« Fabius a le dessus et gagne du terrain : il a déjà réussi à se faire nommer ministre des Affaires étrangères et du Développement international. » Benoît Tessier/Files/Reuters
Le nouveau gouvernement français, resserré dans la foulée de la déroute des municipales pour plus de cohésion, était hier le théâtre d'une sourde bataille entre les ministres des Affaires étrangères et de l'Économie qui réclamaient tous deux le Commerce extérieur.
(La composition du gouvernement Valls)
L'annonce officielle semblait pourtant claire la veille : « Laurent Fabius est nommé ministre des Affaires étrangères et du Développement international », avait lu, sur le perron de l'Élysée, le secrétaire général de la présidence, Pierre-René Lemas. Le ministre français des Affaires étrangères, reconduit dans ses fonctions dans le gouvernement de Manuel Valls, voyait ainsi élargir son portefeuille au Commerce extérieur, une première en France dans un contexte de crise économique toujours très vif. Cet ajout récompensait « la diplomatie économique » chère à M. Fabius, présentée dès son arrivée au Quai d'Orsay en 2012 comme un des piliers de sa stratégie.
Problème : l'entourage du nouveau ministre de l'Économie faisait savoir rapidement que ce domaine relevait du portefeuille d'Arnaud Montebourg. Un responsable de Bercy (ministère de l'Économie) indiquait très naturellement, un peu plus tard, que la passation des pouvoirs de la ministre sortante du Commerce extérieur Nicole Bricq à Arnaud Montebourg était prévue hier matin au ministère de l'Économie et des Finances. Mais coup de théâtre : un fonctionnaire de Bercy annonçait plus tard que la passation des pouvoirs entre Nicole Bricq et Arnaud Montebourg était reportée, en attendant un arbitrage du Premier ministre.
« Fabius a le dessus et gagne du terrain : il a déjà réussi à se faire nommer ministre des Affaires étrangères et du Développement international », s'amusait auprès de l'AFP, sous couvert d'anonymat, un autre haut fonctionnaire du ministère de l'Économie.
« Couacs »
En pleine passation des pouvoirs, le ministre sortant Pierre Moscovici affirmait qu'« il n'y a pas de diplomatie économique sans Bercy ». Le syndicat majoritaire des agents du Commerce extérieur se déclarait également opposé au transfert de ce portefeuille au Quai d'Orsay. Pour son secrétaire général, Bernard Boidin, « nous sommes des agents économiques, des gens de terrain au service des entreprises », déplorant « une guerre de pouvoirs parisiens » qui « fait désordre ».
Un haut fonctionnaire de Bercy reconnaissait néanmoins que le Trésor, dont dépendait jusqu'à maintenant le Commerce extérieur, « se dégage de tout son secteur international pour se concentrer sur les affaires européennes et le G20 ». « Il y a une certaine logique à ce que le Commerce extérieur revienne au Quai d'Orsay », estimait-il.
D'autres ministres se montraient visiblement embarrassés par ce qui apparaissait de plus en plus comme le premier « couac » d'un gouvernement qui devait ne plus en avoir. Le nouveau porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, se refusait à tout commentaire. « La seule chose que je sache, c'est que le Commerce extérieur est un enjeu », notait-il énigmatique.
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14 h 04, le 04 avril 2014