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Économie - Par Alejandro Litovsky Et Michael Schaefer

Pour une réponse internationale coordonnée face aux risques globaux

Pendant la guerre froide, la certitude d'une destruction mutuelle a empêché la course à l'arme nucléaire de déboucher sur une catastrophe : un agresseur potentiel aurait subi des représailles immédiates qui l'auraient annihilé. Aujourd'hui, c'est une course très différente qui a lieu, une course pour les ressources vitales de la Terre qui menace la stabilité de régions-clés de la planète. L'interdépendance croissante des différents pays pour la nourriture, l'eau et l'énergie exige qu'au plus haut niveau les dirigeants politiques apportent une réponse globale au défi de la gestion durable des ressources.
Contrairement à la course à l'arme nucléaire du XXe siècle, les problèmes de sécurité des ressources ne se posent pas de manière linéaire. Lors de la guerre froide, les adversaires reconnaissaient explicitement la certitude d'une destruction mutuelle en cas de conflit. Par contre, dans la course aux ressources qui marque le XXIe siècle, aucun acteur ne menace directement ou indirectement les autres d'arrêter les exportations de nourriture ou d'énergie, mais ils tous sont exposés aux risques systémiques.
L'interdépendance des nations s'est accrue, de même que sa volatilité, et ce en raison du réchauffement climatique, du stress hydrique et de la diminution de la résilience écologique. Dans un monde où les ressources sont limitées, les États et les entreprises seront amenés à prendre des décisions qui affectent la sécurité de tous.
Pour appréhender plus facilement cette interdépendance, l'Initiative pour la sécurité de la Terre (ESI, Earth Security Initiative) a créé un document intitulé Earth Security Index 2014 qui indique au moyen de visuels pour différents pays les vulnérabilités qui accroissent leur exposition aux risques – dans l'attente d'une politique plus appropriée et des investissements voulus. L'ESI identifie quatre domaines d'interdépendance qui seront probablement au centre des questions de sécurité mondiale dans les prochaines décennies :
- Les goulots d'étranglement. La demande croissante pour l'énergie, l'eau, la nourriture et la terre ne peut être satisfaite sans faire un arbitrage entre des ressources limitées. On atteint un goulot d'étranglement quand les ressources disponibles ne peuvent satisfaire la demande. En Chine et en Inde, certaines régions n'auront probablement pas suffisamment d'eau pour répondre à la fois aux besoins des centrales à charbon et de l'agriculture. En Chine, 60 % des futures centrales à charbon doivent être construites dans des régions où l'approvisionnement en eau est tout juste suffisant.
- L'alimentation. La dépendance croissante de beaucoup de pays à l'égard des importations de nourriture, d'eau et d'énergie permet de développer le commerce et de réaliser des investissements, mais elle rend ces pays très vulnérables. L'Australie par exemple est un important exportateur de charbon, mais elle importe l'essentiel de son pétrole et ne dispose que de trois jours de stocks. Ainsi que le montre l'ESI, quelques pays comme l'Égypte, le Pérou et les Émirats arabes unis sont très dépendants de l'importation de céréales d'un petit nombre de pays. Par ailleurs, l'exposition des pays producteurs de céréales à des catastrophes climatiques compromet leur capacité à maintenir des stocks, ce qui a des conséquences pour les pays qui achètent leur production. Ainsi en 2010, la Russie a suspendu l'exportation de blé à l'issue d'une forte sécheresse. Cela s'est traduit par une hausse des prix de l'alimentation qui aurait joué un rôle dans la révolution égyptienne.
- Les téléconnnexions. Dans des secteurs tels que la réassurance et les investissements dans les infrastructures, la capacité d'anticiper les risques écologiques systémiques prend de plus en plus d'importance. Le terme de téléconnexion se rapporte aux événements climatiques liés les uns aux autres sur de grandes distances géographiques. Les scientifiques les connaissent bien, mais les industriels, les investisseurs et les États dont la sécurité dépend de la stabilité environnementale n'en discutent pas sérieusement. Par exemple, les forêts humides ont un rôle fondamental dans le maintien de la stabilité du climat et des chutes de pluie, elles servent de « pompe » qui favorise la circulation de l'humidité d'une région à l'autre. La déforestation peut ainsi avoir un effet déstabilisateur sur le climat en amplifiant la fréquence et l'intensité de catastrophes climatiques comme les inondations et les sécheresses. Cela entraîne des pertes importantes pour les principales industries et le secteur financier. Le Brésil, bien que la déforestation de l'Amazonie ait ralenti nettement au cours des 5 dernières années, a déjà perdu plus de 11 millions d'hectares de forêts humides, les catastrophes climatiques ont fortement augmenté, les inondations causant 4,7 milliards de dollars de pertes rien qu'en 2011.
