Vue d’ensemble de l’assistance au premier rang de laquelle on remarque l’ambassadeur Paoli. En face, de g. à dr., les conférenciers Mirna Abou Zeid, Marc Saikali, Nayla de Freige, Tidiane Dioh. Photo Michel Sayegh
Comment se portent les médias francophones au Liban et dans le monde ? Quelles perspectives s'ouvrent à eux avec le développement de l'information numérique et l'attrait pour l'anglais ? La question se pose à l'heure où des médias, francophones ou non, mettent la clé sous la porte dans différentes parties du monde, touchés de plein fouet par la crise.
C'est sur cette réalité que s'est penchée l'Université antonine dans le cadre du Mois de la francophonie, lors d'une conférence débat organisée hier à son campus à Baabda, « Voix francophones », qui entend devenir une rencontre annuelle. L'événement a vu la participation notamment de l'ambassadeur de France, Patrice Paoli, et du recteur de l'université, le père Germanos Germanos.
France 24, un succès grandissant
« Ce n'est pas qu'en France qu'on décide de l'avenir du français. » Les propos de l'ambassadeur Patrice Paoli, parrain de l'événement, montrent bien l'importance qu'occupent les médias francophones dans des pays comme le Liban. « Le paysage médiatique francophone demeure important dans la région », affirme-t-il. Il reconnaît toutefois la nécessité pour ces médias « d'effectuer un virage » pour s'adapter à la réalité, à l'émergence de l'anglais, notamment. Mais, assure-t-il, « la francophonie est une terre ouverte, sans complexe, ouverte au pluralisme » et puis, la diversité des langues est une telle « richesse ».
C'est à la lumière de cet état des lieux que « l'Université antonine a adopté, il y a huit ans, la langue française comme principal support des programmes de formation qui se déroulent à la faculté d'information et de communication, » note le recteur, le père Germanos. Saluant la capacité du monde médiatique francophone à reconnaître l'existence d'autres langues et cultures, il constate « la crise que traverse le français en tant que langue médiatique, face à l'anglais et l'arabe ». « Le terrain des médias francophones a sérieusement rétréci au Liban, ses lecteurs se font rares, ses publications aussi », observe-t-il.
Place à l'expérience de deux médias francophones qui occupent une taille de choix dans le paysage médiatique libanais. Marc Saikali, directeur de France 24, raconte la chaîne publique française, la seule chaîne d'information française internationale qui diffuse sur trois canaux et en trois langues, le français, l'anglais et l'arabe. « France 24 connaît un succès grandissant dans toutes les parties du monde », assure-t-il. Dans un monde « saturé de chaînes internationales au militantisme parfois délirant », la modération et la nuance de la chaîne plaisent. « Par principe déontologique, nous ne diffusons jamais des images contraires à la dignité humaine », précise-t-il, réfutant l'idée de « faire de l'audience avec l'étalage indécent de la souffrance des gens ». Pour le directeur, « la singularité de France 24, clé de la réussite, a un seul titre : francophonie ».
« L'Orient-Le Jour », l'histoire d'une fusion
C'est au tour de Nayla de Freige, administrateur délégué de L'Orient-Le Jour, de raconter l'histoire du quotidien. « On ne peut parler de francophonie sans évoquer toutes les personnes qui ont fait l'histoire de ce média », ou sans relater « la fusion entre les deux quotidiens francophones, L'Orient et Le Jour, en 1971 », pour cause de difficultés économiques. Tour à tour, Mme de Freige rend hommage aux grands de ce groupe, depuis Georges Naccache et Michel Chiha, jusqu'à Michel Eddé, actuel PDG. Elle rappelle quelques éditos célèbres publiés par les journalistes, dont le fameux « Deux négations ne font pas une nation », de Georges Naccache. Elle relève au passage que la Constitution libanaise a été écrite en français, et que Michel Chiha, fondateur du Jour, est considéré comme « le père de la Constitution ». Tout y passe, les belles années, les profits, mais aussi les années difficiles, la guerre, les pertes humaines, la baisse du lectorat, la crise du papier. La particularité de l'unique quotidien francophone libanais ? « Écrire en français avec une âme libanaise », conclut-elle, reprenant les mots de l'ancien ambassadeur de France, Philippe Lecourtier.
Quant à la question de savoir si les médias francophones sont en danger, elle a vu la réponse de Tidiane Dioh, responsable des programmes d'appui aux médias au sein de l'Organisation internationale de la francophonie. « Face au regroupement des médias anglo-saxons et à la création de holdings, les médias francophones eux, se fragmentent. » Même si le « bilan des médias francophones n'est pas si mauvais », comme le constate l'expert, « ils doivent faire preuve de vigilance », autrement dit, « trouver des stratégies de survie ».
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