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L’impact de la révolution numérique sur les enfants et les adolescents

Les recherches ont prouvé le lien entre les jeux vidéo violents et le comportement agressif de l’enfant

Michel TOUMA | OLJ
27/01/2014

La révolution numérique qui envahit notre quotidien se traduit, entre autres, par la prolifération sur le marché d'une très vaste gamme de jeux vidéo qui occupent souvent de très longues heures dans les loisirs préférés des enfants et des adolescents. L'impact de ces jeux vidéo sur le psychisme, le comportement social ou même les performances cognitives des enfants a fait l'objet de nombreux travaux dans les laboratoires de psychologie.


Georges Cognet, président de l'APPEA, psychologue clinicien et enseignant à l'École de psychologues praticiens de Paris, a exposé, au cours du colloque de La Villette, le cas de deux adolescents amateurs de jeux vidéo violents, l'objectif de son intervention étant d'évoquer le rapport entre cet environnement numérique constitué par les jeux vidéo et « le déroulement du processus adolescent ». Cognet relève sur ce plan que les deux adolescents dont il a rapporté le cas soulignent que s'ils sont tellement accros aux jeux vidéo violents, c'est parce qu'ils apprécient la liberté totale qu'ils trouvent dans ces jeux. « Il y a tout dans ces jeux et il n'y a pas de limites. Tout est permis », confie l'un d'eux. Et pour cause : ils peuvent tuer, écraser des gens, bousculer les passants dans la rue, etc. La réalisation graphique de ces jeux est très réaliste, si bien que le scénario reflète le réel. C'est ce qu'apprécient précisément ces jeunes, souligne Georges Cognet. « Ce qu'ils apprécient, précise-t-il, c'est qu'ils ont une liberté d'action totale. Ils peuvent faire tout ce qu'ils désirent dans un monde réaliste. »


Les conséquences de la pratique de tels jeux vidéo violents sur le comportement social des adolescents ont été passées en revue par Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale, directeur du laboratoire interuniversitaire de Psychologie Personnalité, Cognition, Changement social à l'Université de Grenoble-Alpes. Bègue souligne d'emblée qu'il serait erroné d'affirmer que les meurtres et les crimes de masse sont une conséquence des jeux vidéo. Il reste que les jeux vidéo ont des effets affectifs et cognitifs au niveau d'autres facteurs qui, eux, entraînent un comportement agressif. À titre d'exemple, il a été établi qu'un manque de sommeil, dû à une utilisation prolongée des jeux vidéo pendant plusieurs heures, a pour conséquence d'accroître l'irritabilité et le comportement agressif.
Laurent Bègue rapporte dans ce cadre que le lien direct entre les jeux vidéo violents et le comportement agressif des enfants est prouvé par le cumul des données et des résultats de plus de 130 études et recherches portant sur 130 000 jeunes, effectuées dans plusieurs pays occidentaux et asiatiques. Ces recherches ont été menées suivant différentes méthodes expérimentales. Outre le fait qu'elles ont montré que la pratique assidue des jeux vidéos violents entraîne un accroissement des comportements violents et agressifs, ces études ont mis en évidence d'autres conséquences non moins importantes.


L'usage intensif de jeux vidéo violents provoque ainsi une désensibilisation à l'égard de la souffrance d'autrui, en ce sens que l'on sera moins sensible à la douleur des autres ou aux scènes de violence et de guerre dans la vie réelle. Autre effet démontré par les recherches : on a plus tendance à imputer aux autres une attitude hostile à notre égard lorsqu'on est confronté à une friction banale. Si on est bousculé ainsi par inadvertance dans la rue ou dans un couloir, on aura tendance à interpréter cette bousculade fortuite comme un comportement hostile.
Laurent Bègue fait état en outre d'un autre effet à court terme, à caractère physiologique, en ce sens qu'un jeu vidéo violent provoque une perturbation du rythme cardiaque, ce qui entraîne comme corollaire un malaise physiologique et donc psychologique. La conséquence directe de ce phénomène est un accroissement du comportement agressif.


Comment remédier à de tels effets néfastes ? Laurent Bègue souligne que la solution pour les parents et les éducateurs ne réside pas dans l'interdiction pure et simple de ces jeux. Il préconise plutôt de réguler l'utilisation des jeux en diminuant, notamment, le temps d'utilisation car ce facteur « temps » se répercute proportionnellement sur l'ampleur des effets néfastes. Et M. Bègue de conseiller en outre aux parents d'orienter le choix des jeux en remplaçant les jeux vidéo violents par des jeux susceptibles de favoriser des comportements prosociaux, tels que l'altruisme, l'aide spontanée à autrui ou la coopération constructive au sein de la société.

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