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Nos lecteurs ont la parole - Donia Zeineddine

Histoires de femmes

Les deux histoires que je vais vous raconter se passent dans une société qui se dit civilisée, développée, qui respecte les droits de l'homme et certainement les droits de la femme, et, surtout, qui pense être supérieure aux sociétés voisines.
Cette société se distingue par la passion de vivre. Malgré les guerres, les explosions presque quotidiennes, l'insécurité, la corruption, les problèmes sociaux, les membres de cette société apprécient la vie, s'adaptent vite, très vite aux changements inattendus et continuent leur combat quotidien comme par une force magique. Ce peuple attribue à l'éducation une grande importance, peut-être parce qu'il y voit l'unique moyen de s'améliorer, de changer une condition sociale et aussi de transformer un destin bien tracé.
Cette société se caractérise aussi par son appréciation de la beauté et de l'élégance. Et certes, les femmes y sont d'une beauté remarquable. Elles possèdent aussi une grande intelligence et de grandes qualités. Elles continuent de lutter contre toutes sortes de préjugés, de vieilles coutumes ;
elles ont beaucoup sacrifié, sans hésitation et à plusieurs reprises, elles se sont sacrifiées pour leurs enfants, leurs frères, leurs familles.
Mais, disons-le, la majorité des gens s'attachent trop aux apparences ; ils se laissent séduire par ce qui les empêche de voir au-delà du clinquant trompeur. Mais non, ce n'est pas là la réalité. La réalité, c'est que ce qu'on dit à haute voix n'est pas ce qu'on pense. C'est comme si un lien solide les rattache à un passé qui ne veut pas céder la place au futur. Je crois que, comme dit le proverbe, « qui n'a pas de passé n'a pas de futur ». Mais pourquoi ne pas garder du passé les bonnes valeurs qu'on a héritées, les valeurs humaines, les valeurs nobles tels la générosité, l'aide, le partage, l'honnêteté, le courage, et enterrer tout ce qui entrave notre développement ? Une jeune fille a posé il y a trois ans presque nue pour une séance de photos. Hier, elle représentait son pays à Sotchi. Les médias en ont parlé, trop, contribuant à alimenter un débat sur ce qui est moral et ce qui ne l'est pas. Je ne discute pas si ce qu'elle a fait répond aux habitudes, aux mœurs, « aux règles à respecter », ou si cela lui appartient. Toutefois, le brouhaha provoqué inspire une réflexion sur une telle société en général.À l'origine, il y a l'idée que continuent à se faire certains sur la femme. Plusieurs continuent à voir celle-ci comme un objet ; sa vie, son corps, ses rêves même ne lui appartiennent pas. Mariée, elle entend quotidiennement des commentaires et des jugements : « Pourquoi n'es-tu pas encore enceinte ? (et ce juste après un ou deux mois de mariage) Tu préfères avoir une fine silhouette plutôt que la maternité ? » Ou bien, si le mariage date de plus d'un an et que le couple est toujours sans enfants : « Elle est stérile », « Il est stérile », « Ça ne fonctionne pas entre eux », « Ils vont divorcer », etc. Puis, à l'arrivée du premier enfant : « Comme elle a grossi ! », « Elle passe tout son temps à la cuisine ou à faire le ménage », « Son mari la trompe ». Dès qu'une femme manifeste sa volonté d'intervenir sur le plan social, économique, politique ou culturel, dès qu'elle affirme clairement son opinion, on assiste à de nouvelles salves de critiques. Heureusement, certaines femmes ont pu résister à ce genre d'humiliations et faire face aux préjugés. Toutefois, il est important de souligner que tous les hommes ne partagent pas les idées d'une telle société. Plusieurs ont réussi à s'affronter, à dépasser les limites de la tradition.
Comme par ironie, la seconde histoire se déroule dans le même pays, tragique, épouvantable même. Un mari enragé s'en prend à son épouse qu'il bat à mort à l'aide d'une poêle sous les yeux de plusieurs témoins. Dans ce second cas, le courage, l'aide, la fraternité ne se sont pas manifestés ; l'humanité, elle, ne se sent pas touchée ; la morale, et pour nombre de raisons, est absente.
On ne peux que relever les contradictions qui déchirent la société. On ne peut plus se taire devant l'intimidation exercée par un groupe armé d'idées bien arrêtées. On ne peut plus accepter la violence verbale et physique, la violence envers les femmes. On ne peut plus se contenter de parler ; il faut agir, et rapidement. À cet égard, il faut souligner le rôle important que jouent certaines organisations, en particulier Kafa. Oui, les femmes peuvent voter, elles peuvent choisir leurs élus et elles doivent les inciter, les obliger même à changer les lois moisies, à voter de nouvelles lois qui respectent les femmes, et qui leur accordent leurs droits fondamentaux, leurs droits de vivre, leur corps, leur cœur, leur vie et leurs rêves.

Donia ZEINEDDINE

Les deux histoires que je vais vous raconter se passent dans une société qui se dit civilisée, développée, qui respecte les droits de l'homme et certainement les droits de la femme, et, surtout, qui pense être supérieure aux sociétés voisines.Cette société se distingue par la passion de vivre. Malgré les guerres, les explosions presque quotidiennes, l'insécurité, la corruption, les problèmes sociaux, les membres de cette société apprécient la vie, s'adaptent vite, très vite aux changements inattendus et continuent leur combat quotidien comme par une force magique. Ce peuple attribue à l'éducation une grande importance, peut-être parce qu'il y voit l'unique moyen de s'améliorer, de changer une condition sociale et aussi de transformer un destin bien tracé.Cette société se caractérise aussi par son appréciation...
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