Ce titre risque de choquer ou de gêner certains, mais il s'agit d'une réalité historique que personne ne peut nier ou ignorer. Sur le plan théologique, Dieu n'a pas de sexe, mais toutes les religions présentent le Créateur comme étant mâle. Sur le plan historique, tel n'est pas le cas. Selon les fouilles archéologiques allant de l'Europe à l'Inde, en passant par le Moyen- Orient, les premiers vestiges de divinités datent de 15000 ans avant notre ère. À cette époque, toutes les divinités étaient des déesses, représentées sous forme de femmes avec poitrine volumineuse, gros ventre et hanches saillantes... tous symboles de fécondité. La femme était le symbole de la création. Cette adoration persiste jusqu'au neuvième millénaire avant notre ère. À cette époque, l'homme se sédentarise, créant des villes avec des structures hiérarchiques. Le mâle devient dominant. Progressivement, la déesse aux traits féminins exagérés commence à avoir des traits mâles, avec apparition des cornes de taureau, puis après cette courte période transitoire, ce sont les divinités mâles qui vont dominer les panthéons préhistoriques puis égyptiens, mésopotamiens, grecs et romains, avec quelques déesses accessoires.
La religion juive vient balayer toute présence divine féminine. Avec Yahvé, le Dieu unique, il n'y a plus de place pour aucune autre divinité. C'est le mâle puissant et autoritaire qui domine.
Jésus revalorise le rôle de la femme mais saint Paul est d'un tout autre avis. Son sermon, prononcé lors des mariages chrétiens et demandant aux femmes d'être soumises à leurs maris, témoigne de cette volonté d'occulter tout rôle à la femme. Les explications données par les prêtres ne sont nullement convaincantes.
L'islam affirme préserver la dignité des femmes.
Pourquoi cette misogynie de toutes les religions sans exception? Les raisons sont multiples, mais le résultat est là: la femme est considérée comme un être inférieur à l'homme dans toutes les sociétés où domine la religion. Cela se traduit par l'absence de la femme dans les postes-clés, des salaires moindres, une limitation de ses ambitions et de ses capacités.
Les pays où la femme devient l'égale de l'homme ont le plus haut niveau économique, social et culturel. Est-ce une relation de cause à effet ou vice versa ? Peu importe, mais ce qu'il faut noter, c'est que dans ces pays, où règne la paix, on est loin de la violence, des guerres et de la mort. La femme qui donne la vie ne saurait l'anéantir.
La femme doit reconquérir son rôle dans notre société. Il s'agit d'un combat de longue haleine. La seule arme de ce combat est l'éducation. C'est cette éducation qui va permettre à la femme de se libérer, de s'épanouir, de participer à la construction d'une société plus juste, moins violente. Comme disait Talleyrand, «derrière chaque grand homme il y a une femme». Aujourd'hui, il faut que chaque homme soit derrière la femme pour aboutir à une société égalitaire où règnent la paix et la prospérité.
Nos lecteurs ont la parole - Dr Élie Chammas
Quand Dieu était une déesse
OLJ / le 13 mars 2014 à 00h00

