Certains prétendent que le faible nombre des émigrés à s'être inscrits sur listes électorales à l'étranger (2961 personnes) prouve que les émigrés ne sont pas intéressés par les élections parlementaires au Liban.
Rien n'est plus faux!
Ayant vécu cette expérience, je voudrais évoquer les vraies raisons du faible nombre d'inscrits:
1.- En juin 2012, j'avais, en vue des élections prévues pour mai 2013, contacté le consulat du Liban à Marseille pour m'inscrire. La réponse fut qu'il n'avait pas reçu les formulaires de l'ambassade du Liban à Paris. Pour comprendre, j'avais donc contacté l'ambassade. Il m'a été tout simplement dit: «Nous n'avons pas reçu de directives définitives du ministère des Affaires étrangères à Beyrouth.» J'ai alors appelé plusieurs consulats et ambassades: Berne en Suisse, Montréal au Canada, Los Angeles aux USA, et Londres au Royaume-Uni, où j'ai reçu la même réponse: «Nous sommes en attente des directives de Beyrouth.» Ces «directives» de Beyrouth ne viendront jamais et je n'ai jamais pu remplir le formulaire de mon inscription.
2.- Nous n'avons jamais reçu de communication quelconque de la part des ambassades pour nous informer de ce qui se passait ou de ce que nous devions faire. Comment peut-on demander à une personne de faire quelque chose de cette importance si on ne lui communique aucune information? Nous pouvons donc comprendre que le ministère des Affaires étrangères au Liban n'était nullement pressé de faire voter les émigrés.
3.- On nous dit que les émigrés pourront voter pour 12 candidats à l'étranger. Le prétexte est que les émigrés ne sont pas intéressés de savoir qui sera le candidat au Hermel. Alors, autant leur donner quelques miettes à l'étranger!
4.- Je me rappelle que jadis les Beyrouthins eux-mêmes n'étaient pas très intéressés par les candidats au Hermel, qu'il s'agisse d'un Chebli al-Aryane ou d'un autre. C'est peut-être une erreur, mais nous accordions une importance à l'ensemble du pays, souhaitant ardemment l'édification de ses institutions, de la justice, de l'économie et de l'éducation. De la même manière, la chose qui intéresse les émigrés c'est la vision globale du Liban et l'engagement du candidat à vouloir respecter son indépendance et sa souveraineté. C'est sur cet aspect que les émigrés sont le plus sensibles: voir le Liban progresser et non pas à reculons, comme c'est le cas actuel.
5.- Pour avoir bonne conscience, certains de nos députés vont même jusqu'à évoquer l'exemple de la France. C'est archifaux! En effet, la France permet à ses ressortissants qui se trouvent à l'étranger d'avoir deux choix: voter à l'étranger ou voter dans leur commune. Pas les deux à la fois. Mais on ne les prive pas de pouvoir voter chez eux, dans leur commune! Voilà comment cela se fait dans un pays démocratique et civilisé. Il suffit de jeter un coup d'œil sur le site officiel du gouvernement français pour constater les options et les facilités mises à disposition des Français à l'étranger pour voter en France:
http ://www.diplomatie.gouv.fr/fr/vivre-a-l-etranger/voter-a-l-etranger-20721/l-exercice-du-droit-de-vote-par/
6.- Ensuite, pourquoi la référence seulement à la France? Les USA, l'Italie, la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Allemagne, les pays scandinaves, etc., tous exigent de leurs ressortissants, y compris ceux qui se trouvent à l'étranger, de voter pour les candidats dans leur pays – (par exemple obligation de vote pour les Italiens sous peine d'amende). Des pays comme l'Algérie, l'Égypte ou même la Libye (récemment) ont des longueurs d'avance sur nous. Alors que le monde entier progresse. Que
voulons-nous?
7.- Enfin, est-ce tellement difficile de faire voter les émigrés dans leur mère patrie? À l'heure où une technologie très avancée est disponible, on pourrait s'adresser à une entreprise qui assure le vote par ordinateur. Un vote qui serait confidentiel, sécurisé et exact. L'installation du système coûterait au début, mais il y aurait des économies importantes: pas de déplacement des gens; pas d'achat de voix; pas de création de centres de vote, pas de vote des «morts», pas de «disparition» d'urnes, pas d'«erreurs» lors des dépouillements, pas de coupures de courant et pas de tricherie.
Il ne faudrait plus perdre un seul instant, mais s'activer à faire le nécessaire pour qu'aux prochaines élections les émigrés puissent voter au Liban.
Prof. Samir NASSIF,
Ph.D.

