Le PM désigné Tammam Salam conférant avec l’ambassadeur US, David Hale. Dalati et Nohra
Commencée par une vague d'optimisme en ce qui concerne la formation d'un nouveau gouvernement, la semaine s'achève sur une nouvelle morose : le blocage apparu en milieu de semaine se confirme et la formation d'un gouvernement d'union nationale s'avère plus difficile qu'il n'est apparu, quand la formule d'un gouvernement de 24 ministres, formé à parts égales de 8 ministres de chacun des trois camps en présence, fut convenue.
C'est surtout l'application du principe d'une rotation des portefeuilles, qui a fait grincer la machine. Michel Aoun, en effet, insiste pour que le portefeuille de l'Énergie reste aux mains de Gebran Bassil. D'accord avec le principe, le chef du CPL ne l'est pas avec son application en raison de la durée de vie restreinte du gouvernement, qui n'excédera pas quatre mois. Au nom de la continuité, M. Aoun souhaite que M. Bassil continue de gérer ce dossier, quitte à ce qu'il passe la main en mai ou juin prochains, après l'élection d'un nouveau chef de l'État et la formation d'un nouveau gouvernement.
Dans les milieux du CPL, on juge que l'insistance à vouloir priver M. Bassil de son dossier est à la fois « illogique » et « ambiguë », et pourrait cacher une volonté de retarder l'exploitation par le Liban de ses gisements de gaz sous-marins ; une volonté que M. Hikmat Dib n'a pas hésité à attribuer, dans une déclaration télévisée accordée à al-Manar, à « certains pays du Golfe ».
En tout état de cause, le Hezbollah et le mouvement Amal se sont solidarisés avec Michel Aoun et ont affirmé qu'ils ne participeront pas à un gouvernement dont le CPL sera absent. Cette solidarité exclut donc que le Premier ministre désigné forme un gouvernement sans le Hezbollah, comme l'agence Reuters lui en a attribué l'intention, dans une dépêche.
« Le Premier ministre libanais lance un ultimatum au Hezbollah », avait titré l'agence hier. « Le Premier ministre nous a dit qu'il ne pouvait plus les attendre plus longtemps, ajoutait-elle. Encore deux ou trois jours, et ensuite, il a annoncé qu'il formera un gouvernement sans eux. »
M. Salam a démenti hier soir ces propos, affirmant, selon une source dite « proche de Mousseitbé » citée par la télévision du Hezbollah, que M. Salam « n'est pas concerné par les paroles que l'agence lui a attribuées ».
Ce qu'un épisode de cette nature révèle quand même, c'est qu'effectivement, « le temps court » et qu'il « se fait court », et que le Premier ministre désigné et le chef de l'État pourraient avoir recours à leur plan « B », en l'occurrence la formation d'un gouvernement dit « neutre », comprenant des personnalités de tous horizons politiques, mais qui seraient uniquement apparentées aux courants en place.
Que le temps se fasse court, nul n'en disconvient. En effet, le chef de l'État avait fixé à la première quinzaine de janvier la date de la formation d'un nouveau gouvernement, dans le souci de garantir la continuité des institutions, au cas où, faute d'une élection présidentielle dans les délais, le gouvernement devrait assumer provisoirement les fonctions présidentielles, comme le prévoit la Constitution.
On sait en effet que le mandat de M. Sleiman touche à sa fin le 24 mai et qu'un nouveau président doit être élu par la Chambre dans un intervalle de deux mois au plus et d'un mois au moins avant l'expiration du mandat de son prédécesseur.
Telles que les choses suivent leur cours, un nouveau gouvernement ne pourra même pas voir le jour d'ici à la fin du mois de janvier, estiment les observateurs. Les plus optimistes comptent cependant sur les contacts discrets qui se poursuivent entre les parties concernées, parmi lesquels il faut signaler un dîner auquel Amine Gemayel a été convié à Bnechi chez Sleiman Frangié, lundi.
On ignore ce que la souplesse de M. Gemayel pourrait faire face à l'intransigeance de Michel Aoun, qui insistait hier soir sur la nécessité pour son bloc d'être représenté « en fonction de son importance numérique ».
Pour importants que soient le dossier gouvernemental et la vie des institutions, deux autres dossiers commencent à les rivaliser en importance : ceux du terrorisme jihadiste et de la sécheresse. Le premier dossier a été illustré hier par un avertissement adressé aux sunnites par le Front al-Nosra au Liban, dans lequel le groupe leur demande de se tenir à l'écart non seulement des positions, mais des fiefs ruraux et urbains du Hezbollah, une demande absurde et impossible à satisfaire. L'autre dossier n'est pas moins grave. Une sécheresse qui n'a pas son exemple depuis le début du XXe siècle frappe en ce moment le Liban, où il n'a pas plu depuis un mois et demi maintenant, alors que nous sommes en pleine saison humide, et où le taux de pluviométrie à cette date est de 237 mm, contre 700 mm l'année dernière et 478 mm en moyenne...

