« Carlos » : à lui les grands horizons.
Et la mayonnaise semble avoir bien pris, comme l'indique le titre de cette exposition, «Notre Amérique: la présence latino dans l'art américain». Et c'est l'American Art Museum qui présente cette nouvelle physionomie du paysage pictural de l'Oncle Sam, à travers 92 visions de 72 artistes contemporains ayant leurs racines en Amérique du Sud et appelés «Latinos». Leur inspiration relève de styles et de mouvements variés: expressionnisme engagé (car galvanisés par le mouvement des Droits civils des années 60 et 70), abstrait, conceptuel et classique. Ils ont créé de nouvelles images de leurs communautés en explorant l'expérience biculturelle, et certains ont fait une analyse critique de l'histoire américaine et de la culture populaire, révélant des possibilités conflictuelles d'expansionnisme, de migration et d'implantation. D'autres se consacrent uniquement à leur expérimentation picturale, poussant les limites du médium de leur choix. En définitive, «Notre Amérique » est l'image d'une culture nationale en changement, qui se teinte d'une nouvelle coloration, et baptisée «Latinos».
La curatrice de l'exposition, Carmen Ramos, clarifie cette esthétique nouvelle: «La relation entre l'art latino et l'art américain dans son sens absolu n'était pas très définie au début. Il y avait les artistes influencés par le mouvement latino des Droits civils qui ont donné la priorité à l'expression des problèmes du jour au profit du pur formalisme. En face, ceux qui ont embrassé l'abstraction et ceux qui ont infusé les tendances avant-gardistes aux thèmes de l'engagement politique.»
« Notre Amérique, avec l'autre »
Les œuvres en vue reflètent le large panorama diversifié des communautés latinos originellement venues du Mexique, de Puerto Rico, de Cuba, des îles Dominicaines et autres pays de l'Amérique latine. On a donc affaire à des talents de différentes générations, parlant la même langue et, néanmoins, porteurs de leurs spécificités régionales. Ils font partie des 50 millions de personnes de souches hispaniques de la population des USA (ou 17%). Les années 1950 ont été un tournant pour eux, lorsqu'ils ont commencé à fréquenter les écoles américaines des beaux-arts. C'est aussi à cette époque qu'ils avaient commencé à contester leur marginalisation et à amorcer leur processus d'intégration.
Relevées, certaines toiles miroir des étapes de leur parcours de Latinos. D'abord, un portrait intitulé El Tamalito del Hoyo (1959), un jeune garçon dont la couleur foncée de la peau se fond avec celle de l'environnement urbain, alors qu'il rêve d'une appartenance plus lumineuse. Ailleurs, personne n'a échappé à la fascination du mythe des Cow-boys, «radioscopié» et disséqué avec minutie, pour en saisir tous les aspects. Et après les jeux de la Caméra obscure, braquée sur la solitude d'une chambre vide, on décide de passer à une plus grande ouverture d'horizon avec Carlos au bras joliment tatoué et fièrement tendu vers la grande cité.
C'est bien là le symbole de cette exposition, axée sur la société postraciale et qui affirme que «Notre Amérique» implique que «l'autre», c'est nous. Ou, en anglais, «us»; comprendre les US.


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