Nos Lecteurs ont la Parole

Le progrès, disent-ils...

Chloé KATTAR
OLJ
17/04/2014

Des denrées alimentaires de base dont les cours s'envolent aux manques majeurs d'eau potable, en passant par le chômage galopant qui frappe surtout des diplômés qui jamais n'ont été aussi nombreux, les changements climatiques affectant tous les continents... L'homme ne serait-il pas en droit de se révolter ? Il le fait d'ailleurs partout, avec plus ou moins de résultats...
Mais là où l'on n'attendait pas trop la révolution, la voici, silencieuse, insidieuse et sournoise. Et l'homme est pris de court par ce qu'il pensait être au départ un jeu, une mode comme une autre, qui passera. Mais la révolution informatique s'installe dans nos vies avec des conséquences incalculables, hier encore insoupçonnées.
Le monde, depuis le net, est devenu village. En quelques heures, la place Tahrir du Caire a déménagé à Kiev.
Avec le Net, on décime des secteurs entiers de l'économie classique, réduisant à l'inactivité des dizaines de milliers d'hommes. C'est Modern Times de Chaplin, un siècle plus tard... L'industrie du livre et de la presse écrite va disparaître, tout comme les agences de voyages et les banques à guichets. La chirurgie robotique va supplanter la chirurgie classique. Tous les services vont être assurés à domicile : hypermarchés, magasins de luxe et prêt-à-porter en ligne, vote électoral électronique chez soi...
Une boîte à Pandore s'est ouverte ; qui pourra la fermer ? La cybercriminalité explose aux quatre coins du monde mais la police classique arrive-t-elle à suivre ?
Récemment dans la capitale tchèque, la ville du premier printemps des peuples de l'époque moderne (celui de Yann Palak qui s'est brûlé vif, place Venceslas, pour protester contre le bâton russe – méthode ayant peut-être inspiré le Tunisien Bouazizi du printemps arabe), une institutrice de français s'inquiétait que ses élèves ne lisaient plus et cherchaient à frauder en prenant les résumés et les comptes rendus sur le net. Excédée, elle se disait inquiète à l'idée de voir disparaître bientôt le modèle classique de classes. Quelle différence y a-t-il encore entre le savoir dispensé dans les écoles et celui potentiellement possible sur le Net ? Et de regretter que des cours particuliers foisonnent déjà en ligne. Elle racontait que le maire de sa belle ville avait fait interdire par décret l'usage des Smartphones sur la voie publique et dans les transports en commun suite au décès d'un adolesent de 16 ans mort écrasé car resté sourd aux klaxons du tram électrique. Le décret n'a jamais été appliqué, car il fallait pour cela au moins 100 fois plus de policiers.
Un cancer nouveau, une sorte d'absinthe ou de cannabis du XXIe siècle, s'est installé, encore et toujours dû au progrès. Car à force de twitter, vibrer, skyper, facebooker du matin au soir, les gens se déshumanisent car ils n'ont plus le temps de se regarder ou de se parler, même en famille ! Dans les bus, les trains, les avions, les malls, les lieux publics, ils se côtoient physiquement mais en réalité des milliers de kilomètres les séparent... Un ami parisien trouve que les bouches de métro aux heures de pointe ressemblent à des flots d'extraterrestres sortant des entrailles de la terre par cortèges, parlant seuls ou s'escrimant avec pochettes, tablettes et cartables.
L'homme a cherché continuellement tout au long de son histoire à inventer de nouveaux moyens de communication pour rompre sa solitude. Souvent sans le savoir, il ne faisait que la renforcer. On dit qu'on n'arrête jamais le progrès. Et, malheureusement, la misère de la solitude non plus.
Mon grand-père, du haut de la sagesse de ses 88 ans, m'avait demandé un jour quelle était la différence entre mon Smartphone dernier cri et son bon portable de base. Je lui répondis qu'avec le mien, on pouvait tout faire, tout, absolument tout, sauf toucher l'autre. Souriant, il m'a dit : « Mais alors il sert à quoi ton appareil. Jamais rien ne remplacera dans le cœur d'un homme un câlin ou un baiser. Quand je suis né, l'électricité n'avait pas encore été généralisée, ni téléphone, ni télévision. Rien ne me dit qu'on était plus malheureux ou moins solidaires qu'aujourd'hui. »
Progrès, où est ta victoire ?

 

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