Il y a bien parmi nos parlementaires une poignée d'honorables et intègres patriotes qui ont à cœur de servir leur pays. Mais ils ne sont qu'une minorité incapable d'agir pour corriger un système politique dysfonctionnel et corrompu, puisque c'est la majorité de ceux qui obéissent aveuglément aux directives de leurs partis qui décide et bloque tout progrès...
Comment expliquer autrement ce qu'a dû subir pendant plus de dix mois Tammam Salam, un respectable homme d'État, le parfait gentleman de notre classe politique ? À peine désigné Premier ministre par 124 des 128 députés, du jamais-vu, voilà que ces mêmes députés commencent à lui créer des obstacles anticonstitutionnels et inacceptables, surtout dans la situation ultracritique que traverse le pays !
Le leader d'un grand parti prétendait même qu'il lui revenait à lui non seulement de décider des ministres à figurer dans le cabinet en formation, mais également d'imposer un membre de sa famille pour un département déterminé. Comme si le Premier ministre n'était qu'un fonctionnaire chargé de formaliser une équipe choisie par des partis uniquement soucieux de servir leurs propres intérêts personnels de fromagistes, comme les appelait déjà le président Fouad Chéhab.
Les partis avaient même interdit au chef du gouvernement désigné de former un cabinet de technocrates neutres issu de la société civile, comme l'excellente équipe qu'avait constituée en 1970 son père, Saëb Salam, et qu'on avait surnommée « le gouvernement des jeunes ». Certains partis menaçaient même la paix civile grâce à leurs milices armées, si on n'obéissait pas à leurs desiderata. Le malheur provient de l'allégeance de la majeure partie de nos parlementaires à des régimes étrangers qui s'en servent pour leurs propres intérêts « stratégiques ».
Lorsque leurs mandats allaient expirer en juin 2013, les parlementaires ont su et pu faire passer à toute vitesse une rallonge d'un an et demi, jusqu'à la fin de 2014, au lieu d'organiser des élections libres dans les délais et de voter une loi électorale moderne et équitable. Par la même occasion, ces mêmes parlementaires se sont octroyé en un tour de main une augmentation substantielle de leurs salaires, sans consulter leurs électeurs qui tirent le diable par la queue pour survivre dans un pays à la dérive économiquement et socialement. Alors que ce même Parlement ne s'est réuni que quatre fois par an depuis son élection et que la dette nationale s'élève à plus de 60 milliards de dollars. Tout cela pour un minuscule pays qui s'est avéré incapable de fournir 24 heures d'électricité par jour, alors que la guerre civile s'est terminée en 1990, il y a vingt-cinq ans déjà ! En vingt-cins ans, aucun « élu de la nation » n'a jamais demandé des comptes, entre autres, à la Caisse des déplacés ou au Conseil du Sud, ce dernier géré par l'inamovible et irremplaçable Nabih Berry, qui se permet d'autre part de fermer des mois durant les portes du Parlement...
Le pays est envahi par plus d'un million de réfugiés syriens (l'équivalent d'un quart de sa population), le terrorisme fait partie de notre quotidien, mais les égoïsmes et les appétits de nos parlementaires bloquent pendant dix mois la formation du gouvernement !
Les femmes constituent plus de 50 % de la population, mais nos députés trouvent normal qu'il n'y ait que quatre femmes seulement sur 128 élus. Le gouvernement monochrome du 8 Mars de Nagib Mikati n'avait pas une seule femme sur ses 30 ministres et celui, enfin autorisé, de Tammam Salam n'a qu'une seule sur 24.
Le député Ghassan Moukheiber avait raison de déclarer au prestigieux Washington Post que le Liban est « une oligarchie et pas une démocratie ». Mais Monsieur Moukheiber fait justement partie intégrante de ce système pourri, il est membre d'un courant qui a été libre et patriotique, mais lui qui défend les droits de l'homme a été élu grâce à une loi électorale désuète et injuste.
Qu'on ne s'étonne plus que nos « représentants » (disent-ils) aient réussi non seulement à faire fuir tous les touristes et investisseurs étrangers, mais également nos jeunes diplômés qui constatent que leur avenir est bouché et même dangereux dans ce petit pays qui aurait pu être un paradis sur la Méditerranée.
David C. CORM


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef