Le mois de février est arrivé à grands pas et voilà, tout rose et potelé, Cupidon qui continue à toucher nos cœurs de ses flèches trempées dans du miel. C'est la Saint-Valentin donc et les sentiments sont assez mitigés. Qui en a assez de voir se multiplier sous ses yeux toutes ces vitrines rouges et ces billboards en cœur ; qui se rappelle amèrement ses amours déçues ;
qui est renvoyé à cet horrible drame du Saint-Georges. Et, au contraire, qui s'en va faire le joli cœur, composant un splendide bouquet ou choisissant un cadeau unique à son Valentin ou à sa Valentine.
Mais tel n'est pas le sujet de mon propos. Nous optons tous pour les mêmes pratiques mais, à chaque occasion, quand je vois les textos fuser de partout, les bips retentir, les phrases bidons et les formules toutes faites s'inscrire sur les écrans, je deviens très nostalgique du papier. Nostalgique du carton. Nostalgique du stylo. Ces fêtes sont devenues si commerciales que nous oublions de les personnaliser. Révolus hélas les temps des cartes de vœux. L'époque où nous passions un sacré temps chez Hallmark par exemple à choisir nos cartes, ou en Europe dans les superbes carteries de la rive gauche de Paris à chiner et garder des paquets de cartes pour des occasions à venir. Aujourd'hui, ce sont les messages wifi qui détrônent la romance avec leurs abréviations et leurs paroles sans âme, style Mery Xmas, H.B, Bon Anniv, Happy Val, Bonn &Heureuz, et j'en passe... Révolues les cartes ou les lettres que l'on rédigeait d'une écriture soignée, choisissant chaque mot, exprimant des vœux personnalisés. Révolu le temps où l'on prenait la peine d'aller poster notre courrier E.V. ou à l'étranger, et puis à la réception tout le cérémonial qui s'ensuivait : l'enveloppe que l'on ouvrait au coupe-papier si c'était une lettre, le timbre que l'on décollait soigneusement pour pouvoir le garder, le contenu que l'on lisait avec émotion, puis cette façon de garder la carte jalousement pendant des années avec tout le reste de billets que l'on aime à ranger secrètement.
Ce sont certes d'autres temps, mais même si nous sommes désormais à l'époque de la high-tech, des social media et de la génération fast-food, pourquoi court-on autant ? Pourquoi cette fuite en avant ? Pourquoi avons-nous opté pour le « pratique » au profit du « beau » ? Pourquoi ne prend-on plus le temps de faire les choses en y mettant plus de cœur, même si l'on doit y consacrer plus de temps ?
Je n'irai pas jusqu'au mythe de Sisyphe et je suis d'accord que nous courons chacun dans son domaine par ambition, pour se prouver, pour laisser une trace de nous-mêmes, pour une autosatisfaction, une estime de soi, pour une assurance pécuniaire afin de pouvoir jouir d'une sécurité et d'un certain contrôle. Mais derrière tous ces grands titres se cache un besoin tout simple, trivial je dirai : le besoin d'être aimé pour rester dans la note du jour, le besoin d'être reconnu, apprécié dans le regard de l'autre, ce qui fait, par effet de miroir, que nous sommes satisfaits, fiers, confiants de nous-mêmes. Tout comme les relations amoureuses.
Mais cela est un long débat ;
restons-en au côté festif de notre cher Valentin et, parlant de cartes, allons en un lieu de circonstance : allons rendre à cette commémoration sa romance, en sillonnant la « Carte du Tendre », Tendre étant le nom d'un pays imaginaire où il fait bon vivre. Se trouve à Tendre un fleuve qui s'appelle Inclinaison qui rejoint à son embouchure deux rivières : Estime et Reconnaissance. Les trois villes de Tendre, Tendre-sur-Inclinaison, Tendre-sur-Estime et Tendre-sur-Reconnaissance, sont situées sur ces trois cours différents. Pour aller de Nouvelle-Amitié à Tendre-sur-Estime, il faut passer par le lieu de Grand-Esprit auquel succèdent les agréables villages de Jolis-Vers, Billet-Galant et Billet-Doux pour rester dans le cadre des correspondances épistolaires. Dans cette sorte de géographie enflammée, le fleuve Inclinaison coule tranquillement car il est domestiqué, tandis que la mer reste houleuse car elle représente les passions. La seule passion positive est celle qui est la source de Nobles Sentiments que l'homme peut éprouver tandis que le lac de l'Indifférence représente l'ennui.
Voici donc sur une « carte »,
Par le biais de cette géographie amoureuse
Noir sur blanc
Et sans abréviation aucune :
Ces meilleurs vœux pour la fête de l'amour.
Lina SINNO


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