Pas à pas, le procureur du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) avance en direction de la thèse selon laquelle l'attentat du 14 février 2005 visant l'ancien Premier ministre Rafic Hariri a été bel et bien provoqué par la fameuse Mitsubishi Canter, une affirmation que la défense avait déjà tenté de remettre en question, notamment lors des premières audiences du TSL.
Hier, l'audition des témoins s'est poursuivie, avec la comparution d'un membre des Forces de sécurité intérieure (FSI) qui a demandé à faire sa déposition en préservant son anonymat.
Le témoin occupait un poste administratif au bureau des explosifs des FSI au moment de l'attentat en février 2005. S'exprimant à travers un système de vidéoconférence à partir de Beyrouth, le témoin a longuement commenté les photos des pièces de véhicules retrouvées sur le lieu du crime, confirmant que plusieurs de ces pièces faisaient partie du Mitsubishi Canter.
Le témoin a affirmé avoir travaillé conjointement avec trois autres experts en explosifs qui l'avaient devancé sur le lieu de l'attentat, avant de se rendre lui-même sur place. « Plusieurs experts en explosifs des FSI s'y trouvaient déjà », a-t-il précisé.
Le témoin a ensuite été amené à commenter les photos qui lui ont été présentées. Il a indiqué que les experts avaient repéré des « pièces métalliques » du cratère provoqué par l'explosion et que lui-même avait été convoqué à une réunion au tribunal militaire. Certaines des pièces se rapportaient à une Mercedes du convoi de l'ancien Premier ministre et d'autres appartenaient au van Mitsubishi piégé, qui aurait été utilisé dans l'attaque.
Les pièces recueillies avaient été soumises à plusieurs agents automobiles (Mitsubishi, Volkswagen, Mercedes) pour authentification.
« Nous avons constaté que l'une des pièces, que l'on voit ici dans la photo, représente le logo de la Mitsubishi. Nous avons alors soumis les pièces recueillies à la société concernée pour les identifier. Ils (les ingénieurs de l'agence automobile) ont confirmé qu'il s'agissait bien d'une Mitsubishi. C'est à ce moment que nous avons envisagé la thèse selon laquelle l'explosion a été provoquée par ce véhicule », a-t-il dit.
Par la suite, les experts ont pu identifier le modèle du véhicule toujours à l'aide des pièces retrouvées, dont certaines ont été récupérées dans le cratère, d'autres dans la mer, grâce à des plongeurs professionnels, d'autres encore, plus loin sur la scène du crime, un détail que l'accusation a cherché vraisemblablement à mettre en exergue pour prouver qu'il s'agit bien du véhicule qui a explosé et dont les pièces se sont éparpillées un peu partout, ce qui n'était pas le cas des voitures du convoi de l'ancien Premier ministre.
« Certaines des pièces retrouvées ont prouvé par la suite qu'il s'agissait d'un camion de modèle Canter, comme l'avaient confirmé les ingénieurs de la société Mitsubishi, qui avaient également précisé que des parties de la Mitsubishi Canter étaient similaires à celles que l'on retrouve dans le modèle Rosa », a indiqué le témoin.
Il a poursuivi en expliquant que des experts des membres de la commission internationale d'investigation (IIIC), chargée à l'époque de l'enquête, sont venus sur les lieux pour sonder, en collaboration avec des éléments de la Défense civile, les fonds marins en face du Saint-Georges où ils ont retrouvé une partie des pièces du véhicule.
Notons que lors de l'audience, certains documents présentés par l'accusation n'ont pas été diffusés en direct au public pour des raisons de confidentialité, notamment pour ne pas révéler l'identité de certaines personnes dont le nom y figurait.
Après la pause, la défense a interrogé à son tour le témoin, lui demandant s'il connaissait le général des services de renseignements syriens Jameh Jameh.
Après quelques hésitations, le témoin a reconnu avoir été présenté au général Jameh par des membres du bureau des explosifs des FSI. Il a précisé avoir contacté Jameh Jameh, assurant ne pas se rappeler des dates exactes. Il a néanmoins admis avoir appelé le général Jameh le 15 février 2005 afin de faciliter le travail des responsables sécuritaires, et « pour éviter d'avoir des problèmes, sachant que c'étaient eux (les membres de l'armée syrienne) qui tenaient le terrain », a-t-il dit. Et d'ajouter : « Nous vivons dans une région où de telles connaissances sont importantes pour notre protection. »
Face à l'insistance de la défense, le témoin a exprimé quelque embarras et la transmission de la séance a été coupée avant de reprendre quelques minutes plus tard.
Le général Jameh était un des hauts responsables de la sécurité de l'armée syrienne lorsque celle-ci était déployée au Liban entre 1976 et 2005. Il était responsable du sinistre hôtel Beaurivage à Beyrouth, un centre de détention et de torture relevant des forces syriennes durant la période de la tutelle syrienne, notamment lors des années 1990. D'abord nommé dans la plaine de la Békaa, il avait pris la tête du Beaurivage dans les années 1980, devenant l'adjoint de Rustom Ghazalé, le chef du renseignement syrien au Liban de 2002 à 2005.
Jameh Jameh avait également été interrogé dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri et placé par les États-Unis sur la liste noire des personnes soupçonnées de soutenir les activités terroristes et de déstabiliser le Liban.
Assassiné le 17 octobre dernier, l'officier syrien a emporté avec lui ses secrets du Liban, où il a officié pendant plus de vingt ans.
Il a été abattu à Deir ez-Zor le 17 octobre. Il dirigeait alors le renseignement dans la grande ville de l'est de la Syrie. Plusieurs groupes, dont le Front al-Nosra, ont revendiqué sa mort dont les conditions restent obscures. Mais pour certains médias arabes, Jameh Jameh pourrait tout aussi bien avoir été liquidé par le régime.
Liban
TSL : un témoin des FSI fait état de contacts avec Jameh Jameh, le tortionnaire du Beaurivage
OLJ / le 06 février 2014 à 00h00


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QU'IL AVAIT TRANSFORMÉ EN SANG-RIVAGE !
14 h 16, le 07 février 2014