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Moyen Orient et Monde - Le Point

La force et ses limites

La hryvnia, c'est fini ; vive le rouble ! La seule monnaie russe a désormais cours en Crimée, dont les dirigeants consentent toutefois à faire une fleur aux Ukrainiens : ceux-ci pourront continuer à utiliser leurs banknotes jusqu'au 1er janvier 2016. Passé cette date, on verra bien... La décision prise hier par le Parlement de la péninsule autonome, dans la foulée du référendum de la veille, est à l'image des non-solutions que l'on tente d'apporter à la crise née le 28 février, date à laquelle des « hommes armés non identifiés » étaient apparus dans les rues de la capitale, Simféropol, tandis que les manifestations se multipliaient un peu partout, en faveur d'un rattachement pur et simple à la « mère patrie ».
Dimanche, les participants à la consultation populaire devaient répondre à deux questions :
- Êtes-vous favorable à un rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie ?
- Êtes-vous favorable à un rétablissement de la Constitution de 1992 et au statut de la Crimée en tant que membre de l'Ukraine ?
Les réponses sont tombées dans la soirée : 93,7 pour cent de oui.
Et depuis que le tournant est pris, les interrogations se multiplient, la plus lancinante portant sur les raisons de la soudaineté d'une crise devenue le souci majeur de la communauté internationale, comme les fameuses guerres balkaniques de 1912-1913.
Énonçons tout de suite un axiome qui devrait servir de vade-mecum à tout explorateur qui entreprendrait, le pauvre, un voyage dans ces terras incognitas que sont les relations internationales : il existe une incompréhension quasi totale entre l'Ouest et l'Est qui empêche tout dialogue constructif, les pays relevant de la première sphère appliquant à ceux de la seconde les principes qui guident leur gestion à eux des crises qui ne peuvent manquer de naître. Il en est ainsi de la question de Crimée. Pourquoi Vladimir Poutine y attache-t-il une telle importance ? Parce que la région abrite la flotte russe de la mer Noire, lui permettant d'accéder à la Méditerranée, cette mer « chaude », rêve jadis irréalisable des tsars – et aussi à Lattaquié, en Syrie, où se trouve ancrée une flottille, russe également.
La brutalité de l'opération, qui permet à certains de parler – plutôt légèrement – d'anschluss, s'inscrit dans la droite ligne du style propre à Saint-Pétersbourg l'impériale, bien avant Moscou.
Autre question : de quoi l'après-référendum sera-t-il fait ? La réponse est difficile parce que le maître du Kremlin paraît avoir changé de conseillers. Selon les Américains – qui seraient, une fois n'est pas coutume, bien informés –, le cercle des proches (militaires, diplomates, nouveaux oligarques) aurait cédé la place à un groupe de faucons venus pour la plupart de l'ancien KGB et qui ne rêvent que plaies et bosses. Mais l'erreur serait de voir en Poutine un rêveur dangereux, vivant « dans un autre monde », selon l'expression employée par la chancelière Angela Merkel. Un récent sondage le crédite de 70 pour cent d'opinions favorables, son meilleur score en trois ans, et sa popularité est au zénith pour ce qui est de sa politique à l'égard de l'Ukraine.
Contre un tel indice de confiance, les sanctions ne peuvent que peu de chose. Pour rappel, l'Allemagne (quatrième puissance économique) dépend à 40 pour cent du gaz et du pétrole russes, et, s'agissant de l'Union européenne, la proportion se situe autour de 30 pour cent. Pour la Russie toutefois, le revers de la médaille est que, pour des raisons évidentes, ces ressources ne sauraient être utilisées comme armes de dissuasion. Le gel par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne de quelques avoirs russes représente, paradoxalement, une véritable aubaine pour Moscou qui aura beau jeu alors de souligner combien précaire peut être la sécurité des paradis fiscaux. Et ne parlons pas de la possibilité d'intervenir militairement. Avec ses 603 700 kilomètres carrés, l'Ukraine caracole en tête des pays les plus vastes de l'UE, ce qui rendrait particulièrement hasardeuse l'entrée en lice d'une coalition.
Il reste une dernière possibilité, quelque déplaisante qu'elle puisse sembler : composer avec le Kremlin, quitte à donner l'impression de manger son chapeau. Sachant que, de son côté, Poutine n'a nulle intention d'envahir l'Ukraine ou tout autre pays ayant figuré par le passé dans la sphère d'influence du grand frère. Laurent Fabius en appelle à la raison, qui affirme : « Il faut faire preuve de beaucoup de fermeté et en même temps trouver les voies du dialogue et ne pas aller vers l'escalade. »
Ni Munich ni Canossa, donc. Plutôt un retour à la bonne vieille realpolitik qu'affectionnait ce Dear Henry.

La hryvnia, c'est fini ; vive le rouble ! La seule monnaie russe a désormais cours en Crimée, dont les dirigeants consentent toutefois à faire une fleur aux Ukrainiens : ceux-ci pourront continuer à utiliser leurs banknotes jusqu'au 1er janvier 2016. Passé cette date, on verra bien... La décision prise hier par le Parlement de la péninsule autonome, dans la foulée du référendum de la veille, est à l'image des non-solutions que l'on tente d'apporter à la crise née le 28 février, date à laquelle des « hommes armés non identifiés » étaient apparus dans les rues de la capitale, Simféropol, tandis que les manifestations se multipliaient un peu partout, en faveur d'un rattachement pur et simple à la « mère patrie ».Dimanche, les participants à la consultation populaire devaient répondre à deux questions :-...
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