- Les goulots d'étranglement de la productivité des terres. On est sur le point d'atteindre la limite d'exploitation des systèmes agricoles, tandis que les problèmes de mauvaise gestion menacent la sécurité alimentaire, le niveau de vie et l'environnement. Pour augmenter la production alimentaire nécessaire, entreprises, investisseurs, États et communautés locales doivent faire face à une série d'obstacles critiques : des titres de propriété mal définis ou inexistants, une nappe phréatique en diminution en raison d'un pompage excessif, l'utilisation mal appropriée de produits polluants tels qu'engrais et pesticides, la destruction d'écosystèmes vitaux qui affecte la production agricole et l'incapacité de certaines zones à faire face à des climats extrêmes. Dans certaines régions de l'Inde, ces problèmes vont de pair. Les problèmes de titres de propriété n'incitent pas les petits paysans à investir pour augmenter leur productivité ; en raison d'une politique laxiste, le pompage massif de l'eau appauvrit les nappes phréatiques, et des millions de personnes vivent dans l'insécurité alimentaire malgré la croissance économique rapide dans les zones urbaines. Les États et les entreprises devront évoluer vers une gestion durable des terres pour protéger les ressources à risque.
En 2015, on devrait parvenir à des accords sur le réchauffement climatique, décider de réponses coordonnées aux catastrophes naturelles et concevoir un programme mondial de développement pour les années à venir. Certains de ces processus multilatéraux (notamment ceux relatifs à un accord ambitieux sur le climat) se mettent peu à peu en place malgré les intérêts géopolitiques contraires.
Dans le passé, la nécessité et l'urgence d'un accord à haut niveau sur l'armement nucléaire étaient évidentes, mais exigeaient un processus permettant une compréhension commune des risques et du potentiel d'action sur le plan international. Des organisations mondiales plus souples – telles que l'Initiative relative à la menace nucléaire (Nuclear Threat Initiative) – basées sur des relations de confiance bâties en dehors du cadre du multilatéralisme formel, continuent de défendre les mesures multilatérales couronnées de succès, comme le Traité de non-prolifération des armes nucléaires.
Cette année, lors de la préparation de la prochaine génération d'accords sur le développement durable et le réchauffement climatique, les dirigeants de la planète devront mettre l'interdépendance et la sécurité au cœur des leurs discussions. Cela devrait s'accompagner de la création de structures informelles en complément du multilatéralisme traditionnel.
En particulier, il faut remettre en question les divisions dépassées entre pays riches et pauvres, et les responsabilités qui leur incombent. Les nouvelles puissances telles que la Chine, le Brésil, l'Inde et d'autres pays membres du G20 cherchent à réformer les systèmes de gouvernance mondiale. La fragilité de leur richesse face aux risques globaux doit stimuler ce processus ; seulement alors, le monde pourra améliorer la sécurité au bénéfice de tous.

Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz

©Project Syndicate, 2014.

Alejandro Litovsky est fondateur et président-directeur général de l'Initiative relative à la sécurité de la Terre (Earth Security Initiative). Michael Schaefer est président de la Fondation BMW et ancien ambassadeur d'Allemagne en Chine.

Pendant la guerre froide, la certitude d'une destruction mutuelle a empêché la course à l'arme nucléaire de déboucher sur une catastrophe : un agresseur potentiel aurait subi des représailles immédiates qui l'auraient annihilé. Aujourd'hui, c'est une course très différente qui a lieu, une course pour les ressources vitales de la Terre qui menace la stabilité de régions-clés de la planète. L'interdépendance croissante des différents pays pour la nourriture, l'eau et l'énergie exige qu'au plus haut niveau les dirigeants politiques apportent une réponse globale au défi de la gestion durable des ressources.Contrairement à la course à l'arme nucléaire du XXe siècle, les problèmes de sécurité des ressources ne se posent pas de manière linéaire. Lors de la guerre froide, les adversaires reconnaissaient explicitement...
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