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Nos lecteurs ont la parole - Élias Tuéni

II.- Les graffitis à l’assaut de nos murs

Devenir taggeur, c'est pouvoir être digne de la communauté des taggueurs, c'est être respecté, être reconnu par les autres taggeurs. Cela appelle une épreuve : montrer que l'on est capable de faire un tag répondant à un ensemble de critères. Ceux-ci correspondent déjà à la pratique et à son audace : faire un tag dans un endroit « risqué » où le candidat peut être interpellé par les forces de l'ordre ; faire un tag le plus grand ou le plus voyant possible, par exemple sur un toit escarpé. Ils concernent aussi ce que les taggueurs nomment un beau tag ou un tag qui a le style (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 20 mars 2014).
Toutefois, les notions de beau et de style restent floues. Elles renvoient essentiellement à des considérations techniques – « bomber sans couleurs » –, à la maîtrise du geste traçant. Tagguer, c'est « être dans l'action » et non entamer une réflexion esthétique sur celle-ci. « Je taggue, c'est tout. » Ce mouvement artistique moderne s'intègre dans une transculture tout comme les autres phénomènes de la culture hip-hop (rap, techno...).
La dégradation des biens communs causée par les « taggeurs » est inestimable. En Europe, par exemple, le graffiti est illégal et condamné par la loi car il est considéré comme une destruction, une dégradation ou une détérioration volontaire d'un bien appartenant à autrui. Un taggeur pris en flagrant délit est passible d'une contravention de 1 500 euros ou plus si le dommage est considéré comme léger. Elle peut atteindre les 30 000-50 000 euros et une punition de 2 ans d'emprisonnement pour des dommages plus importants ou en cas de récidive (article 322-1 du code pénal).
L'année dernière, les tags sur les trains allemands auraient causé 7,6 millions d'euros de dégâts. Le gouvernement allemand a chargé la firme de drones Microdron de construire des hélicoptères miniaturisés de un mètre de diamètre coûtant 60 000€ par appareil pour la surveillance des taggeurs potentiels.
L'industrie chimique a pour sa part développé des produits destinés au nettoyage des graffitis et des enduits protecteurs « coatings » antigraffitis.
Plusieurs villes américaines et européennes ont aménagé des espaces et des murs réservés aux taggeurs afin, d'une part, de limiter les dégâts et, d'autre part, de permettre à de jeunes artistes vraiment doués d'exprimer et d'exposer leur art dans la rue.
Qu'en est-il au Liban où on assiste dans certaines régions et surtout à Beyrouth et ses environs à une explosion de graffitis parfois beaux, souvent hideux mais toujours incohérents et anarchiques. Quel risque courons-nous de voir tous nos murs peinturlurés de manière affreuse avant qu'une action ou une réaction officielle ne se manifeste ? Que pouvons-nous faire si nous nous réveillons un matin et découvrons que le mur de notre maison a été défiguré par un jeune artiste ou voyou qui a eu envie de se défouler la veille ?
Pire encore, que ferons-nous si nous nous réveillons un jour de notre torpeur et de notre béate et passive observation en réalisant l'ampleur du phénomène et le coût inestimable de ces peintures anarchiques défigurant notre ville ? Qui va payer le prix ? Qui va réparer les dégâts ? Seront-ce les pouvoirs publics, déjà incapables d'assurer aux citoyens eau et électricité ?
Il est évident que plus des mesures préventives seront prises précocement, plus nous serons capables de limiter les dégâts. Il est impérativement urgent que les instances officielles prennent des initiatives rapides afin de combattre ce nouveau fléau dévastateur. Nous sommes un pays de tourisme, ne l'oublions pas, et notre ville porte encore les stigmates de guerres passées. Nul besoin de permettre un outrage encore plus flagrant et un enlaidissement encore plus provocateur. N'ayant pas les moyens de réparer les dégâts, notre devoir le plus pressant est de prévenir ce fléau inesthétique et polluant en pressant nos représentants politiques, à l'instar de ce qui se fait dans les pays civilisés, à adopter des mesures strictes et rigoureuses. Nous devons agir vite afin de préserver notre ville et notre pays des agressions quotidiennes et de plus en plus nombreuses de ces bandes de jeunes qui, sciemment ou non, et sans aucun respect des biens d'autrui ou des biens publics, dégradent et défigurent nos murs.

Élias TUÉNI

Devenir taggeur, c'est pouvoir être digne de la communauté des taggueurs, c'est être respecté, être reconnu par les autres taggeurs. Cela appelle une épreuve : montrer que l'on est capable de faire un tag répondant à un ensemble de critères. Ceux-ci correspondent déjà à la pratique et à son audace : faire un tag dans un endroit « risqué » où le candidat peut être interpellé par les forces de l'ordre ; faire un tag le plus grand ou le plus voyant possible, par exemple sur un toit escarpé. Ils concernent aussi ce que les taggueurs nomment un beau tag ou un tag qui a le style (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 20 mars 2014).Toutefois, les notions de beau et de style restent floues. Elles renvoient essentiellement à des considérations techniques – « bomber sans couleurs » –, à la maîtrise du geste traçant....
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