Il n'y a pas qu'un désir d'appartenance chez les Libanais. Il y a aussi et surtout un grand désir d'appropriation. Nous ne savons pas vraiment où l'on se trouve, à la croisée de quelles civilisations, et nous aimons passer notre temps à rappeler au bon souvenir des Occidentaux que nous ne sommes pas des Arabes. Ça, on adore. Mais ce que l'on recherche encore plus, c'est tout s'approprier. Tout. Les gens, les événements, les lieux. Parce que it's all about me. Plus nombriliste qu'un Libanais, ça n'existe pas. Nous sommes le centre du monde et donc chaque individu est le centre du centre de ce centre. On n'est pas nombreux à être le centre de tout le pays, ou tout du moins à penser l'être. Sauf peut-être notre Iznogoud national. Bref, nous sommes le microcentre de ce minipays et nous nous octroyons le droit de posséder tout le reste. Les gens d'abord. Ceux qui travaillent dans les maisons. Ils sont à nous. Leurs passeports sont à nous, leurs horaires sont à nous, leurs dimanches sont à nous, leur dignité notamment. Ils sont notre propriété parce qu' « on les a achetés », dixit une gamine de 7 ans. Mais pas eux uniquement. Tous les autres. On se les approprie. On adore appeler les personnalités par leurs prénoms. J'ai vu le défilé d'Elie hier alors qu'Elie (Saab) ne l'a jamais vue, à la dame, même en photo. J'ai voté pour Saad, j'ai invité Nancy à chanter pour mon anniversaire, j'ai dîné chez Johnny, j'ai adoré le dernier film de Quentin. Euh. D'accord. Pas par amitié, ça c'est sûr. Pourtant, ça tutoie comme si on avait élevé les vaches ensemble. Comme les vendeuses qui trouvent que cette robe qui vous boudine « te va trrrrès bien » et que tu as bien évidemment de quoi te l'offrir. De toutes les manières, nous sommes tous amis. Et pas seulement sur Facebook. Dans la vraie vie aussi. Même si on ne se salue pas dans la rue, qu'on n'a jamais échangé nos numéros, on s'invite à dîner ou à danser. On se congratule quand il le faut et on se soutient. Surtout en cas de décès dans la famille. Dès que quelqu'un meurt, on est soudain son ami(e) d'enfance. Même si la famille du défunt ne s'en rappelle pas. Mais alors pas du tout. Tout à coup, on est un proche et on déverse sa tristesse à qui veut l'entendre ou sur les réseaux sociaux. « Tu me manques. » Normal quand on ne s'est pas vus depuis 15 ans. Ce n'est pas maintenant que l'autre a passé l'arme à gauche que tu vas rattraper le temps perdu. C'était le meilleur ami du neveu de ma grand-mère. On se sent immédiatement concerné. Les femmes vont aux trois jours de condoléances habillées de la tête aux Louboutin. Les hommes (officiels ou pas) s'assoient à côté des endeuillés et serrent la main aux visiteurs qui défilent, la mine grise, une mine de circonstance. Ils sont dévastés. Par quoi, on n'en sait rien. Ce sont ceux-là mêmes qui squattent le deuxième banc à l'église quand la fille de Jules de chez Smith en face se marie. La familiarité est de rigueur, on se connaît depuis toujours, je l'ai vue grandir, phrase accompagnée bien évidemment par le geste de la main à 75 cm du sol. Un lien indéfectible qui donne le droit à l'invité de se presser au buffet pour faire une razzia sur la montagne de crevettes sauce cocktail. D'ailleurs, tout ce qui est en rapport avec la bouffe est à nous. Les restos particulièrement. On crie le nom du serveur. On crie tout court. On rit goulûment, on tape sur l'épaule en bousculant son voisin de table. Pas parce que le propriétaire du resto est un pote, mais juste parce que l'argent que l'on y dépense nous donne encore une fois tous les droits. Le droit de parler mal. Le droit de parler fort. Où qu'on soit. À la plage où on met de la musique sans se servir de ses headphones, à la plage où on appelle nos gosses à l'autre bout de la piscine. Parce que la piscine nous appartient. Tellement qu'on y pisse dedans. Si, si, tout le monde le fait. Mais la palme de l'appropriation, de la transformation en superhéros « vautouresque », revient aux faux témoins d'attentats. Qui n'étaient jamais loin quand une voiture a explosé. Dont l'appartement se trouve à chaque fois à 100 mètres. Ces superhéros déménagent beaucoup. Eux dont le coup de fil aurait pu sauver une vie. « Hier, wlak hier matin, je lui ai dit ne circule pas trop, tu es en danger. Il ne m'a pas écouté. » (sic).


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
J'AI LU... JE ME DEMANDE... JE SAIS... DU LIBANAIS : - MA BTA3RIF MIN ANA OULÉ ? - LAA... MINAK ? - É, ANA OULÉ IBN KHALTI KABBOURAL BIL JEIJE ! - OU ANA AKHOU BAYÉ MIN BEÏT JREIJE... - WALLA... É TLE3NA 2RAYÉB !
14 h 30, le 01 mars 2014