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Culture - En Librairie

Les divins cauchemars des petites filles peu sages de Nicoletta Ceccoli

Un livre d'images. Images à l'allure d'une toile flamande avec des coins d'ombre à la Balthus. Pas pour les petites filles modèles. Et pourtant, Nicoletta Ceccoli dessine pour les enfants. Son album « Daydreams »* (Venus DEA, 96 pages) est un inventaire de divins cauchemars. À feuilleter, avec attention et précaution, les sens éveillés et les yeux grands ouverts.

Une des fillettes de Nicoletta Ceccoli dans son album « Daydreams ».

Plusieurs ouvrages, aux images léchées, sont signés de sa pâte à modeler et de ses acryliques aux couleurs phosphorescentes et pastel. Des petites filles à la fois gentilles et cruelles. Guère sages. Elles ont la grâce inquiétante des poupées en porcelaine. Elles ont des regards clairs et froids, et vous dardent de leur frimousse provocante. Avec la force des peurs et des obsessions jamais mises sous le boisseau.
Des petites filles aux doigts fuselés, aux cheveux dorés comme des épis de blé, aux robes sorties d'une armoire de Barbie, à la fois angéliques et machiavéliques. Droites et intrigantes, affalées ou mutines, en prise avec des animaux inoffensifs, féroces, mythiques ou des objets désarticulés, extravagants et grossis à la loupe, ces petites Alice, touchantes de beauté, aux yeux avides de vie, sont habitées par des rêves faussement innocents. Avec des zones sombres, tissées de menaces et de secrets. Un minuscule enfer aux ombres « méphistolesques ».


Pour plus de précision, un petit détour du côté de la carrière de l'artiste illustratrice avant de retourner à ce monde échappé aux imaginaires les moins contenus. Aux abords d'un Edgar Allan Poe pour gamines délurées. Avec un érotisme aux confins du sulfureux, mais où tout est dit en touches suggestives et d'une grande culture. En se référant, mine de rien, aux œuvres des grands maîtres. Goya, Fussli, Germaine de Beaumont, Cocteau et bien d'autres clins d'œil, adroits et malicieux.


Nicoletta Ceccoli est née à San Marin, en Italie. Mère professeure d'école et père menuisier, elle a très tôt fait le choix de sa vocation d'artiste. Diplômée de l'Institute of Art d'Urbino, elle a suivi par la suite des cours de cinéma d'animation. Plusieurs prix ont couronné ses multiples dessins, tous dans la même veine d'inspiration de figurines aux comportements et attitudes complexes.
Parmi les récompenses récoltées, on cite volontiers le Prix Andersen pour la meilleure illustratrice italienne de l'année 2001. Et on ne passe certainement pas sous silence la prestigieuse médaille d'argent de la Society of Illustrators de New York en 2006.
Talent reconnu, non seulement aussi par le fait qu'elle soit quatre fois lauréate de la médaille d'Excellence, décernée par la Communication Arts, mais dans les galeries, à travers toute l'Europe où ses toiles – toute son œuvre, à la base un ensemble de tableaux dédiés à la peinture – ont un énorme succès.


Pour cette féerie visuelle que sont les pages de Daydreams, dignes d'un livre d'art, on rejoint un univers alliant les atmosphères de Perrault, Grimm, Lewis Carol et L. Frank Baum. En images figées. En une peinture onirique, fantasque et fantastique, parfois dérangeante de surréalisme, comme un souvenir tétanisant, aux délicatesses cotonneuses, à la poésie diaphane et symbolique, aux personnages lilliputiens, à la fois éthérés et sensuels. Il y a là un réseau complexe de signes qui interpellent.
Le spectateur est invité à une bacchanale de Sophie dévoyée, entre imaginaire débridé et réalité surprenante, faite de pied de nez au convenu et au conventionnel. Le conformisme de la pureté de l'enfance ici n'est pas garanti. Bonjour la psychanalyse et Freud !
Deux mondes se croisent en toute tranquille insolence. Et l'on ne sait jamais ni la lisière ni les frontières de ce qui devrait tranquilliser ou inquiéter, faire rêver ou frissonner, taire ou révéler, interdire ou
libérer...


D'où, feuilleter cet ouvrage n'est guère un regard passif, mais au contraire vigilant et perspicace pour débusquer les innombrables détails qui piquent la curiosité, éveillent le soupçon, ou laissent présager à l'atterrissage vers des rives inconnues où l'on ne parle pas forcément des verts paradis des amours enfantines.
Les enfants ont certes leur part dans ce gâteau à étagements multiples, gâteau délicieux, coloré, tout sucre, miel, pain d'épice et autres gourmandises, mais les adultes en ont bien davantage.
À découvrir et savourer comme une gâterie improbable et improvisée !

 

*« Daydreams » (édition Venus DEA) de Nicoletta Ceccoli est en vente à la librairie al-Bourj.

Plusieurs ouvrages, aux images léchées, sont signés de sa pâte à modeler et de ses acryliques aux couleurs phosphorescentes et pastel. Des petites filles à la fois gentilles et cruelles. Guère sages. Elles ont la grâce inquiétante des poupées en porcelaine. Elles ont des regards clairs et froids, et vous dardent de leur frimousse provocante. Avec la force des peurs et des obsessions jamais mises sous le boisseau.Des petites filles aux doigts fuselés, aux cheveux dorés comme des épis de blé, aux robes sorties d'une armoire de Barbie, à la fois angéliques et machiavéliques. Droites et intrigantes, affalées ou mutines, en prise avec des animaux inoffensifs, féroces, mythiques ou des objets désarticulés, extravagants et grossis à la loupe, ces petites Alice, touchantes de beauté, aux yeux avides de vie, sont habitées...
commentaires (2)

DU SADISME VERTUEUX ET À PETITES DOSES ?

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

15 h 43, le 04 février 2014

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Commentaires (2)

  • DU SADISME VERTUEUX ET À PETITES DOSES ?

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    15 h 43, le 04 février 2014

  • Folie totale , à tendance vicieuse .

    Sabbagha Antoine

    15 h 21, le 04 février 2014

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