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Liban - Hommage

César Nasr, un homme de cœur doublé d’une oreille attentive

Il s'est effacé, incroyablement attentif jusqu'au dernier souffle à ses trois petits-enfants, auquel il répondait avec tout le sérieux du monde quand ils l'interrogeaient, pour leurs devoirs de classe, sur la responsabilité. C'est la dernière et douce image que son épouse, Leila, garde de César Nasr, ancien ministre de l'Environnement et universitaire de grande race, qui vient de s'éteindre à l'âge de 89 ans.
Image de responsabilité que celle de César Nasr, image de marque de sa présence au monde et de son action universitaire et politique, car, même en assumant la charge des relations extérieures des Forces libanaises, César Nasr ne s'identifia à aucun parti, sinon à sa patrie, qu'il a cherché à servir à la hauteur voulue. Sa classe académique, son tempérament, sa culture lui interdisaient toute compromission, et sa jalousie pour le pluralisme, la connaissance et la liberté du Liban n'avait d'égale que celle qu'il nourrissait pour la magnétique et complexe beauté de sa mosaïque religieuse et sociale.
Le ministère de l'Environnement, dont il fut le premier ministre, cet enfant des pinèdes de Bkassine (Jezzine) semblait prédestiné à le fonder (1982) n'était l'amour de la chasse qui le taraudait aussi et qu'il sublimait en tirant sur les pigeons d'argile à Mechmech (Jbeil). Redoutable adresse que la sienne ! Il se racheta d'avantage encore, une fois au ministère de l'Environnement, en inaugurant la réserve naturelle de Bentaël (Jbeil) et en s'efforçant, contre toute espérance, de mettre de l'ordre dans l'exploitation des carrières au Liban.
De tous les aspects de la personnalité de César Nasr, la plus importante reste aux yeux de ses proches le souci d'être toujours à l'écoute et au service des autres. Ce souci, associé à une rare élégance de style qui transparaissait dans tout ce qu'il entreprenait, a marqué sa carrière académique à l'École supérieure des lettres (1955-1970), à l'Université Saint-Joseph, à l'Université libanaise, qui lui doit son département de sociologie, comme à l'Université du Saint-Esprit Kaslik, dont il veilla à l'évolution et à l'institutionnalisation. Il fut également, un temps, en position de responsabilité à la Maison du Futur (1982-1988), un projet pilote d'Amine Gemayel englouti par la guerre.
À n'en pas douter, ce
chercheur-né est mort frustré. Et qu'est-ce donc qui peut étancher la soif d'apprendre d'un homme ? Curieux de tout, esprit universel, sa formation universitaire parisienne l'avait ouvert à tous les domaines des sciences humaines, à la sociologie d'abord, à la psychologie sociale, mais aussi à la philosophie et à la théologie. Une dizaine d'ouvrages en témoignent, où domine le souci du décloisonnement, de l'interdisciplinarité. Sur le tard, constatant que la matière ardue pouvait condamner ses livres à la solitude, il se référa plus volontiers à l'humour avec Contes fantastiques, où il fit parler Molière, Descartes et Racine, et Des histoires pas comme les autres, où, se reposant des livres sérieux, il livra à ses lecteurs et amis des souvenirs de ses facéties, de ses années d'étudiant, de ses séjours dans le Liban profond. C'est ainsi qu'il quitta ce monde, homme de cœur et oreille attentive. Sur un sourire.

Il s'est effacé, incroyablement attentif jusqu'au dernier souffle à ses trois petits-enfants, auquel il répondait avec tout le sérieux du monde quand ils l'interrogeaient, pour leurs devoirs de classe, sur la responsabilité. C'est la dernière et douce image que son épouse, Leila, garde de César Nasr, ancien ministre de l'Environnement et universitaire de grande race, qui vient de s'éteindre à l'âge de 89 ans.Image de responsabilité que celle de César Nasr, image de marque de sa présence au monde et de son action universitaire et politique, car, même en assumant la charge des relations extérieures des Forces libanaises, César Nasr ne s'identifia à aucun parti, sinon à sa patrie, qu'il a cherché à servir à la hauteur voulue. Sa classe académique, son tempérament, sa culture lui interdisaient toute compromission, et...
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