Une source occidentale informée a exprimé hier « un avis favorable » au sujet du nouveau gouvernement, sans toutefois se montrer « optimiste ». « Sans gouvernement, nous aurions été certains que la présidentielle n'aurait pas lieu », a précisé la source, lors d'une conversation à bâtons rompus avec des journalistes, insistant sur « le souci d'honorer l'échéance présidentielle et d'élire un nouveau chef d'État consensuel ».
La source reprend en outre les arguments avancés pour favoriser la formation du gouvernement d'intérêt national. L'existence d'un cabinet fonctionnel, « capable de prendre des décisions », devrait créer un « contexte institutionnel plus favorable », ou du moins « des conditions meilleures pour un dialogue ». « Avoir un gouvernement dans lequel on se parle permet d'atténuer les divergences » et d'éviter ainsi une dégradation sécuritaire « qui entraînerait le pays au-dessous de la ligne rouge du minimum acceptable ».
L'enjeu auquel le Liban est en mesure d'aspirer serait donc celui de « ne pas dépasser la ligne rouge inférieure et non supérieure ». La source a donné l'exemple de l'aide militaire française au Liban, financée par l'Arabie saoudite. « La question à poser n'est pas celle de savoir si l'armée libanaise sera suffisamment bien équipée pour combattre Israël, a souligné la source précitée. Il faudrait plutôt garder en tête la ligne rouge, au-dessous de laquelle l'armée ne peut pas descendre. Le plan de développement de l'armée, élaboré par son commandement, vise à maintenir une capacité opérationnelle de l'institution. C'est sur la base de ce plan qu'une liste d'équipements a été fournie par l'armée libanaise », a ajouté la source, qui dément par ailleurs toutes les « fausses informations et rumeurs » rapportées sur la nature de ces équipements et une soi-disant ingérence israélienne à ce niveau. « Ce n'est pas la France qui définira les objectifs et les tactiques de l'institution militaire », a précisé le responsable en question. La France n'a rien refusé à personne, a ajouté la source, revenant sur la conférence de soutien à l'armée, prévue à Rome le 10 avril prochain, qui pourrait prévoir, entre autres, un suivi sur cette question.
D'une manière générale, la source susmentionnée n'a pas manqué de critiquer, plus d'une fois, « les jugements rapportés par la presse libanaise, plus souvent partisane qu'objective ». La source a tenu à apporter ainsi deux précisions sur la réunion du Groupe international de soutien au Liban, qui a eu lieu le 5 mars à Paris. « Cette réunion a été un succès, d'abord parce que les chefs des diplomaties des grandes puissances, à savoir John Kerry, Sergueï Lavrov, William Hague et Laurent Fabius, se sont retrouvés autour d'une même table pour débattre des moyens d'aider le Liban, aux niveaux militaire, économique et humanitaire, a relevé le responsable. Contrairement à ce qui a pu circuler dans la presse, le débat sur l'Ukraine n'a été que subsidiaire », a ajouté la source, qui a jugé artificielles les tentatives de relier la crise ukrainienne à la situation libanaise. La participation de Sergueï Lavrov, annoncée quelques jours avant la réunion, « a fait suite au souhait du chef de l'État libanais d'assurer une participation à un niveau élevé ».
Le second élément important de cette réunion aura été « la présence du président de la République Michel Sleiman, entouré des trois ministres de la Défense, des Affaires étrangères et des Affaires sociales, issus du gouvernement d'union nationale, ou presque, qui venait d'être formé au-delà de toute attente ».
En somme, « si le Liban n'a pas eu de mal à rassembler les pays sur une question de principe, c'est que la raison d'être principale du Groupe international de soutien (GIS) est d'empêcher que les divisions du Conseil de sécurité sur la Syrie ne déteignent sur le Liban ». « Il existe un accord entre tous les États sur la nécessité de relancer la vie institutionnelle au Liban », a affirmé la source précitée.
Dans cet esprit, le GIS a visé le renforcement de l'armée, d'une part, et de l'économie nationale, d'autre part, « avec la création d'un fonds fiduciaire multidonateurs à l'initiative de la Banque mondiale dans le cadre de son programme de lutte contre la pauvreté ».
Insistant sur l'importance de ce fonds, « qui n'est pas destiné aux réfugiés, mais au pays d'accueil », la source a rappelé que ce fonds a recueilli près de 40 millions d'euros (10 millions versés par la France, 20 millions par la Banque mondiale, 5 millions respectivement par la Norvège et la Finlande). Et d'ajouter sur ce plan : « Ceux qui ont tenté de tourner en dérision cette aide, qu'ils ont jugée minime, devraient pourtant noter que ce fonds n'existait pas auparavant et qu'on est donc passé de 0 à 40 millions d'euros, ce qui est beaucoup. Ils devraient également garder en tête que l'État libanais a la responsabilité de créer un comité de coordination pour canaliser ces fonds. »
« Comment peut-on critiquer des mécanismes qui ne fonctionnent pas lorsque les Libanais eux-mêmes ne font rien ? » s'est insurgée la source en question, relevant dans ce cadre que « près de 630 millions de dollars américains, l'équivalent de projets financés par l'Union européenne, la BM et la France sont bloqués actuellement faute d'être ratifiés par les institutions compétentes ».
Cette même défaillance de l'État se transposerait sur la gestion de la crise des réfugiés. « On reproche aux Occidentaux de ne pas faire assez, souligne encore le responsable précité. L'aide est peut-être insuffisante, mais elle est massive. Plusieurs centaines de millions de dollars ont été mobilisés par l'Union européenne, qui est le premier donateur à ce niveau », a rappelé la source, déplorant « l'absence d'un plan officiel qui prévoirait par exemple des structures d'accueil aux réfugiés ».
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