Charlie Prince, musique et mouvement.
Il est grand, très grand, presque en apesanteur. Quand il confie son parcours en murmurant, du haut de ses 22 ans, ses choix et ses sensibilités, ses longs bras, interminables, deviennent des lianes qui embrassent l'espace avec des gestes lents et racés, et qu'importe si, au passage, il casse un verre posé sur la table ! Quand il se déplace, il donne l'impression de marcher sur l'eau, de danser, tout simplement. Sur le visage de Charlie Prince, dans son regard rêveur qui survole le monde, sur son corps musclé, tout en élégance, la danse a gardé ses belles traces. Les chemins qu'elle le fait parcourir, tous les jours, dans un rituel qu'il aime.
À Montréal où il a passé une grande partie de son enfance, et où il réside encore, Charlie a trouvé de nouvelles racines qui lui ont permis de s'envoler. Puis de revenir. La musique, il l'a apprise tout seul quand, à 15 ans, il se met au piano, reproduisant les sons que sa sœur aînée laisse échapper de son piano. Il déchiffre les notes à sa façon, avec ses propres codes, et se met vite à interpréter... Debussy. C'est à Mc Gill qu'il décroche une licence en musique en même temps qu'il entre dans la danse à l'âge de 17 ans. « J'étais d'abord intéressé par la direction d'orchestre, précise-t-il. Et puis j'ai voulu comprendre le rapport entre la musique et le mouvement. » « Même lorsque je composais, ajoute-t-il, je pensais d'une manière physique, en termes de gestes et de sensations. » De ce passage obligé dans le club très fermé des danseurs de ballet, tous déjà entraînés depuis 4 ans, ce cocon qui fonctionne avec une discipline incontournable et un esprit très compétitif, il se souvient d'un profond sentiment d'inconfort. « Je n'ai jamais aimé le côté systématique et intellectuel du ballet classique. Pour moi, la danse est surtout une connexion physique et spirituelle avec les autres, danseurs, pianiste, musiciens et chorégraphe. » Débuts difficiles donc, « pour mon égo ! Je me sentais un peu en retrait, face à des danseurs magnifiques », avant de commencer lui-même à apprivoiser les gestes, dépasser les clichés et appréhensions, et d'affirmer son identité, libano-canadienne, hétérosexuelle, de musicien et de danseur. « C'était important pour moi de définir les choses... »
Amateur ou pro
Pour mener au mieux ces deux carrières, et donner le temps qu'il faut à chacun, Charlie Prince danse le jour, compose la nuit, en espérant pouvoir, quand il en aura l'expérience, combiner les deux et produire des spectacles. « Je suis touché par le côté abstrait d'une danse. La meilleure façon de voir un spectacle est de se créer un narratif. Le ballet classique impose un narratif, souvent plus sexiste ! » Il a signé la musique de plusieurs créations artistiques, Evo-Illusion en 2011, For the Forest Under the Snow, Music for piano and percussion, Motley of Bricks en 2012, To feel the world on my skin et For Norway en 2013, ainsi que ceux de films-documentaires Sutratma I & II et Harlem USA. « La composition est une activité plus intime, avoue-t-il. J'aime y intégrer ce qu'on considère comme du bruit, jusqu'au mécanisme interne du piano, sa pulsion. » « J'ai eu la chance, poursuit-il, de composer un quatuor à cordes pour une chorégraphie dans laquelle j'ai dansé. L'expérience était difficile, j'ai senti une certaine autorité sur ma musique que je devais abandonner en tant que danseur, pour suivre la sensibilité du chorégraphe. Ça m'a donné le goût de ce que je voulais faire, c'est-à-dire composer une musique et y créer ma propre chorégraphie. »
Actuellement, et après des ateliers de travail de plusieurs années à l'école et centre chorégraphique Ballet Divertimento, et un programme professionnel à l'École supérieure de ballet du Québec, qui vient de s'achever, Charlie a participé à de nombreux spectacles – pour certains, il en est également le chorégraphe – Brick Roll, Quadriscope : A multimidia event et enfin Rage & Grace, « une pièce de 40 minutes qui a demandé 2 mois d'exploration et d'introspection, avec la participation de danseurs qui viennent d'univers complètement différents ». Il a obtenu de nombreuses distinctions dont le prix Anik Bissonnette pour l'Excellence en danse. En 2014, le jeune homme s'embarque dans une nouvelle aventure à Vancouver, où il va danser avec la fameuse Arts Umbrella Dance Company, qui lui offre une solide formation le faisant passer du statut d'étudiant à professionnel. « C'est là une très belle opportunité de travailler avec de célèbres chorégraphes du monde entier et une importante visibilité. »
Avec l'approbation de ses proches, à leur tête son grand-père, le peintre Samir Tabet – qui s'en étonnerait?–, Charlie Prince est donc reparti, sur la pointe des pieds, la tête tutoyant les étoiles, explorer de nouvelles possibilités. Et surtout les siennes.
Lire aussi
À Montréal où il a passé une grande partie de son enfance, et où il réside encore, Charlie a trouvé de nouvelles racines qui lui ont permis de s'envoler. Puis de revenir. La...

