Aparté entre le président de la République et le Premier ministre avant la tenue de la 5e conférence de dialogue. Plus tard, les deux hommes suspendront momentanément le Conseil des ministres après de vifs échanges relatifs aux nominations. Photo Dalati et Nohra
La cinquième conférence de dialogue national s'est ouverte hier à Baabda, sous les auspices du président de la République Michel Sleiman. Marquée par l'absence du Hezbollah, des Marada, du PSNS et de Talal Arslane, du côté du 8 Mars, et des Forces libanaises, du côté du 14 Mars, cette séance était loin d'aboutir à une percée substantielle concernant la stratégie de défense, telle que préconisée par le chef de l'État.
Néanmoins, elle aura délimité le cadre d'un débat que les arguments des quinze participants au dialogue centrent désormais sur la question du rôle de l'armée, de ses capacités effectives, voire de la nécessité de sa coopération ou non avec le Hezbollah face aux menaces sécuritaires, à savoir le terrorisme, qu'il soit le résultat d'un « plan sioniste ourdi contre le Hezbollah », ou « la conséquence de l'implication de ce parti en Syrie ».
Au-delà de la rhétorique politique, la conférence d'hier, la première depuis le 20 septembre 2012, a surtout permis au président de la République de dresser le bilan des précédents dialogues, d'abord dans une perspective de synthèse avant la fin de son mandat, d'autant que la prochaine séance – probablement la dernière de son mandat – a été fixée au 5 mai prochain. L'enjeu était ensuite de valoriser une nouvelle fois, et sur une plate-forme censée transmettre les points d'une vision commune pour le pays, les principes déjà convenus et défendus dans la déclaration de Baabda. Le message est clair : aucune partie et aucun futur président de la République ne peut s'y dérober, puisque le document a été convenu par toutes les parties à l'issue de la dernière séance de dialogue en 2012.
Ainsi, le président de la République a veillé, dès l'ouverture de la séance d'hier, à diffuser une bande sonore de deux minutes, transmettant les commentaires prononcés par chaque participant à la séance de dialogue du 11 juin 2012, sur la déclaration de Baabda, qu'ils avaient alors approuvée.
La voix du chef du bloc du Hezbollah, le député Mohammad Raad, était perceptible dans l'enregistrement. Son parti avait appuyé la déclaration, avant de se défaire de son engagement depuis sa participation aux combats en Syrie.
Après l'écoute attentive de la bande sonore, le président de la Chambre Nabih Berry – prenant part à la séance d'hier au nom de son zèle reconnu en faveur du dialogue, tout en défendant la résistance du Hezbollah, comparable à l'achat d'un générateur électrique lorsque le service de l'État est défaillant – a déclaré, mécontent, qu'il « n'y avait pas lieu de diffuser cet enregistrement ». À cela, le président Sleiman lui a répondu que cet enregistrement ne le visait pas, tout comme il ne visait pas le Hezbollah précisément. « Cet enregistrement vise à rappeler l'unanimité qui avait entouré l'adoption de la déclaration de Baabda et il aurait en tout cas été diffusé, indépendamment d'une participation aujourd'hui de Mohammad Raad au dialogue », a-t-il ajouté.
Après cet échange, le président Sleiman est revenu sur les principaux développements politiques depuis la dernière séance de dialogue, le 30 septembre 2012, avec l'accent mis sur « les entraves ayant conduit à en suspendre les travaux ». Des sources de la réunion font remarquer sur ce point que le chef de l'État s'est attardé sur « le changement du rôle des armes de la résistance depuis l'entrée du Hezbollah en Syrie ».
Mais en l'absence du Hezbollah, il n'était pas possible d'entrer dans les détails de la stratégie de défense. D'ailleurs, le député Jean Oghassapian a été le seul à exposer l'esprit de l'approche « centriste » du chef de l'État par rapport aux armes de la résistance : « Il a voulu concilier deux visions antinomiques, en consacrant le monopole de la décision militaire, tout en préservant la résistance comme entité. »
De son côté, l'ancien Premier ministre Fouad Siniora a réitéré l'appel du courant du Futur à un retrait du Hezbollah de la guerre syrienne et un accord sur une stratégie nationale qui règle le problème des armes illégales. Ces propos ont été relayés par le vice-président de la Chambre, Farid Makari.
Joumblatt et Aoun
Parallèlement, l'enjeu sécuritaire a meublé une grande partie des interventions, même si le plan de sécurité global approuvé par le gouvernement n'a pas été examiné dans le fond. L'appui unanime à ce plan a été marqué toutefois de scepticisme. Farid Makari a ainsi mis en doute son applicabilité face à « la politique des deux poids, deux mesures ».
Si le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a présenté une lecture globale de l'historique du dialogue et de l'importance de ce qu'il a permis d'accomplir (une approche par laquelle il avait en tout cas justifié sa participation au dialogue hier), il s'est toutefois montré sceptique quant à la mise en œuvre du plan de sécurité global. « L'armée paraît désormais devoir assumer des charges qui dépassent ses capacités, puisqu'elle est dispersée sur plusieurs fronts », a-t-il précisé, invoquant un argument qui rejoint le Hezbollah et son souci de lutter contre l'ennemi sioniste : « L'armée est contrainte d'atténuer sa présence au Liban-Sud », comme l'a rapporté notre correspondante Hoda Chédid.
Le chef du Courant patriotique libre, le général Michel Aoun, a lui aussi repris la rhétorique du Hezbollah, avec une allusion à peine voilée en faveur du triptyque « armée-peuple-résistance ». Il a estimé que la lutte contre l'ennemi sioniste doit être à la base de la stratégie défensive, soulevant en outre la problématique de la capacité de l'armée à mener seule la résistance contre Israël. La principale approche à maintenir, selon lui, reprend la teneur du triptyque, avec l'accent mis explicitement sur la complémentarité entre l'armée et la résistance : « À l'obligation de la fusion de la résistance avec le peuple libanais s'ajoute la nécessaire perception du rôle de cette résistance, à partir d'un besoin de complémentarité entre cette résistance et les armes de l'État. »
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Le dialogue national un fiasco total et rien de positif avant l'élection d'un nouveau président .
11 h 20, le 01 avril 2014