Et rebelote : trois nouveaux prisonniers ont réussi hier, à l'aube, à s'échapper de la prison de Roumieh. Ce développement sécuritaire, généralement considéré comme un incident majeur dans n'importe quel pays, est devenu au Liban d'une banalité absolue à force de récurrence.
La prison de Roumieh pourrait même figurer dans le Guinness Book pour avoir enregistré le plus grand nombre de tentatives d'évasion dans le monde. Mais pas uniquement pour cela.
Ce milieu carcéral a défrayé la chronique pour les innombrables crimes commis en son sein, de la simple vente et consommation de drogues diverses jusqu'à l'introduction illicite de sandwichs de carbure pour la fabrication d'explosifs (en vue de faire sauter une partie du bâtiment), en passant par la création d'un mini-État islamique. Celui-ci a été proclamé progressivement au lendemain de l'emprisonnement d'un large groupe d'islamistes accusés de terrorisme sur un périmètre regroupant un ensemble de cellules communicantes aux portes qui avaient été arrachées. Ce périmètre a été transformé pour l'occasion en tribunal religieux, et selon les besoins, en grand supermarché où l'on trouve tout ou presque en matière de produits de consommation, dont une panoplie d'armes blanches. Le tout couronné, depuis quelque temps, par un scandale financier – une affaire de détournement de fonds dans le cadre du projet de réhabilitation des bâtiments, dont ne sont pas responsables cette fois-ci les prisonniers, encore moins leurs geôliers, mais la société d'entrepreneuriat engagée par l'État libanais.
Bref, un état des lieux surréaliste et des plus ubuesques qui ferait envier plus d'un scénariste hollywoodien.
Il va sans dire que dans ce lieu pénitencier circulent également, et à profusion, les téléphones portables, qui ont souvent été un outil incontournable pour l'organisation des évasions.
Ce n'était vraisemblablement pas le cas hier puisque les fugitifs se sont rabattus sur une méthode classique consistant à dévaler le pan de la muraille du bâtiment à l'aide de couvertures et de draps reliés les uns aux autres. L'un des prisonniers, qui vraisemblablement les a vus d'une fenêtre du bâtiment en face, a filmé la séquence dans laquelle on l'entend dire : « Ils l'ont fait. Ils ont réussi leur coup. » La bande-vidéo s'échangeait frénétiquement sur les médias sociaux depuis ce matin.
Le début de l'épisode de l'évasion est en tous les cas plus captivant lorsque l'on apprend, de sources sécuritaires, que les trois fugitifs avaient enjambé les équipements de surveillance électroniques installés par la direction de la prison, avant de parvenir aux bureaux de la gendarmerie où ils ont mis la main sur des revolvers, pour ensuite s'y enfermer. Après avoir désactivé les équipements de surveillance, ils ont tendu les couvertures et draps reliés qui leur ont servi de corde pour fuir par-dessus la muraille. C'est seulement lorsque le dernier d'entre eux, el-Jouni, a achevé de sauter par-dessus la muraille que les gardiens de la prison ont été alertés.
Une bonne nouvelle, cependant : deux des trois évadés ont été localisés et arrêtés par les forces spéciales de l'armée quelques heures après leur fuite.
Il s'agit de Mouhammad el-Jouni, un Libanais mis aux arrêts pour le meurtre du capitaine Rayane el-Jurdi, tué lors du braquage à main armée de la banque BLOM, à Elyssar, en 2012. L'officier, qui se trouvait sur les lieux, avait à l'époque tenté, en vain, de neutraliser le voleur et de le désarmer.
Mouhammad el-Jouni serait en outre accusé d'appartenir à une cellule terroriste qui planifiait l'assassinat de plusieurs personnalités politiques, dont le président du Parlement Nabih Berry.
Il a été arrêté hier à la faveur des patrouilles effectuées par l'armée libanaise en coordination avec les Forces de sécurité intérieure, dans les bois encerclant la prison.
Un autre Libanais, du nom de Saïd Sabra, a été également retrouvé quelques heures après son évasion de prison et ramené au bercail.
Plus « chanceux », le troisième fugitif, un Syrien du nom de Mouhannad Abdel Rahmane, court toujours. Les forces de l'ordre ont intensifié leurs recherches dans la journée pour tenter de le retrouver avant la tombée de la nuit
Dans un entretien, le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, s'est engagé pour sa part à retrouver les trois prisonniers avant le soir. Il a, par la même occasion, assuré que les officiers en charge de la garde du lieu pénitencier responsables de cette bavure seront lourdement sanctionnés.
Pour mémoire
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Ce milieu carcéral a défrayé la chronique pour les innombrables crimes commis en son sein, de la simple vente et consommation de drogues diverses jusqu'à l'introduction illicite de sandwichs de carbure pour la fabrication d'explosifs (en vue de faire sauter une partie du bâtiment), en passant par la création d'un mini-État islamique. Celui-ci a été proclamé...


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