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Culture

Cette musique échappée aux cerisiers en fleurs de l’empire du Soleil-Levant...

Concert

Sous les feux de la rampe de la scène de l'amphithéâtre Aboukhater, arrivés en droite ligne du Japon, le soprano lyrique Yukako Hiramori et la pianiste Naomi Fujiya. Pour un florilège d'airs mêlant esprit populaire nippon et bel canto occidental. Un moment choisi et rare. Comme une tonique gorgée de saki.

24/03/2014

Devant une salle presque totalement pleine, sous l'aire de la lumière garnie d'un arrangement floral ikebana en blanc et rouge, s'avance la cantatrice Yukako Hiramori. Récital placé sous la double collaboration de l'ambassade du Japon au Liban et du Centre académique japonais dont on célébrait, par cet évènement culturel, le sixième anniversaire.
Au menu adroitement panaché s'inscrivent des airs du pays des chrysanthèmes et des libellules et dans la langue de Mishima, Kawabata et Akinari, ainsi que des pages de Poulenc, Dvorak, Tosti, Puccini, tout comme des partitions de Hirai, Fukushi, Chopin et Liszt.
Longue robe rouge écarlate en mousseline, style empire en drapé vaporeux, avec dos et épaules nus pour un bustier retenu par des bretelles piquées de pierres brillantes pour la cantatrice qui entame, tel un coup d'éventail, son cycle de chansons. Hirai, Yamada, Koshitani, Nakata, autant de compositeurs du pays au 127 millions d'habitants, troisième puissance économique du monde, mythique terre des geishas, ignorés du commun des mortels du public levantin et que le soprano, en une merveilleuse révélation, fait vivre. À travers une remarquable présence scénique et des modulations captivantes. Modulations aux inflexions veloutées, au lyrisme chaud et prenant, aux scintillements éminemment insulaires...
Les solos pour clavier (Sakura fantaisie et Mémoire disloquée) sont d'éloquents témoignages de la plus ancestrale des civilisations, de par son raffinement et son art de perpétuer la tradition, ainsi que du malheur des tsunamis et des séismes gérés avec le plus grand courage, avec discipline et dignité.
Un petit entracte de quelques minutes, et l'on passe de la terre des shoguns à la partie occidentale avec une flamboyante Ballade n° 1 op 23 de Chopin. Souveraine narration aux phrases sinueuses comme des cygnes au long cou glissant sur une eau miroir... Suivent Les chemins de l'amour de Poulenc pour une poésie reflétant les tendres battements du cœur et leur incurable nostalgie. Russalka de Dvorak reste une incantation magique, tel un sort que les rayons de la lune jettent à travers des notes portées par une voix sublime.
Tout aussi vibrante, mais enveloppée d'une mélodie populaire aux éclats un peu mélancoliques, est cette fluide et soyeuse Sérénade de Tosti.
Morceau de bravoure pour le solo de piano avec la Campanella de Liszt d'après Paganini. Richesse sonore d'une partition aux difficultés innombrables: accords, célérité, précision dantesques et redoutablement périlleuses. Et restituée ici dans une technique aux ourlets et aux finitions sans reproche.
Pour terminer, la chanson de Doretta de l'Ondine de Puccini. Moment toujours privilégié du chant avec le compositeur de La Tosca... En bis, généreusement accordé, en toute équité, encore du Puccini et un air du pays des mandarins.
Joli mélange et dialogue des cultures qu'on est loin de bouder, dans sa face universelle et diversifiée, mais l'on peut céder à une tentation et un aveu. La première partie, d'une exceptionnelle beauté sonore, débordante de ferveur et de densité, réservée exclusivement au pays du Soleil-Levant, a mis l'eau à la bouche de l'auditoire pour en savoir plus, écouter davantage, savourer mieux et plus longtemps ces lumineuses images sonores venues de si loin. Et qui nous laissent cois. Et où, peut-être, en pressentant obscurément une foule de sensations et de sentiments inconnus, germe chez l'auditeur tant de bouleversement à travers vocables, rythmes, cadences et silences nouveaux.
Il est permis de rêver à un concert où seule la voix du Japon serait le fanion et la cuirasse du rêve... Voilà, la bouteille est jetée à la mer. À bon entendeur salut et que les vents soient propices à porter le message à bonne rive.

 

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