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Nos lecteurs ont la parole - Louis Ingea

Liban, pour demain

Faire vivre un pays comme le Liban selon les règles d'une démocratie, telle que comprise et appliquée par la plupart des pays du globe, est une plaisanterie.
De plus, elle est mauvaise.
On ne peut pas, en effet, et on ne doit pas généraliser un système de vie à tout-venant rien que pour sacrifier à un mode politique donné. Et ce n'est pas un progrès que d'appliquer, par mimétisme, les mêmes méthodes à des groupes humains quelle que soit leur culture.
Si la démocratie, revue et corrigée tant de fois au fil des siècles, a fini par prendre le pas sur la plupart des systèmes de gouvernement, cela ne peut signifier que la même formule réussisse forcément sous toutes les latitudes. Grandes ou petites, évoluées ou retardataires, laborieuses ou indolentes, les nations ne réagissent pas toutes de la même façon.
Certes, je ne mets pas en doute l'essence même de cette valeur fondamentale qu'est l'égalité des droits entre les hommes. Ni l'égalité de leurs devoirs tels que régis par le système démocratique.
Sauf que c'est dans le mode de fonctionnement intérieur que les rouages peuvent grincer. Et grincer au point de détraquer et puis de bloquer complètement tout progrès.
Voilà pourquoi, en fait, nous pouvons constater une large variété de jeux démocratiques selon les ensembles humains qui diffèrent les uns des autres dans leur caractère collectif, leur mode de civilisation, leur culture ou leur doctrine religieuse. Selon également le nombre des citoyens qui les composent.
Des pays comme la Chine, la Russie, les États-Unis, ne peuvent être gérés comme le Zimbabwe, l'Islande ou l'Albanie. Voilà pourquoi aussi, l'intelligence collective des groupements y joue un rôle primordial et essentiel. La démocratie en Grande-Bretagne, en Espagne et dans des pays du nord de l'Europe n'est pas évidemment la même que celle de la France, de l'Italie ou de l'Allemagne. Et elle est bien loin, ô combien, de celle des pays arabes et moyen-orientaux.
Nous y voilà, donc! Chez les peuples marqués par le sceau du clanisme, des sectes religieuses et de l'obscurantisme en général, il est impossible de faire jouer l'équilibre des choix et le respect sacré dû aux consciences individuelles.
Pas une élection sans triche. Pas un élu qui ne tourne au dictateur, comme peut tourner une mayonnaise de cuisine... Ce serait perte de temps que de citer toutes ces nations dont les chefs tyranniques n'ont cessé de hanter nos nuits et nos jours depuis cent ans.
Notre Liban, hélas, est inféodé à ce courant, bien qu'on s'en défende. C'est en pure perte d'énergie que se traduisent les efforts déployés pour l'affubler d'un régime glané jadis dans les résidus des colons occidentaux. Non! La démocratie, avec un président même pas choisi au suffrage universel n'est pas l'eurêka convenant à ce pays. Car, pour diriger quatre millions de monades indisciplinées et jouisseuses, nul besoin d'un gouvernement et d'un Parlement. Cette farce qui dure depuis 1946 n'a que trop duré. Il y faudrait une méthode inédite qui règle d'elle-même son mode de gérance. Choix de ministres, Cour de contrôle constitutionnel ou autres accommodements restant du ressort des juristes et ne relevant pas du présent discours...
On craint ces jours-ci, et suite aux graves tourments que nous cause la culture politique des peuples de la région, un vide constitutionnel qui conduirait à l'écroulement définitif de notre nation. Eh bien, moi et ceux qui pensent comme moi n'ont qu'à s'en réjouir. Et à proposer, sans complexe, le schéma suivant:
– Constitution libanaise concoctée par la France, une fois répudiée, fixons nos
préliminaires.
– Nous voulons un pays, abstraction faite de nos croyances religieuses, qui soit un territoire de travail et de paix, aussi minuscule soit-il. Dix mille kilomètres carrés ou six mille, peu importe! Le Liechtenstein, l'Andorre, Monaco et San Marino sont encore bien plus réduits et ne s'en portent pas plus mal. Économiquement parlant, ils sont en osmose avec leur environnement. Nous aurons donc la prétention d'en faire autant.
Pour l'élection d'un chef d'État et pour convenir à nos mentalités d'Orientaux, on décidera d'élire au suffrage universel une personnalité appartenant, à tour de rôle, à la sphère chrétienne et à la sphère mahométane, une fois tous les cinq ou six ans. Et cela sans remise en discussion ou renouvellement. Sauf que ledit chef sera un véritable prince-président nanti de tous les pouvoirs. Avec, comme constante inscrite au fronton du Palais, la neutralité politique totale.
Ainsi, trêve d'hypocrisie et de faux-fuyants! Le mot «distanciation» proposé par d'habiles concocteurs, plus sournois et plus savant qu'il n'en a l'air, n'est pas autre chose que la proclamation d'une neutralité rêvée par les honnêtes gens. Elle fut honnie, je le sais, par des générations de citoyens qui n'avaient jamais cru à l'existence d'un Liban vraiment souverain.
Si tel était encore le cas, nous sommes bien obligés d'ajouter ceci: que tous ceux qui continuent à ne pas y croire le quittent, tout simplement. Avec armes et bagages et...
territoires.
Partition? Sans doute... et bienfaisante.
Sur place, nous restera une côte riante, une montagne toujours fière, un climat radieux et une population convaincue, qui aura choisi, pour une fois, sa propre destinée.
À moins d'être faux, agressif, cruel et cupide, sans dignité et sans honneur, pourquoi y aurait-il des individus qui refuseraient ce genre de rectification? La douceur de pareille perspective serait en outre en mesure de séduire les plus récalcitrants.
Bref, un Liban à prendre ou à laisser. En toute liberté, sous l'égide d'un ONU qui ne soit pas, pour cette fois, un «machin» comme eût dit de Gaulle.
Dans ce Liban-là refleuriront les plantes, se modéreront les excès immobiliers, se reconstruiront les routes, reparaîtra l'eau retenue en minibarrages ou dessalée à partir de la mer, se construiront les usines électriques privatisées et passeront au premier plan, tous services confondus, l'enseignement, les arts et le tourisme.
Voilà comment je le souhaite, notre Liban. Et j'ai envie d'ajouter: qui l'aime me suive!
Ou sinon, crevons ensemble et tant pis pour tous.

 

Faire vivre un pays comme le Liban selon les règles d'une démocratie, telle que comprise et appliquée par la plupart des pays du globe, est une plaisanterie.De plus, elle est mauvaise.On ne peut pas, en effet, et on ne doit pas généraliser un système de vie à tout-venant rien que pour sacrifier à un mode politique donné. Et ce n'est pas un progrès que d'appliquer, par mimétisme, les mêmes méthodes à des groupes humains quelle que soit leur culture.Si la démocratie, revue et corrigée tant de fois au fil des siècles, a fini par prendre le pas sur la plupart des systèmes de gouvernement, cela ne peut signifier que la même formule réussisse forcément sous toutes les latitudes. Grandes ou petites, évoluées ou retardataires, laborieuses ou indolentes, les nations ne réagissent pas toutes de la même façon.Certes, je ne...
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