Yingluck Shinawatra, Première ministre thaïlandaise en exercice, devant la commission anticorruption de son pays, titre L'Orient-Le Jour du 1er de ce mois. Ce n'est pas un poisson d'avril ;
elle risque la destitution. L'ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert, quant à lui, est condamné pour corruption par les tribunaux de son pays, nous rapporte-t-on dans le même organe et à la même date. L'une ou l'autre ont succombé semble-t-il à l'attrait des « douceurs ».
« Douceurs » (au pluriel, s'il vous plaît) est un mot français, un euphémisme, utilisé dans l'Angleterre du XVIIIe siècle pour désigner les pots-de-vin versés en vue de se faire accorder un service indu ! En principe, rien à voir avec le bakchich en usage dans notre partie du monde, ce terme barbare étant d'origine farsi et désignant un cadeau fait par un supérieur à un subordonné, les présents que se faisaient entre gens de même standing se disant taaruf (reconnaissance mutuelle). Donc strictement parlant, le bakchich n'implique pas de corruption rachwa (ou madakhil comme on dit à Qom et à Ispahan).
Ainsi tout est affaire d'appellation et c'est probablement ce qui a poussé les autorités turques à créer une commission ad hoc de déontologie pour mettre un terme à la corruption qui gangrène l'administration publique. Ladite commission, tenez-vous bien, a de guerre lasse décidé que les versements ne dépassant pas les vingt livres turques (dix euros) ne seront pas passibles de poursuites. Façon élégante de court-circuiter le bartil en le légalisant à certaine hauteur. Les fonctionnaires du secteur public ont à cet égard reçu un petit livret distinguant dans le détail les opérations tolérées des opérations punissables. Aussi ces agents de l'État peuvent-ils désormais se sucrer, puisqu'il s'agit de « douceurs », à la condition de ne pas accepter les dépassements en numéraire et de refuser les dons en nature, les présents sous forme de poulets, de paniers d'œufs ou de veaux gras tombant sous le coup de la loi !
Sagesse orientale ou anatolienne, cette commission d'éthique a bien fait les choses en distinguant entre les petites sommes qui lubrifient et accélèrent les formalités administratives et les commissions occultes consistantes, ces dessous-de-table, comme on dit couramment dans le métier, qui désignent des sommes énormes offertes clandestinement à une personne pour obtenir quelque avantage illicite d'une certaine ampleur.
L'exemple turc ne risque pas d'être suivi dans les pays du Nord où prévaut un excès de puritanisme. Ainsi, y inviter un fonctionnaire à déjeuner pourrait constituer une tentative de corruption ! Aux États-Unis, un agent du fisc ne peut se faire payer un verre au zinc d'un bar par un contribuable, si le montant en jeu dépasse le plafond des quelques dollars règlementaires. Cela constituerait un délit !
Cela dit, où se tient notre doux pays ?...
Au Liban, certes, nous ne connaissons plus ces cas de figures historiques quand des cheikhs druzes, dans leur extrême ablégation, refusaient de se rendre auprès des responsables de l'administration ou de toucher l'argent des autorités de crainte de leur être inféodés. Cette hantise, cette obsession de la transparence n'est plus de mise tant la vénalité est devenue affaire courante. Tant notre classe politique est faisandée.
Or l'alerte doit être sonnée sans tarder ! N'a-t-on pas découvert des gisements de pétrole au large de nos côtes ? Commissions occultes et kickbacks, comme dans l'affaire Karachi, se précisent comme toutes sortes de montages illégaux.
Une corruption contrôlée vaut mieux qu'un pandémonium, mes concitoyens. Ne pourrait-on pas imposer aux sociétés adjudicataires une obligation de transparence ?
Ou une obligation de délation des entités juridiques qui les approchent, proposant leurs menus services ? Ne pourrait-on exiger des corporations internationales des déclarations sur l'honneur comme quoi un certain ratio de « douceurs » ne serait pas dépassé ?


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