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Nos lecteurs ont la parole - Francis Doumet

Accords et désaccords

Presque 25 ans que notre guerre dite civile a pris fin, et toujours la même incertitude, la même instabilité, le même chaos. Vingt-cinq ans que Taëf sonna le glas des hostilités, mais sur papier uniquement. Car toute hostilité n'est pas forcément armée. En effet, nos chefs de guerre d'antan n'ont jamais cessé de poursuivre leurs objectifs depuis ce jour fatidique du 22 octobre 1989. Rappelons-nous qu'au moment de sa signature, ni Michel Aoun, ni Nabih Berry, ni Walid Joumblatt ne soutenait cet accord, parrainé par les puissances étrangères. Le premier, par hostilité à la présence syrienne, bien sûr, mais surtout par réaction au dédain dans lequel la communauté internationale tenait son gouvernement de militaires, qui ne fut jamais consulté. Les deux derniers parce qu'ils étaient déçus par un accord qui ne remettait pas en question les bases du pacte national de 1943, exception faite de quelques retouches au seul profit de la communauté sunnite.
Dès lors, les parties de tout bord cherchent à saper cette entente fragile, vieille d'un quart de siècle, par tout les moyens à leur disposition. Tout y passe : blocage des institutions étatiques, étouffement économique, présence d'armes illégales. En cherchant à affirmer leur influence et leur rôle de décideurs laissés pour mort à Taëf, certains posent des conditions rédhibitoires à leur adhésion à tout gouvernement ; d'autres, plus brutalement, s'en vont en guerre au-delà des frontières pour attester que, pour eux, les ordres, ils ne les prennent que de Dieu.
Nos politiciens vantent haut et fort cette unité nationale, mais la méprisent tout bas. Et cela parce qu'un peuple uni réclame un chef unique. Le reste est rapidement relégué aux oubliettes. Alors, on promeut des circonscriptions électorales de plus en plus petites, s'assurant de la polarisation des masses et perpétuant la présence d'une classe politique depuis longtemps décriée.
Flash sur Dayton, le Taëf bosniaque. Lui aussi conçu pour répartir le pouvoir entre « ni vainqueurs ni vaincus », cet accord échoue lamentablement pendant dix-neuf ans, sauf à maintenir une paix des plus précaires. Mais aujourd'hui, exacerbée par une classe politique corrompue et arriviste, ruinée par une économie en berne, c'est une nouvelle génération de Bosniaques qui s'unit et descend dans les rues de Sarajevo pour boucler la capitale, barrer l'accès aux politiciens et réclamer le changement.
Libanais, nous sommes en mesure de faire de même et de nous unir autour du seul sujet qui nous rassemble encore : le ras-le-bol économique. Il est grand temps de consolider les assises de la souveraineté populaire, d'oublier le passé une fois pour toutes et de faire place au renouveau. Un gouvernement de jeunes, de technocrates, et surtout d'incorruptibles. « Chez les gouvernements libres, ce sont les dirigeants qui sont serviteurs et le peuple qui est (...) souverain », disait Benjamin Franklin. Nous pouvons encore rêver.

Francis DOUMET

Presque 25 ans que notre guerre dite civile a pris fin, et toujours la même incertitude, la même instabilité, le même chaos. Vingt-cinq ans que Taëf sonna le glas des hostilités, mais sur papier uniquement. Car toute hostilité n'est pas forcément armée. En effet, nos chefs de guerre d'antan n'ont jamais cessé de poursuivre leurs objectifs depuis ce jour fatidique du 22 octobre 1989. Rappelons-nous qu'au moment de sa signature, ni Michel Aoun, ni Nabih Berry, ni Walid Joumblatt ne soutenait cet accord, parrainé par les puissances étrangères. Le premier, par hostilité à la présence syrienne, bien sûr, mais surtout par réaction au dédain dans lequel la communauté internationale tenait son gouvernement de militaires, qui ne fut jamais consulté. Les deux derniers parce qu'ils étaient déçus par un accord qui ne...
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