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Culture - Exposition

La peinture figurative libre de Lucy Tutunjian en hommage à Guiragossian*

Une quarantaine d'huiles à l'espace de la galerie Hamaskaïne, sous le patronage de l'association caritative Jebid (Sourire). Fidèle à son style et à son inspiration, Lucy Tutunjian y rend un vibrant hommage au géant de la peinture libanaise, Paul Guiragossian. Mais c'est aussi une leçon de vie. Rencontre, impression et regard.

À 83 ans, artiste rompue à la tâche avec ses innombrables expositions, privées et collectives, grand-mère qui donne un exemple de vie à ses petits-enfants, pianiste dilettante qui égrène un Nocturne de Chopin sur son clavier, jardinière inspirée qui taille en douceur ses rosiers, cordon-bleu qui cède ses recettes de gastronomie arméno-asiatiques, signe des livres de cuisine et surveille ses fourneaux, Lucy Tutunjian est aussi et surtout une mécène d'une discrétion farouche. Son nom s'associe à l'enseigne, aux activités et aux espaces culturels de Hamaskaïne et de Haïgazian College.
En cette galerie qui a pignon sur une rue passante de Bourj-Hammoud, voilà dans la foulée de ses rénovations un vaste second étage flambant neuf. Sunlights comme des soleils, portes vitrées, dallage luisant et cimaises bien garnies par un impressionnant ensemble d'œuvres de peinture. Là se rangent les noms de nombreux artistes libanais et arméniens, un vrai pont entre Beyrouth et Erevan.
Au rez-de-chaussée du premier étage, dans ces lieux livrés à la lumière du jour et aux mouvements et bruits d'une ruelle commerçante, Lucy Tutunjian offre à voir ses dernières toiles : une palette colorée, aux motifs maîtrisés, aux sujets paisibles, aux lignes originales, aux pinceaux épris de bonheur de vivre.
Des paysages sereins, des portraits croqués avec tendresse, des atmosphères cotonneuses où l'on se prélasse sans paresse, un environnement d'un quotidien harmonieux, touché par la grâce de l'espoir et de la joie. Scènes de jardins et d'intérieurs, images de maisonnettes souriantes enfouies dans des petites forêts ou des vergers aux couleurs soyeuses (avec des dimensions plutôt ramassées (65 cm x 70 cm et 30 cm x 24 cm).
Les mains jointes en coquille, sourire aux lèvres, respirant bonhomie et humanisme, Lucy Tutunjian a les aveux faciles et transparents : « Tout remonte pour moi aux années 1960 où j'ai posé pour la première fois, à la galerie Alecco Saab, mon regard sur une toile de Paul Guiragossian. J'avais déjà une formation de peintre au Caire où j'ai vécu. Mais là, devant ce coup de pinceau et ces couleurs, j'ai flashé... C'était l'éblouissement. Et le réveil instantané d'un besoin de créer, de peindre. Une amitié et une sympathie sont nées car, pour moi, Paul était l'artiste idéal. Alors je lui ai demandé s'il pouvait me donner des cours. Il a accepté. Et, fait rare, il est venu à la maison, en toute régularité (lui qui s'oubliait souvent lui-même !) trois ans durant. J'aimais son naturel, sa simplicité. Un jour, quand on tentait de comprendre une fois de plus l'étendue et le pouvoir des couleurs, on lui a annoncé que Juliette, sa femme, accouchait. Alors j'ai pris la voiture et je l'ai conduit à l'hôpital. C'est ce qu'on appelle un souvenir fort ! Ses conseils, je ne les oublierai jamais. Donne, donne de la couleur, n'aie pas peur, me disait-il. »
Et depuis, avec courage et audace, sans hésitation aucune, avec cette voix qui résonne toujours à ses oreilles, elle en a donné de la couleur sur ses toiles Lucy Tutunjian. Entre figuratif et abstrait, ses sujets naissent de l'instant, d'une impression, d'une sensation, d'une couleur, d'une
conversation.
Elle ne peint pas les femmes, mais la féminité. Pas des arbres, mais l'essence de mère nature. Pas les enfants, mais l'enfance. Pas les chevaux, mais l'esprit de l'équitation en suggérant l'art d'élever le cheval au grade de l'ami des hommes. Et dans le sillage animalier, tout aussi bien un chien qui jappe. Pas les musiciens, mais leur univers intérieur. Lucy Tutunjian est une artiste figurative qui pratique la figuration libre. Et elle aime cette liberté.
Par petites touches, en cadres savamment ordonnancés, en bribes de verdure ou de coins ruraux silencieux, entre potagers et chemins de traverse, en goûters au jardin où les enfants heureux sont autant de fleurs qui se penchent sur les jeux, en vases aux gerbes florales odoriférantes, en rêverie d'une jeune fille sur la balustrade d'une véranda, s'épanouit cette palette aux tonalités réglées comme une partition de musique.
Sous son pinceau éclatent et fourmillent des chromatismes de verts habilement orchestrés. Verts phosphorescents, vert malachite, cobalt ou émeraude, mais aussi un panaché en éventail de jaune safran, un filet de fuchsia marbré de rose, un soupçon de terre de Sienne, un nuage gris anthracite nageant dans un azur éthéré aux allures d'un bleu océan
insaisissable...
Témoignage simple, sans stridence, à la fois vague dans ses contours et précis dans ses détails, sur les jours ordinaires qui s'écoulent. Un bonheur impalpable qui, pourtant, fuit et glisse entre les doigts. Tout un talent pour le dire avec tact et pudeur. Tout comme la personnalité de cette dame au grand cœur qui a toujours dédié, en silence et sous le couvert de l'anonymat, la vente de ses œuvres pour soutenir l'éducation des enfants nécessiteux. Et ramener le sourire aux déshérités.
Lucy Tutunjian ne baisse jamais les bras dans ses combats. Elle terrasse le doute. Et, à son âge vénérable, elle vit sans crainte de demain. Elle vit intensément, en sagesse, générosité et labeur, comme le dit Stéphane Mallarmé, « le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui ». Sa peinture le dit et le clame haut et fort.

* À la galerie Hamaskaïne jusqu'au 30 mars.

À 83 ans, artiste rompue à la tâche avec ses innombrables expositions, privées et collectives, grand-mère qui donne un exemple de vie à ses petits-enfants, pianiste dilettante qui égrène un Nocturne de Chopin sur son clavier, jardinière inspirée qui taille en douceur ses rosiers, cordon-bleu qui cède ses recettes de gastronomie arméno-asiatiques, signe des livres de cuisine et surveille ses fourneaux, Lucy Tutunjian est aussi et surtout une mécène d'une discrétion farouche. Son nom s'associe à l'enseigne, aux activités et aux espaces culturels de Hamaskaïne et de Haïgazian College.En cette galerie qui a pignon sur une rue passante de Bourj-Hammoud, voilà dans la foulée de ses rénovations un vaste second étage flambant neuf. Sunlights comme des soleils, portes vitrées, dallage luisant et cimaises bien garnies par...
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