Alors que je venais d'avoir 18 ans, on m'a posé la même question qu'on m'avait posée quand j'avais 5 ans. Mais cette fois ma réponse était différente: je ne voulais plus être professeur de biologie, ni enseigner la chimie, ni devenir un génie génétique. J'ai décidé d'étudier l'environnement en croyant que, dans les trois ans à venir, l'environnement aurait sa place dans mon pays. Cela fait cinq ans depuis mes 18 ans, j'ai décroché une licence en Environmental Health et un master en Environmental Technology de l'AUB, et je rêve toujours de ce jour où je pourrai servir mon pays.
Nous étudions la pollution de l'air, de l'eau, comment gérer les ressources naturelles et les décharges. Entre autres, nous étudions la régulation des déchets, depuis le calcul de la quantité générée par habitat jusqu'à la conception d'un dépotoir pour déposer les déchets sans nuire à l'environnement. On étudie des jours, des nuits et des semestres pour décrocher les meilleurs résultats... Mais à quoi bon si c'est pour retrouver mon pays envahi par des ordures qui débordent sur les routes, des chats qui déchirent de leurs griffes tous les sacs en nylon et une odeur suffocante qui envahit les rues?
À l'école, on nous organisait des sorties et des pique-niques dans la forêt. Nous avons appris à recycler, à séparer les bouteilles de verre des bouteilles en plastique. Avec nos parents, nous avons souvent appris à ne pas jeter tout et n'importe quoi par la fenêtre et à considérer notre pays comme notre maison. Et voilà qu'un beau jour ensoleillé, je vois que ce sont les membres du gouvernement qui salissent mon pays. Non mais de quel droit? Leur travail ne consisterait-il pas plutôt à régler les problèmes de mon pays? Les lois s'entassent sur leurs bureaux, jour après jour, en attendant leur signature, eux qui ne pensent qu'au jour où ils seront – ou pas – réélus. Et ne parlons pas des délais qui s'éternisent pour obtenir un aval du Parlement.
Mais cela n'est pas notre sujet principal. Ah oui, les déchets! La durée de la décharge de Naamé n'était pas indéterminée ; elle n'était pas supposée être dépassée. Les maîtres de mon pays disposaient d'un délai de quinze ans pour trouver un nouvel site où déposer les déchets. Mais l'environnement étant un sujet d'intérêt secondaire, on a choisi de proroger le délai d'expiration du contrat de Naamé plutôt que d'élaborer un plan détaillé pour le tri à domicile. Si les dirigeants de mon pays n'ont pas le temps d'approuver les lois et décrets, ils ne doivent pas ignorer qu'il y a des spécialistes qualifiés, prêts à faire leur devoir, prêts à faire des changements pour maintenir la propreté de leur pays et, mieux encore, l'organiser!
Le Liban n'est pas le premier pays à produire des déchets, mais voilà qu'un si simple sujet d'ordures ménagères s'avère d'une complexité inattendue... Que dire alors de la sécurité de l'ensemble du territoire?

