La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, dépêchée à Kiev le 24 février 2014, pour soutenir le nouveau pouvoir. AFP PHOTO/ SERGEI SUPINSKY
La Russie a émis lundi de "sérieux doutes" sur la légitimité des nouvelles autorités ukrainiennes, au moment où celles-ci lançaient un mandat d'arrêt contre le président déchu Viktor Ianoukovitch et se tournaient vers l'Occident pour une aide financière.
"Si on considère que des gens qui se baladent dans Kiev avec des masques noirs et des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement", a lancé le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, dans ce qui est la première réaction publique d'un dirigeant russe à l'arrivée au pouvoir de l'opposition ukrainienne ce week-end. "Il me semble que c'est une aberration de considérer comme légitime ce qui est en fait le résultat d'une révolte", a-t-il ajouté à l'intention des Européens, qui eux ont décidé de soutenir le nouveau pouvoir et ont dépêché à Kiev la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton. Celle-ci a atterri lundi en début d'après-midi.
"On s'oriente vers la répression de ceux qui ne sont pas d'accord dans diverses régions d'Ukraine via des méthodes dictatoriales et parfois terroristes", a par ailleurs fustigé le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.
Peu auparavant, le ministre des Finances par intérim Iouri Kolobov avait annoncé que l'Ukraine aurait besoin d'une aide de "35 milliards de dollars en 2014-2015". "Nous avons demandé à nos partenaires occidentaux (Pologne, Etats-Unis) l'octroi d'un crédit d'ici à une semaine ou deux" et suggéré l'organisation d'une "grande conférence internationale de donateurs avec l'Union européenne, les Etats-Unis, le FMI et d'autres organisations financières internationales", a-t-il ajouté.
L'Union européenne se tient prête à aider l'Ukraine à honorer ses engagements financiers et à négocier son tournant politique, avait indiqué un peu plus tôt le ministre britannique des Finances, George Osborne. "Nous devons être prêts à apporter une assistance financière via des organisations comme le Fonds monétaire international", avait-il déclaré, précisant que l'essentiel de cet apport prendrait la forme de prêts.
La Russie qui a poussé l'Ukraine à renoncer au dernier moment à un accord d'association avec l'Union européenne, volte-face à l'origine de la contestation depuis fin novembre, a octroyé en décembre un crédit de 15 milliards de dollars dont elle a versé la première tranche de 3 milliards. Elle apparaît désormais être remise en cause. Moscou, qui a rappelé son ambassadeur en Ukraine, a menacé d'augmenter les droits de douane sur les importations en provenance d'Ukraine si Kiev se rapproche de l'Union européenne, une priorité des nouvelles autorités, a souligné dès dimanche le président par intérim Olexandre Tourtchinov.
Les Occidentaux ne cachent pas leurs craintes depuis plusieurs jours pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine après la crise de la semaine dernière. Ils redoutent que la crise des derniers mois n'ait encore creusé le fossé entre l'Est russophone et russophile, majoritaire, et l'Ouest nationaliste et ukrainophone. Sur le terrain cependant, les régions plus proches de Moscou ne donnent pas signe de vouloir faire sécession.
Meurtre de masse de civils
Les nouvelles autorités ukrainiennes ont aussi annoncé lundi avoir lancé un mandat d'arrêt contre le président déchu Ianoukovitch, jadis soutenu par Moscou. "Une enquête criminelle a été ouverte pour meurtres de masse de civils à l'encontre de Ianoukovitch et de plusieurs autres fonctionnaires. Un mandat d'arrêt a été lancé contre eux", a annoncé le ministre de l'Intérieur par intérim Arsen Avakov.
Destitué par le Parlement et lâché par son propre parti, M. Ianoukovitch n'a pas donné signe de vie depuis samedi et pourrait se cacher dans l'est du pays. Les violences au centre de Kiev ont fait 82 morts la semaine dernière.
(Reportage : Les Ukrainiens découvrent, bouche bée, le train de vie luxueux de leur ex-président)
Remettre le pays en marche
L'ex-opposition, désormais aux manettes, s'est rapidement mise au travail ce week-end pour remettre le pays en marche. Une élection présidentielle anticipée a été fixée au 25 mai.
"A partir de demain, les Ukrainiens peuvent présenter leur candidature à l'élection présidentielle", soit 90 jours avant la date prévue, conformément à la loi ukrainienne, a lancé le président par intérim Olexandre Tourtchinov lors d'une réunion avec d'autres responsables au Parlement. "J'espère que d'ici demain (mardi) nous pourrons vous dire des choses concrètes sur la formation d'un gouvernement" intérimaire, a-t-il ajouté. "Ces trois dernières années, l'Ukraine a fonctionné grâce à des emprunts. Aucun gouvernement en Ukraine n'a jamais travaillé dans des conditions aussi extrêmes", a dit M. Tourtchinov. "La plupart des fonctionnaires ont quitté leur poste. Les caisses sont vides, nous n'avons pas d'argent pour honorer nos dettes", a-t-il ajouté.
"Depuis son indépendance, l'Ukraine n'a jamais connu une telle catastrophe économique et politique", a renchéri l'un des leaders de la contestation Arseni Iatseniouk. "Nous avons besoin d'une aide financière urgente de la part de nos partenaires européens et il faut reprendre immédiatement le programme de coopération avec le FMI", a-t-il insisté.
Lire aussi
L'Ukraine de plain-pied dans l'après-Ianoukovitch
Ioulia Timochenko, la dame de fer ukrainienne, retrouve la liberté
"Si on considère que des gens qui se baladent dans Kiev avec des masques noirs et des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement", a lancé le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, dans ce qui est la première réaction publique d'un dirigeant russe à l'arrivée au pouvoir de l'opposition ukrainienne ce week-end. "Il me semble que c'est une aberration de considérer comme légitime ce qui est en fait le résultat d'une révolte", a-t-il ajouté à l'intention des Européens, qui eux ont décidé de soutenir le...



Et elle va bientôt douter de son "propre" pouvoir !
15 h 45, le 25 février 2014