Le contexte global dans lequel l'économie chinoise évolue – et qu'elle façonne en large partie – a été bouleversé ces dernières années. Jusqu'à la récession globale, la Chine affichait une croissance à deux chiffres reflétant un fort taux d'investissement et des gains de parts de marché grâce à une base de production low-cost. L'apogée de ce modèle est atteint en 2007 avec un taux de croissance de 14,3 %, pour moitié imputable à l'investissement, et un excédent commercial de 8,8 % du PIB. Après 2008, la demande des pays riches est contrainte, ce qui accélère l'obsolescence de ce modèle, condamné à terme par la montée des salaires. La croissance a été de 7,7 % l'an dernier et le surplus commercial de 2,8 % du PIB. Évalué en parité de pouvoir d'achat, le poids de la Chine dans le PIB mondial est passé en vingt ans de 4,8 % à 15,4 %, il devient donc plus difficile d'« importer » la croissance.
Un autre changement tient à l'action des autorités chinoises en matière de pilotage de la croissance. Dans l'urgence, après le choc de 2008, l'activité a été relancée en ouvrant les vannes du crédit. Les déséquilibres qui ont résulté (excès immobiliers, surinvestissement, shadow banking) sont autant de menaces sur l'économie, et donc sur la stabilité politique. La nouvelle équipe dirigeante, arrivée aux affaires fin 2012, a réaffirmé l'objectif de rééquilibrage du modèle de croissance, le but étant de donner aux mécanismes de marché un rôle « décisif » dans l'allocation des ressources. La liste des réformes prévues est longue, couvrant la libéralisation du secteur financier, l'assainissement des finances publiques locales, la réduction du rôle des entreprises d'État, une plus grande libéralisation des services. La nécessité de préserver la paix sociale va étaler cet agenda sur plusieurs années. Mais en mettant l'accent sur la soutenabilité du modèle de croissance et en promettant de lutter contre la corruption à tous les niveaux, le diagnostic semble avoir été bien posé.
Le regard des prévisionnistes a donc changé, tant à court qu'à long terme. La grande interrogation sur la Chine n'est plus de déterminer la date à laquelle le PIB chinois dépassera le PIB américain, mais plutôt de savoir le niveau d'atterrissage du rythme de croissance soutenable.
Économie
Un regard sur la Chine
OLJ / le 24 janvier 2014 à 00h00


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