qui tire les ficelles dans les coulisses. Quand la musique s'arrête, sera déclaré vainqueur le joueur qui, poussé par une force magique, réussit le premier à s'asseoir. Sacré sentiment que d'appuyer son auguste derrière sur un siège, le dos – et j'insiste – restant dans une position verticale. Yihaa! La virilité du gagnant est quintuplée, je dirais même plus: sextuplée. Il se prend pour le roi de l'univers: j'y suis, j'y reste... et gare à celui qui n'est pas d'accord, sinon c'est la «chaise électrique», dixit le voisin... Si certains fortunés naissent avec une cuillère d'or en bouche, lui est né avec de l'«Altico» sur le derrière. C'est à se demander comment on a réussi à le sortir du ventre de sa mère. Probablement par césarienne parce qu'il a dû se présenter par le siège. Et depuis, il est resté collé..
Pour en revenir à nos moutons, si la «Ainsi font font» ne les emballe pas trop, vous pouvez toujours essayer la «It's now or never» d'Elvis Presley, histoire de mettre un brin de magie dans l'air. Dupon et Dupin ne se supportent pas. Ils sont comme Tom et Jerry. Haine ancestrale. Mais tout à coup, voilà qu'ils se font des mamours. Ils se bécotent comme des amoureux, cachés derrière les arbres touffus, loin des regards indiscrets. Ah, chaise, chaise, quand tu nous tiens! L'enjeu en vaut la chandelle...
Si vous êtes une femme, n'osez même pas entrer dans la danse. Seuls ces messieurs sont admis à ces enfantillages. Encore faut-il qu'ils fassent le signe de la croix avec les cinq doigts de la main. Quiconque ose montrer le bout du pouce, de l'index ou du... majeur est banni de la danse. Et tandis que ces «gentilshommes» se «secouent le bas des bras et font coin coin», à l'autre bout obscur de la salle, les dames se trémoussent à la queue leu leu. Pour chaque dix femmes, prévoir un homme. Placez-le au centre du cercle. Pour plus de fun, n'oubliez pas la chaise. Avec ou sans musique, le spectacle cabaret est garanti. Que le rideau se lève et let the show begin! Réjouissez-vous bonnes gens car bientôt toutes ces stars vous feront découvrir les mille et un usage sexy de la chaise. À califourchon, les jambes de part et d'autre de la monture improvisée, les cils tatoués comme des sabres pour toucher en plein dans le mille et les lèvres gonflées à la silicone pour mieux t'aspirer mon enfant. Compétition acharnée à coups de bistouri pour gagner et être l'élue du coq qui se pavane au milieu comme un paon. Qui se pavane et qui sirote une bière. Qui sirote et qui fredonne une autre comptine pour enfants: «Ini Mini Sini, Sini Chocolata, Tout tout bas, Tout tout bas, Ba-llou-ta» avant de choisir l'élue de sa «ballouta». Oui de sa «ballouta». Parce que le cœur, chers amis, que Dieu ait son âme et qu'il repose en paix.
Nathalie SAAD
NB : « Ballouta » mot du dialecte libanais qui signifie le gland, fruit du chêne.


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