Le président russe Valdimir Poutine serre la main du Premier ministre criméen Sergueï Aksionov (à gauche) et du porte-parole du Parlement Vladimir Konstantinov (à droite) après la signature d’un traité historique rattachant la Crimée à la Russie.Sergei Ilnitsky / Pool / Reuters
Le président russe Vladimir Poutine a signé hier un traité historique rattachant la Crimée à la Russie, faisant fi des sanctions occidentales contre Moscou et d'un retour aux pires heures de la guerre froide.
Signé à l'issue d'un discours sous les ors du palais du Kremlin, chaudement applaudi par les deux Chambres du Parlement et les gouverneurs russes réunis pour l'occasion, l'accord, conclu avec les nouveaux dirigeants prorusses de Crimée et entérinant l'entrée de la péninsule dans la Fédération de Russie, entrait en vigueur dès hier, même si le Parlement russe doit encore ratifier une loi en ce sens – une simple formalité.
Dans son discours, marqué par des élans de patriotisme et un ton très anti-occidental, M. Poutine a joué sur la fibre émotionnelle et assuré que la Russie ne voulait pas d'une scission de l'Ukraine, deux jours après un référendum en Crimée qui a plébiscité un rattachement à la Russie. Il a affirmé que Moscou aurait « trahi » les habitants de la péninsule si elle n'avait pas répondu à leurs appels à les protéger face à la contestation à Kiev. La Crimée, qui appartenait à la Russie au sein de l'URSS, avait été offerte en 1954 à l'Ukraine par le numéro un soviétique Nikita Khrouchtchev.
« Ne croyez pas ceux qui vous font peur au sujet de la Russie, qui vous disent qu'après la Crimée vont suivre d'autres régions », a déclaré M. Poutine à l'adresse de ceux qui s'inquiètent d'une éventuelle répétition du scénario criméen dans l'est russophone de l'Ukraine. Le chef de l'État russe s'est aussi livré à une dénonciation en règle des Occidentaux qui ont décrété des sanctions contre Moscou, estimant qu'ils avaient « franchi la ligne rouge » et s'étaient comportés de « manière irresponsable » dans la crise ukrainienne. Il les a accusés de faire preuve de « cynisme » et d'agir selon « le droit du plus fort ».
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À Sébastopol, environ 2 000 personnes ont regardé M. Poutine sur un grand écran dans le centre-ville et ont crié « Hourra » et « Russie ! Russie ! ». Et à Moscou, plus de 110 000 personnes se sont rassemblées hier en fin de journée sur la place Rouge où un concert était organisé pour soutenir la politique du Kremlin et où M. Poutine est apparu.
Le « choix de l'isolement »
Mais le discours n'a pas été reçu avec le même enthousiasme par Kiev et les Occidentaux, loin de là. Dans la capitale, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a déclaré que l'Ukraine ne reconnaîtrait jamais l'« annexion » de la Crimée par la Russie. Le ministre de la Justice Pavlo Petrenko a renchéri en disant que l'Ukraine se réservait le droit de saisir les biens de la Russie si celle-ci approuvait la « nationalisation » des propriétés de l'État ukrainien en Crimée.
« L'UE ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas l'annexion de la Crimée et de Sébastopol par la Fédération de Russie », ont déclaré de leur côté les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen, José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy. Ce dernier a d'ailleurs annulé la visite qu'il devait effectuer aujourd'hui à Moscou pour rencontrer le président Poutine.
Le vice-président des États-Unis, Joe Biden, a qualifié à Varsovie le rattachement de la Crimée de « confiscation de territoire », menaçant Moscou de nouvelles sanctions. Le président américain Barack Obama a invité les dirigeants du G7 et de l'Union européenne à se réunir la semaine prochaine à La Haye pour débattre de la situation en Ukraine. Quant au secrétaire d'État John Kerry, il a estimé qu'une incursion de la Russie dans l'est de l'Ukraine serait un acte « scandaleux ».
Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a annoncé la suspension de toute coopération militaire avec Moscou, jugeant « regrettable » que la Russie ait « fait le choix de l'isolement » et estimant hautement probable que la Russie soit exclue du G8.
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La chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé un accord allant « contre le droit international » mais a estimé que le dialogue avec la Russie devait se poursuivre, tandis que le président français François Hollande a appelé à « une réponse européenne forte et coordonnée » lors du sommet européen des 20 et 21 mars.
