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Culture - Exposition

Les mots et les images de Hoda Kassatly, au gré des camions sur les routes...

Avec l'œil de sa caméra, Hoda Kassatly a pourchassé les camions comme on chasse les papillons. Quatre ans de traque pour un trésor de témoignage sur la société libanaise. Cela se décline en une exposition d'une soixantaine de photos à la galerie Alice Mogbgab*. Par-delà ces poids lourds, cauchemar des conducteurs, poésie, drôlerie et sagesse populaire sont au rendez-vous.

Photographe chevronnée, anthropologue avertie, curieuse des mouvements de société, témoin de son temps et de son espace, Hoda Kassatly est aussi et surtout une amoureuse des sources des traditions. De cette quête des écriteaux, des petites enseignes plaquées, dessinées, calligraphiées, apposées, transcrites sur les capots, les pare-chocs, les carrosseries, les devants et les arrières d'un pick-up ou d'une « trella », jaillissent des images rassurantes.

Rassurantes quant à ces fiers à bras en marcel et barbes hirsutes, ces baraqués en catcheurs de ring qui ont au fond – oh surprise ! – un cœur d'artichaut. Et taillent parfois même, non pas seulement dans des slogans coquins ou ironiques, mais dans la guimauve et la bluette gentille et enfantine (pour ne pas dire parfois infantile !)... Entre autres exemples, en envoyant des flèches acérées aux belles-mères enquiquineuses...Ou bien on retient cette déclaration de tendresse et d'amoureux, tel un truculent vers de « zajal » : « Les autres sont des fleurs, ma bien-aimée est lune »...Charmant, n'est-ce pas ?

« Tout a commencé très tôt, à l'âge de vingt ans », confie la photographe. Une passion pour découvrir un monde visuel s'intégrant à un « street art » (et même décoratif, avec harnachement de plumeau ou des objets divers, car il n'y a pas que la médaille de saint Christophe pour protéger des accidents des routes) qui a engrangé, en plus de 2 300 clics, clichés et instantanés.

En 2009, sélection de ces images et naissance déjà d'un livre luxueux et rare par sa formulation, sa qualité d'édition, sa pagination et son « lay-out » par Nayla Kettaneh-Kunigh chez Terre du Liban de Fayza el-Khazen. Mais l'aventure de ce regard ambulant n'en est pas pour autant finie. Car voilà que 300 autres images viennent s'ajouter aujourd'hui à ce dossier pourtant déjà si fourni et panaché.

En faisant sortir de ces monstres de la route, ces bêtes massives, empoussiérées, rouillées ou nettoyées nickel comme un sou neuf, sensibilité, âme humaine, couleurs, humour, grivoiserie, calligraphie, rituels d'une culture orientale, superstition de l'œil, poésie, proverbes ou exclamation, Hoda Kassatly a sans nul doute une certaine approche scientifique.

Avec le sens du détail, de la précision et la notion de l'insolite. En « spottant » ce qui l'intéresse, elle fait dégorger l'aspect amusant et populaire, certes, mais aussi le rapport et l'impact de ces machines sur nous.
Pour tous ces véhicules grands comme des montagnes, la morale n'est pas toujours, en toute simplicité, « voyagez en paix et retournez en paix » ou « louez le Prophète, on s'en remet à Dieu ». Mais à ces vœux pieux viennent se greffer les propos d'un patriotisme tous azimuts, les énoncés de soins prophylactiques ( ! ), la main de Fatima, l'œil pour conjurer le sort... Sans oublier de mentionner ce dialogue établi de facto avec les automobilistes et les passants. Un dialogue qui interpelle, fait de malicieux clins d'œil à la vie et parfois au sens civique...

Récemment on croise aussi des tableautins dessinés : lac de cygnes et frondaisons de forêts qui n'ont rien à envier à la beauté du mont Tremblay, dessin venu du Pakistan sur une tôle battue par la pluie et le vent.
Ces calligraphes et dessinateurs de l'ombre, qui donnent vie à des œuvres presque quotidiennement côtoyées, ont pourtant des noms. Et on cite volontiers Habib Khoury, Mohammad Harbi, Salim Himrawi et Ali Younès.

D'une « bousta » à une « blata », en passant par un « six-wheels », une grue ou un « winch », la farandole des caïds et mastodontes de la route livre une philosophie de la vie. À ras de pâquerettes peut-être, mais non sans un renversant bon sens populaire.
Tenez, pour conclure, cette petite phrase assassine qui nous trotte tous dans la tête : « Ghaddar ya zaman » (Traître ô temps)... Et comment !

*À la galerie Alice Mogbgab jusqu'au 28 mars courant.

Photographe chevronnée, anthropologue avertie, curieuse des mouvements de société, témoin de son temps et de son espace, Hoda Kassatly est aussi et surtout une amoureuse des sources des traditions. De cette quête des écriteaux, des petites enseignes plaquées, dessinées, calligraphiées, apposées, transcrites sur les capots, les pare-chocs, les carrosseries, les devants et les arrières d'un pick-up ou d'une « trella », jaillissent des images rassurantes.Rassurantes quant à ces fiers à bras en marcel et barbes hirsutes, ces baraqués en catcheurs de ring qui ont au fond – oh surprise ! – un cœur d'artichaut. Et taillent parfois même, non pas seulement dans des slogans coquins ou ironiques, mais dans la guimauve et la bluette gentille et enfantine (pour ne pas dire parfois infantile !)... Entre autres exemples, en...
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