Fadi Chahine, de la Sima Dance Company. Photo Carla Henoud
Fadi Chahine, 29 ans, est l'un des fondateurs de la troupe Sima Dance Company, auprès de Alaa Kreimid, également directeur artistique et chorégraphe, et sa femme Lana Fahmi. Le couple n'aime visiblement pas les interviews. Au lieu de cela, ils dansent, enseignent et font danser... Et donnent la parole à Fadi, qui la porte bien. Depuis qu'ils ont remporté la victoire de l'édition 2013 de Arabs Got Talent, les membres de la troupe se sentent une plus grande responsabilité, à la fois artistique et humaine, dans un contexte particulièrement difficile. Avec de nombreux projets et rêves, festivals et spectacles divers, et un jour la création d'une Sima Academy qui pourrait, espèrent-ils, former une nouvelle génération de danseurs.
«J'ai commencé la danse à 8 ans», confie Fadi. Un corps parfait, un beau regard réservé, un peu triste, relevé d'un sourire humble, il illustre bien cette génération de Syriens qui ont envie et enfin l'opportunité de faire parler leurs gestes dans des mouvements élégants, classiques et modernes. Cinq ans de ballet classique et contemporain à l'Institut supérieur d'art dramatique de Damas lui en donnent conscience : «J'ai compris que ce corps avait d'infinies possibilités porteuses de nombreux messages.» C'est là qu'il rencontre Alaa Kreimid, Lana Fahmi, Dania Jamil et d'autres, également étudiants. Après les cours, le groupe poursuit le travail dans une même vision et un même élan. «Notre passion s'est transformée en métier...» À partir de 2004, et rejoints par d'autres danseurs, ils se produisent dans des spectacles, parmi lesquels Puzzle, Madinat el-Douma ou encore Minus...
Le nom s'impose à eux et devient officiel en 2007. «Sima, qui est un peu la quintessence des choses, résumait bien nos ambitions et notre art, que nous voulons vrai, précis, différent.» Depuis un an, 7 des 25 danseurs sont, provisoirement, espèrent-ils, à Beyrouth, en attendant de meilleurs jours. Lorsqu'ils y sont invités, ils se produisent sur scène, comme celle du Festival de Beiteddine ou du théâtre Babel, et déploient leurs différentes techniques, classiques, improvisées ou contemporaines. Le Sima Dance Studio, dans lequel ils donnent des cours, leur permet de s'étourdir en même temps que de transmettre leur savoir-faire. «Notre petit groupe s'est transformé en un vrai projet collectif, poursuit Fadi. Nous voulons montrer que nous pouvons, en tant que danseurs et danseurs arabes, aller encore plus loin que ce qui existe déjà, la danse traditionnelle ou le break dance. La vie nous offre un patrimoine, une culture et une histoire, qui sont la continuation naturelle de la nôtre.»
Un concours et une belle visibilité
«Nous n'avons pas participé à Arabs Got Talent pour gagner, précise-t-il, mais pour nous exprimer.» Pour leur première chorégraphie, ils étaient 6 à danser sur les notes de Vivaldi, laissant place, au deuxième tour, à une émotion légitime avec Houna el-Sham, un hymne à leur ville représentée par 15 danseurs. «Pour la finale, nous étions 20. Nous avons voulu profiter de cette occasion unique pour partager tout ce que nous savions faire et surtout notre amour de la vie.»
Le public, à l'unanimité, applaudit leur performance et leur victoire. «C'est difficile, dans cette tristesse, de délivrer des messages de continuité, de bonheur, d'amour et de paix chez nous et partout ailleurs. Nous le faisons en dansant. Nous avons surtout réussi à dessiner un sourire dans la réalité de nos compatriotes, c'est là que réside notre plus belle victoire.»
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