Sylphides, mousselines, justaucorps, chaussons, tutus, sentiments grandiloquents et maniéristes sur une musique de Chopin, Saint-Saens et Liszt.
Une salle pleine et caquetante au Bustan qui bénéficiait d'un temps clair comme du cristal. On y trouvait avec bonheur – une fois n'est pas coutume – trois générations. Les aînés habitués des lieux, une tranche de jeunesse tonique et rassurante quant à la manifestation des évènements et un essaim de fillettes – ô combien bienvenues ! – mutines et enthousiastes, venues tels de petits « rats », se bousculant et riant, applaudir les divas, comme probablement invitées au spectacle de fin d'année de leurs cours de danse...
Sur scène, les sylphides de Chopin selon la légendaire chorégraphie de Fokine (sur la musique du pèlerin polonais, sans une note de piano, mais orchestrée par Glazunov!) en robe de mousseline tombante, bustier flanqué d'ailerons en tulle pour paraître plus libellules et grands gestes d'un gynécée rêveur, chaste et éminemment romantique. Pointes sur chaussons satinés, corsets bien tirés pour donner l'illusion des tailles de guêpe, quelques pirouettes et haies de jeunes filles ordonnées aux mouvements lents et emphatiques pour des bras tendus en implorations vaines et douces comme des colombes. Ainsi se succèdent, en un chapelet bien ficelé, polonaise, nocturne, mazurka et tarentelle...
Pour prendre le relais, dans le noir et une cacophonie d'éclairage absolus, émerge le
« Cygne mourant » sur une mélodie de Saint-Saens. Bref, morceau mythique, un solo emblématique d'un dernier envol impossible, toujours de Fokine. Chorégraphie qui n'a pas pris de rides où se sont illustrées, entre autres, les légendaires Plissetskaïa et Makarova. Si les bras de la ballerine avaient des secousses remarquables dans son dernier chant, cette version, d'une virtuosité corporelle sans charisme ni aura, reste bien pâle et chétive dans sa densité d'émotion.
Après l'entracte, place au drame de Marie Duplessis, alias Marguerite Gautier dans La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils. Rendue encore plus célèbre par l'opéra La Traviata de Verdi, l'œuvre désignée Marguerite et Armand est celle qui porte la griffe de sir Frederick Ashton qui mit en lumière l'éblouissant talent du duo Margot Fonteyn et Rudolf Noureev.
Une courtisane qui se rachète une respectabilité par l'amour, voilà le motif et mobile de ce pas de deux tragique avec figurants insipides. En fond sonore, la sonate de Frantz Liszt. Avec ici une sonorisation peu reluisante.
Les deux protagonistes, dépourvus de charisme mais offrant quand même une certaine précision gestuelle, tentent en vain d'allumer l'étincelle fusionnelle. Cela reste élaboré et compassé. Avec une méridienne pour tout décor, les deux amants vivent en une mouvance théâtrale leur passion malheureuse au milieu de quelques figurants aux costumes douteux et bien ternes.
Applaudissements du public, petites gerbes de fleurs à la prima donna et bouteille de vin au danseur étoile.


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