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Culture - Festival Al-Bustan

La fougue de la jeunesse de Jan Lisiecki pour Chopin, rien que du Chopin

Il est canadien d'origine polonaise, il a dix-neuf printemps et toute la grâce d'une blondeur slave. Pour le public du Bustan, Jan Lisiecki a choisi un menu fastueux. Du Chopin, rien que du Chopin.

Un jeune pianiste à la fois modeste et flamboyant...

Un sacré moment de rêverie, de romantisme, de mélancolie, de poésie et de virtuosité. Maîtrise des sentiments, des rubatos et notes données, en toute précision, au centième de milligramme...
Une entrée de jeune premier, à la fois modeste et flamboyant, devant son compagnon de toujours, un piano au couvercle à mi-ouvert. Silhouette filiforme avec nœud papillon et costume noirs, allure juvénile (en fait presque enfantine!), mais une déconcertante maîtrise dès que ses doigts effleurent les touches d'ivoire. Doigts qu'on voit parfaitement comme de superbes tarentules blanches qui montent et descendent les octaves sur les grands écrans posés à même les murs latéraux de la salle.
Silence religieux de l'auditoire (par temps de giboulées, une salle pleine à craquer jusqu'aux derniers strapontins ouverts) venu applaudir les plus belles pages du prince du clavier. Par Jan Lisiecki, un jeune prodige au talent si sûr et étonnant qu'il transforme le clavier en un instrument touché par la plus étincelante des féeries.
Promenade impromptue et flânerie à travers accords somptueux, grappes de notes opalescentes, arpèges en dentelle fine comme l'écume des vagues, froufrous des valses dans des salons cossus, détermination d'une révolution aux grondements sourds, angoisse dans le velours des nuits et méditations mélancoliques («Bonjour tristesse» aurait dit Paul Éluard!) d'un promeneur solitaire. Tout cela, en petits pas feutrés ou en grandes enjambées précipitées dans les sous-bois de l'univers sonore du pèlerin polonais.
Ouverture avec la Grande valse brillante op 18 et cheminement en journal de bord avec les 24 Préludes op 28, chapelet d'inspirations brèves comme un savant exercice de style pianistique agencé en longue narration se déployant tel un éventail en tonalités diverses. Pour une œuvre née en quelque sorte en hommage à J.-S. Bach et qui a inspiré tout autant par la suite Debussy et Rachmaninov.
Habituel entracte et reprise avec 3 Nocturnes op 9 et 3 valses op 64 pour conclure avec le périlleux et redoutable Andante Spianato et Grande Polonaise brillante op 22. Non seulement un des joyaux du répertoire pianistique romantique, mais un morceau casse-cou où les artistes parfois les plus doués y laissent des plumes. C'est avec une souveraine maestria et une vélocité à couper le souffle que Jan Lisiecki traverse orages et embellies.
Des passages les plus échevelés et tourmentés aux instants les plus éthérés et les plus transparents, des notes les plus éruptives aux tonalités les plus proches de l'azur ou des eaux bleues, la mélodie et les accords de Chopin ont ici une saveur et une texture non seulement exquises mais uniques. Par leur sens des nuances, leur qualité extrême du toucher, leur phrasé à la structure habilement menée, leur élocution aux contours à la fois exaltés et sous contrôle, leur netteté de sons où jamais une note n'est ni écrasée ni emphatique. Un jeu d'une limpidité d'eau de roche, magnétique et
miraculeux.
Trombes d'applaudissements d'un public totalement sous la coupe d'un charme envoûtant. Les cheveux épis d'or sous les sunlights, la silhouette gracile tel un grand écolier dégingandé dans son costume de promotion, Jan Lisiecki salue, mains jointes, en tout chaleureux respect, le public qu'il remercie d'ailleurs de lui avoir prêté oreilles attentives.
De sa voix forte et claire, comme pour ne pas briser la magie de ce cercle de notes enchantées et enchanteresses, le jeune pianiste annonce en bis le Nocturne posthume, merveille de délicatesse sonore, toujours de Chopin. Suivra encore un dernier bis, tout aussi soyeux et impalpable, bien entendu du génie de Zelazowa Wola.
Et le public, en retrouvant au-dehors le froid piquant des soirs de Beit-Mery, n'en est toujours pas revenu de ces rives mouillées de tant de talent, de bonheur, de passion, de beauté, de fragilité, de véhémence, d'élan et d'espoir...

Un sacré moment de rêverie, de romantisme, de mélancolie, de poésie et de virtuosité. Maîtrise des sentiments, des rubatos et notes données, en toute précision, au centième de milligramme...Une entrée de jeune premier, à la fois modeste et flamboyant, devant son compagnon de toujours, un piano au couvercle à mi-ouvert. Silhouette filiforme avec nœud papillon et costume noirs, allure juvénile (en fait presque enfantine!), mais une déconcertante maîtrise dès que ses doigts effleurent les touches d'ivoire. Doigts qu'on voit parfaitement comme de superbes tarentules blanches qui montent et descendent les octaves sur les grands écrans posés à même les murs latéraux de la salle.Silence religieux de l'auditoire (par temps de giboulées, une salle pleine à craquer jusqu'aux derniers strapontins ouverts) venu applaudir les...
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