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Culture - Exposition

« Afteratlas », ou la philosophie à l’ère de l’image qui voyage

Des photographies de chefs-d'œuvre sont-elles des œuvres d'art ? Cette question constitue l'une des nombreuses ficelles à suivre en visitant « Afteratlas »* au Beirut Art Center. Une exposition conceptuelle migrante, à la croisée de plusieurs chemins philosophiques, réalisée par Georges Didi-Huberman et Arno Gisinger.

Georges Didi-Huberman et Arno Gisinger.

À l'entrée du Beirut Art Center, se munir du parcours annoté des 25 vidéos projetées sur un même mur. Se planter devant ce mur qui ne parle que de lamentations (les vidéos choisies, allant du Regard d'Ulysse d'Angelopoulos à Once Upon a Time de Mohsen Makhmalbaf, en passant par Pétition de Zhao Liang, ou Cimetières de la falaise de Jean Rouch, ou encore Ubertragung de Harun Farocki, s'accordent à ce thème). Le visiteur peut tout aussi bien entamer son parcours en allant vers les photos affichées, mais ce Mnémosyne en vidéos de Didi-Huberman constitue si l'on veut une belle entrée en matière vers le reste de l'Afteratlas. Une sorte de clé de voûte de son travail philosophique et artistique. Le philosophe français y présente en effet un travail de recherche inspiré du Mnemosyne# 42 de Warburg, dont une vidéo basée sur un gros plan itinérant est projetée sur un mur adjacent. « Dans son assemblage anachronique en "constellations", Warburg a cherché à explorer de nouvelles associations entre des formes visuelles variées dans différents espace-temps, dégageant ainsi de nouveaux sens aux imaginations, désirs et affects», explique Didi-Huberman qui a adopté également cette manière dans
«Afteratlas»...


Poursuivre donc son parcours. Prendre le programme. Y lire le texte introductif, puis tenter de suivre les légendes relatives au numéro de chacune des œuvres collées ou projetées aux murs. Admirer leur beauté. Se promener entre les allées, s'attarder sur la lecture d'un manuscrit annoté de Nobokov.


Le visiteur lambda y verra un bel hommage à la photographie de bonne qualité, tentera de percer la signification de l'affichage, des dispositions, de déceler des signes, des images, de tâter un des nombreux thèmes à pêcher dans cette exposition présentée par deux hommes épris de philosophie et qui nous envoient dans un voyage à travers les idées de Nietzsche, Borges, Foucault, Deleuze et Guttari, Goethe, Wittgenstein, Walter Benjamin... Georges Didi-Huberman, historien de l'art et philosophe français, et Arno Gisinger, photographe autrichien basé à Paris, sont là pour accompagner leur exposition migrante. Et en expliquer les ramifications multiples aux journalistes et autres intéressés. Comme son nom l'indique un peu, « Afteratlas » fait suite à « Atlas : How to Carry the World on One's Back », une grande exposition organisée par Didi-Huberman au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia de Madrid en 2010. La même exposition a ensuite été présentée au ZKM à Karlsruhe (2011), ainsi qu'au Sammlung Falckenberg/Deichtorhallen à Hamburg (2011). La voilà donc aujourd'hui au Beirut Art Center.


«Dans Atlas, l'idée était de réunir et d'exposer les processus artistiques et intellectuels d'environ 140 artistes, écrivains, réalisateurs et penseurs à travers leurs travaux préparatoires et leurs œuvres originales », explique le philosophe. La limitation des moyens logistiques et matériels pour déplacer les œuvres originales dans différentes parties du monde a inspiré l'idée de l'exposition portative. « J'ai tout de suite pensé à Arno, le photographe philosophe. Avec une valise de 35 kg, on réalise une exposition. Avec une photo comme celle-là, on pourrait en faire un tirage de luxe, l'encadrer et la proposer à la vente à un prix exorbitant. Mais non, nous réalisons ici une exposition avec des photos éphémères et légères à transporter.»


« Afteratlas » est une exposition qui migre, donc, et dont chacune des œuvres exposées représente une temporalité différente. «Suivant le thème de l'inactualité dont a parlé Nietzsche», précise le philosophe français.
En ajoutant que cet essai photographique a été créé en réaction à la «photographie documentaire».
Devant ces images au format poster de 3.5 x 2.5 mètres, un photomontage de Gisinger, représentant des cartes, des plans, une œuvre de George Brecht photographiée dans sa caisse de transport, des clichés d'œuvres originales, des morceaux de contrats, des images de production, reflets, surfaces et interactions..


«Le concept d'une exposition post-Atlas, qui voyage avec des spécificités locales, s'inspire également de la notion de Wanderung propre à Aby Warburg : une migration transhistorique des formes qui acquièrent de nouvelles significations selon les contextes. Bien qu'il puisse exister quelque chevauchement dans le contenu, chaque édition de l'exposition se déploie sous une nouvelle forme », lit-on sur l'énoncé de l'exposition. Au Fresnoy, les photographies de Gisinger étaient imprimées en format plus petit, formant comme un film de pellicule, laissant voir entre chaque image l'espace d'exposition à l'étage supérieur de la galerie. Le rez-de-chaussée, qui pouvait seulement être vu de la salle du haut, devenait un écran pour la projection d'extraits de productions cinématographiques. Au Museum de Arte do Rio, une sélection modifiée des images de Gisinger était imprimée sur du bois et disposée au sol. Encore une fois, le spectateur faisait l'expérience des constellations photographiques en les regardant d'en haut.


Parmi les thèmes à piocher et à approfondir : la question de l' « aura » chez Walter Benjami, l'approche d'Aby Warburg relative à la reproduction des originaux, à la création de montages photo et aux savoirs non standards qui en dérivent.
L'édition beyrouthine d'«Afteratlas» se présente aussi avec ses spécificités, « à la fois pragmatique et plus marxiste dans son approche », expliquent les organisateurs.
Dans ce «voyage» visuel, cette distillation de connaissances nomade, Afteratlas ouvre la voie, à ceux qui le désirent, au débat sur la politique contemporaine de l'art, sa représentation et sa mise en espace.

 

* « Afteratlas » au Beirut Art Center, Jisr el-Wati, jusqu'au 22 mars, en collaboration avec l'ambassade d'Autriche et l'Institut français du Liban. Du lundi au samedi de 12h à 20h. Tél. : 01/397018.

À l'entrée du Beirut Art Center, se munir du parcours annoté des 25 vidéos projetées sur un même mur. Se planter devant ce mur qui ne parle que de lamentations (les vidéos choisies, allant du Regard d'Ulysse d'Angelopoulos à Once Upon a Time de Mohsen Makhmalbaf, en passant par Pétition de Zhao Liang, ou Cimetières de la falaise de Jean Rouch, ou encore Ubertragung de Harun Farocki, s'accordent à ce thème). Le visiteur peut tout aussi bien entamer son parcours en allant vers les photos affichées, mais ce Mnémosyne en vidéos de Didi-Huberman constitue si l'on veut une belle entrée en matière vers le reste de l'Afteratlas. Une sorte de clé de voûte de son travail philosophique et artistique. Le philosophe français y présente en effet un travail de recherche inspiré du Mnemosyne# 42 de Warburg, dont une vidéo basée...
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