X

La Dernière

Les serveurs sont trisomiques, le restaurant un énorme succès

Italie
OLJ/AFP
08/02/2014

« Girasole, orange, 18 » : la pizza est à peine sortie du four à bois qui trône au milieu du Locanda dei Girasoli que Samuele, le pizzaïolo, donne les consignes à Alessandro, jeune serveur trisomique de 28 ans.
Le code est simple et désormais rodé, le service rapide et efficace : nom de la pizza à servir, couleur d'une des trois salles où le client l'attend, numéro de la table où il est assis.

« Mes serveurs font le travail et le font très bien. Quand l'un d'eux n'est pas là, je galère, reconnaît Ugo Menghini, chef de salle depuis six ans dans ce restaurant un peu spécial caché au sud de Rome. Si je devais ouvrir ma propre affaire, je n'hésiterais pas, j'engagerais des trisomiques. »


Née en 2000 à l'initiative de parents d'enfants atteints du syndrome de Down, la coopérative I Girasoli (les tournesols) travaille à l'insertion professionnelle des personnes trisomiques. Le restaurant Locanda dei Girasoli en est la traduction concrète. « Sur les 18 personnes qui travaillent au Locanda, 13 sont trisomiques », détaille fièrement Enzo Rimicci, président de Consorzio Sintesi, société coopérative sociale spécialisée dans le travail pour personnes handicapées et récent repreneur du restaurant.

Pas épargnée par la crise, le Locanda dei Girasoli a dû se restructurer pour réouvrir ses portes en novembre 2013 après plusieurs mois de travaux. « Tout est autofinancé, sans aide de l'État », insiste Enzo Rimicci, qui emploie par ailleurs des handicapés pour trois call centers de Wind, opérateur téléphonique italien. « L'État pousse à l'assistanat, nous, on privilégie l'insertion professionnelle », martèle le président du Locanda.

Aujourd'hui, sur les treize « ragazzi Down », comme Enzo Rimicci aime les appeler affectueusement, neuf sont encore stagiaires. Le recrutement est rigoureux. La formation pointue. Après 600 heures de stage rémunéré, Simone, affable et adepte du bon mot, a obtenu à 24 ans un CDI. « J'adore être en salle, surveiller, me rendre disponible, être au contact des gens et surtout je prends du plaisir à être ici », raconte-t-il.

 

Grande victoire
Le matin, quand le restaurant est fermé, une autre équipe fabrique cookies, gâteaux secs et autres douceurs. « En fonction de leurs aptitudes, tous nos employés réussissent à trouver leur place. Marco est timide et se bloque en salle, mais en cuisine, c'est une vraie machine », expose le président Rimicci.

Ce soir, Anna, 22 ans, ne travaille pas. Elle est venue manger en famille avec ses parents. « Pour nous, pour elle, c'est une grande victoire. Notre fille a gagné en autonomie, quand elle rentre le soir du travail, on la retrouve satisfaite, orgueilleuse de ce qu'elle fait », se félicite, ému, son père Carlo, qui note qu'Anna « a aussi progressé dans son relationnel, son langage ».


Un groupe d'amies franchit pour la première fois les portes du Locanda dei Girasoli, guidées par Simone, menus sous le bras. « On a eu de très bons échos, alors on a voulu venir », explique l'une d'elles. « Disons que c'est un restaurant normal, à ceci près que les serveurs sont sympathiques », s'amuse une autre. « Quand tu arrives ici pour la première fois, tu as des a priori, mais très vite tu te rends compte qu'ils n'ont pas lieu d'être », dit, entre deux bouchées de pâtes à l'amatriciana,

Giuseppe, instituteur de 64 ans, habitué de ce restaurant à la décoration sobre mais chaleureuse, où l'emblème tournesol est présent des murs au menu, en passant par les polos des serveurs. « Vu de près, personne n'est normal », dit le proverbe romain qu'Enzo Rimicci se plaît à répéter. Et ce qui est vrai à Rome va aussi l'être en Sicile, avec l'ouverture d'un autre Locanda dei girasoli prévue à Palerme. Le président de la coopérative réfléchit même à « franchiser le concept ».

Pour mémoire
Trisomie 21 : sensibilisation sur ce qu'il ne faut plus dire

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Claude AZRAK

Quelle merveilleuse et valorisante initiative !!!

Dernières infos

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

Notre vie avant et depuis la révolution

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants