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Moyen Orient et Monde - Tensions

En Ukraine, les espoirs de dialogue persistent malgré le face-à-face tendu

Prochaine réunion quadripartite à Vienne ; Poutine appelle Kiev à ne « rien commettre d'irréparable » ; des séparatistes prorusses occupent toujours des bâtiments officiels dans l'est.

Tandis que des séparatistes faisaient toujours le siège hier de bâtiments officiels dans l’Est russophone, des manifestants proeuropéens appelaient au boycott des produits russes. Yuriy Kirnichny / AFP

Un espoir diplomatique est apparu hier dans la crise ukrainienne avec l'annonce de discussions la semaine prochaine, entre Américains, Russes, Ukrainiens et Union européenne.
Les quatre parties, qui ont confirmé le principe de cette rencontre, tout d'abord annoncée par le secrétaire d'État américain John Kerry, doivent se retrouver le 17 avril à Vienne, pour tenter de débloquer la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide. Moscou, accusé par Kiev et les Occidentaux d'être derrière les récents troubles dans l'est de l'Ukraine, a souhaité que les prorusses puissent y être représentés. Cependant, les États-Unis ont exprimé hier leur scepticisme quant aux résultats éventuels de cette réunion, selon les propos de la secrétaire d'État adjointe pour l'Europe, Victoria Nuland.
En attendant, des séparatistes prorusses, qualifiés de « terroristes et criminels » par le pouvoir pro-européen de Kiev, occupaient toujours hier des bâtiments officiels dans plusieurs villes de l'est. Ils réclament au minimum l'organisation de référendums sur une plus grande autonomie régionale, voire le rattachement pur et simple à la Russie.

 

(CommentaireDe l'utilité de la guerre froide)

 

Pavés et pneus
Mais dans un signe d'apaisement, 56 des 60 « otages » qui étaient retenus par des activistes prorusses au siège local des services de sécurité ukrainiens (SBU) à Lougansk ont été libérés sains et saufs dans la nuit de mardi à mercredi après des négociations menées par des députés ukrainiens. Des négociations se poursuivaient hier. Toutefois, d'après Oleg Desiatnikov, un membre de l'état-major des militants qui occupent le siège du SBU, contrairement aux informations données par les services secrets ukrainiens, il n'y a jamais eu d'otages retenus dans ce bâtiment par les militants prorusses.


Outre Lougansk, des activistes prorusses tiennent toujours les locaux de l'administration régionale à Donetsk, ville du président prorusse déchu Viktor Ianoukovitch, où ils ont proclamé une « république souveraine ». Mais hors de leur QG entouré de barricades de pavés et de pneus prêts à être enflammés, les activistes, masqués et armés de cocktails Molotov ou battes de base-ball, ne contrôlaient pas grand-chose, a constaté l'AFP. Ils ont été délogés des locaux du SBU dans la même ville et de ceux de l'administration régionale à Kharkiv, au cours d'une « opération antiterroriste » pendant laquelle 70 personnes ont été arrêtées. De violents affrontements à coups de pierres et de cocktails Molotov ont également eu lieu ces derniers jours à Kharkiv, ville de 1,5 million d'habitants à une cinquantaine de kilomètres de la frontière russe.


Le gouvernement provisoire de Kiev fait tout pour éviter des victimes et le ministre de l'intérieur, Arsen Avakov, a estimé hier en Conseil des ministres que la crise pourrait trouver une issue « dans les 48 heures ». Il a promis une « solution politique » pour ceux qui « acceptent le dialogue », mais une « réponse forte à ceux qui cherchent le conflit ». Les responsables de l'ancien parti de M. Ianoukovitch ont de leur côté indiqué avoir discuté avec les autorités d'une possible loi d'amnistie pour les « protestataires du sud-est ». Ces troubles font craindre un scénario semblable à celui de Crimée, péninsule ukrainienne de la mer Noire rattachée à la Russie en mars après un référendum non reconnu par Kiev et l'Occident, qui dénoncent une « annexion ».

 

(Lire aussi : La croissance mondiale menacée par l'Ukraine et les pays émergents)

 

Torpiller les élections
Dans ce contexte, les autorités ukrainiennes provisoires en place depuis le renversement fin février de M. Ianoukovitch accusent Moscou de vouloir « démembrer » leur pays ou au moins torpiller l'élection présidentielle prévue le 25 mai. Les favoris de ce scrutin sont des pro-européens, décidés à arrimer à l'Ouest une Ukraine de 46 millions d'habitants frontalière de plusieurs pays de l'UE.


Cependant, le président russe Vladimir Poutine, qui s'est engagé de longue date à protéger « à tout prix » les populations russes de l'ex-URSS, a massé jusqu'à 40 000 militaires à la frontière ukrainienne, faisant craindre une invasion. Américains, Européens et OTAN ont mis en garde de façon répétée Moscou contre cette éventualité, brandissant la menace de nouvelles sanctions, économiques, contre la Russie en cas d'intervention. « Les Ukrainiens doivent décider par eux-mêmes de leur destin », a martelé la chancelière allemande Angela Merkel, en critiquant l'absence de désescalade russe.

 

(Commentaire : Le monde de Poutine)


Mais Moscou, bien que déjà touché au portefeuille par cette crise, avec des prévisions de croissance en berne et des fuites de capitaux dépassant 50 milliards de dollars au premier trimestre, semble déterminé à jouer également l'arme du gaz contre son voisin. Le président Poutine réunissait ainsi hier son gouvernement pour examiner les relations économiques avec l'Ukraine, après la décision de relever les prix du gaz livré à Kiev de 80 %. Au cours de cette réunion, le président russe a appelé les autorités de Kiev à ne « rien commettre d'irréparable » en Ukraine, tout en espérant que les efforts diplomatiques auront une « issue positive ».

 

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