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Jungles d’asphalte

Théoriquement pays de rencontre, de contact, d'interaction, le Liban d'aujourd'hui est pourtant un pays où, l'anarchie aidant, ces élémentaires voies de communication que sont les routes ne bénéficient d'aucune protection, de nulle immunité. Passons, car il y a encore plus grave, sur la plaie des chauffards slalomant à 120 à l'heure téléphone en main et sur les nuées vrombissantes et virevoltantes des deux-roues se jouant des sens interdits.


Partout au monde la rue est le haut lieu de l'expression populaire, qu'elle soit pacifique ou violente. Nous avons inventé mieux que la manif cependant, et c'est la fermeture arbitraire des routes. C'est en révolte contre la cherté de vie qu'il y a quelques années, des foules en colère paralysaient le trafic en divers points de la capitale à l'aide de pneus enflammés jonchant la chaussée, provoquant même la chute d'un gouvernement. Depuis, le procédé s'est démocratisé si l'on peut dire : il est désormais à la portée de tout un chacun. On a ainsi coupé les routes pour s'indigner contre un programme satirique de la télévision mettant en scène un chef politico-religieux proclamé absolument intouchable. On a coupé des routes pour obtenir le déplacement de lignes à haute tension survolant des agglomérations, ou encore protester contre des enlèvements de proches, assortis de demandes de rançon. Et de la fermeture des routes on a fini par faire une redoutable arme de guerre : guerre des autres pour ne pas changer, et qui amenait récemment les habitants du village chiite de Labwé, proche de la frontière syrienne, à isoler impunément leurs voisins sunnites de Ersal à l'aide de barrages de terre et de pierraille.


Le plus extraordinaire cependant est cette vague de fermetures de routes déclenchée mardi dernier, à Beyrouth comme en province, en signe de solidarité avec la localité assiégée. Du coup, la nécessité d'une normalisation globale s'imposait à toutes les parties. On s'en réjouit certes pour les assiégés de Ersal. On s'étonne de l'inertie de la force publique, qui ne s'est décidée à intervenir que lorsque l'incivil phénomène a atteint des proportions nationales. Et on s'inquiète à l'idée que la leçon – œil pour œil, route pour route – n'a sans doute été perdue pour personne.


Comme par magie cependant voici que sont soudain rouverts à la navigation des canaux – politiques, ceux-là – que l'on croyait à jamais ensablés. Quasiment seules au sein du 14 Mars à avoir refusé de côtoyer le Hezbollah au sein du gouvernement Salam, les Forces libanaises opèrent un coup de théâtre en proposant à la milice un débat en profondeur sur tous les points de litige. Parallèlement, le général Michel Aoun se prononce publiquement pour un désengagement de Syrie de tous les combattants arabes, notamment ceux de son allié le même Hezbollah. Pour positifs que soient ces développements, les ornières, nids-de-poule et autres pièges restent nombreux devant le char gouvernemental. Une raison de plus pour lui souhaiter... bonne route.


Issa GORAIEB
[email protected]

 

 


Théoriquement pays de rencontre, de contact, d'interaction, le Liban d'aujourd'hui est pourtant un pays où, l'anarchie aidant, ces élémentaires voies de communication que sont les routes ne bénéficient d'aucune protection, de nulle immunité. Passons, car il y a encore plus grave, sur la plaie des chauffards slalomant à 120 à l'heure téléphone en main et sur les nuées vrombissantes et...