De son côté, l'ONU a fait part de son « inquiétude croissante » et a défendu l'intégrité territoriale de l'Ukraine mais sans condamner clairement la décision de Vladimir Poutine.
L'ironie de la Douma
Face à l'annexion de la Crimée, le camp occidental a imposé des sanctions plutôt symboliques contre Moscou concernant un nombre limité de hauts responsables russes et ukrainiens prorusses. Onze personnes sont ainsi visées selon la Maison-Blanche : sept Russes et quatre personnes accusées de collusion avec la Russie en Ukraine, dont le président déchu Viktor Ianoukovitch, un conseiller et deux dirigeants séparatistes de Crimée, Serguiï Axionov et Volodymyr Konstantinov. Parmi les Russes, qui voient leurs éventuels avoirs gelés aux États-Unis, figurent le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine, la présidente du Conseil de la Fédération (chambre haute du Parlement), Valentina Matvienko, deux proches conseillers de M. Poutine (Vladislav Sourkov et Sergueï Glaziev) et deux élus de la Douma.
Dans le même temps, les ministres européens des Affaires étrangères ont pris des sanctions – restrictions de visas et gels d'avoirs – contre 21 responsables ukrainiens et russes dont MM. Axionov et Konstantinov et des militaires russes actifs en Crimée. De telles sanctions sont inédites dans l'histoire des relations UE-Russie depuis l'effondrement de l'Union soviétique en 1991. L'option militaire exclue, les Occidentaux comptent sur l'impact d'un isolement international croissant de la Russie. Les États-Unis et l'UE, qui comptent parmi les principaux partenaires de Moscou, se réservent la possibilité d'imposer des sanctions économiques et commerciales.
Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, qui a annulé une visite prévue hier à Moscou avec le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, a déclaré que Paris pourrait suspendre la vente de deux navires polyvalents Mistral à Moscou, aux termes d'un contrat signé en 2011. Il a toutefois indiqué que le président russe était toujours invité le 6 juin en France aux cérémonies du 70e anniversaire du débarquement des forces alliées.
La Douma d'État, la Chambre basse du Parlement russe, a répliqué hier par l'ironie à ces mesures occidentales, en demandant aux États-Unis et à l'Union européenne d'imposer les mêmes sanctions à l'ensemble des députés russes. Lors d'une conversation téléphonique avec M. Kerry, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a pour sa part déclaré « inacceptables » les sanctions prises contre la Russie et a assuré qu'elles « ne resteront pas sans conséquences », selon un communiqué du ministère russe, qui précise que la conversation téléphonique a eu lieu à l'initiative de M. Kerry.
Nouveau tournant
Sur le terrain, le conflit en Crimée a pris un tout nouveau tournant hier, passant de « la phase politique à une phase militaire », selon le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk. « Aujourd'hui les troupes russes ont commencé à tirer sur nos soldats. C'est un crime de guerre », a-t-il affirmé. M. Iatseniouk a demandé la convocation d'une réunion des ministres de la Défense ukrainien, russe, américain et britannique « pour éviter la poursuite de l'escalade ». Les militaires ont ainsi été autorisés hier à utiliser leurs armes à la suite d'une attaque contre une unité à Simféropol qui a coûté la vie à un militaire, a annoncé le ministère de la Défense. Jusqu'à présent, les militaires ukrainiens étaient sommés de ne pas « répondre aux provocations » des forces russes qui occupent la Crimée depuis plus de deux semaines.
Selon le ministère, l'aspirant S. Kakourine a été tué d'une balle tirée dans le cœur lors de l'assaut de son unité à Simféropol. Le capitaine V. Fedoune a été blessé au cou et au bras et un troisième soldat a été blessé à la tête et à la jambe à coups de matraque.
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Je n'approuve pas ce qui se passe en Crimée...on s'en passerait bien.mais ce qui me surprend le plus ,ce sont les cris d’orfraies des droits de l'hommistes,qui ne trouvent pas de mots assez durs pour stigmatiser Poutine et condamner l'ogre/ours russe.Ils me font marrer ces indignés à géométrie variable.KOSOVO,çà leur dit quelque chose? Arraché par la force à la Serbie,en violation des accords de Dayton et de la souveraineté serbe? Avec bombardements et invasion par l'Otan?ben,fallait pas commencer ,en quelque sorte...et pour les droits de l'hommistes monoculaires,faudrait aller voir l'ophtalmo...
19 h 07, le 19 mars 2014