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Nos lecteurs ont la parole - Carla Yared

Indignons-nous !

Elle s'appelle Maria, elle a 19 ans. Pour conjurer sa peur et le sort, elle avait écrit qu'elle venait d'échapper à un troisième attentat et se posait la question de savoir si elle survivrait à un quatrième. Moins de trois semaines plus tard, on connaît la réponse. La banlieue sud n'est pas qu'une image télévisuelle. À quelle distance des lieux des attentats sont nos enfants?
Le ministre de l'Intérieur n'arrive pas à stopper l'hémorragie mais il fait de la communication institutionnelle: un vade-mecum à l'attention des survivants aux attentats détaille la marche à suivre. Un des conseils indique de s'éloigner des lieux le plus vite possible. Surtout si on est chanteur de rap au faciès «islamiste»? La méfiance s'installe.
L'autosécurité va-t-elle suivre? À quand les groupes d'autodéfense internes aux quartiers qui évolueraient volens nolens en milices ? Rien que l'évocation du mot donne la chair de poule. Et ne nous pinçons pas le nez, c'est bien ainsi que ce que nous appelions pudiquement « les événements de 1975 » ont commencé. État impuissant. Menace. Défense. Affrontement.
Nous commençons pourtant à nous pincer le nez devant les monticules de détritus qui s'accumulent. Oh, la chirurgie esthétique de Sukleen est passée par là : hier une matière blanche saupoudrée comme cerise sur le gâteau. Aujourd'hui, les branches élaguées, maquillage-camouflage, n'arrivent pas à dissiper les relents d'une puanteur qu'on voulait révolue.
Malgré bénéfices et autres pots-de-vin qu'on dit faramineux, nos politiques n'ont pas investi dans le recyclage des déchets. Pourquoi ces bennes qui débordent de sacs mal ficelés ne restent-elles pas à l'intérieur des immeubles jusqu'au passage des éboueurs? Par respect pour les espaces publics. Communs !
À la droguerie du coin, les clients commencent à dévaliser les sachets de mort-aux-rats. Entre-temps les petits bonhommes verts continuent de balayer les rues.
Il ne pleut pas. La misère n'en est pas moins pénible au soleil. Avant, les pauvres et estropiés étalaient leur déveine aux feux rouges, pour attendrir le cœur des automobilistes. La misère syrienne les pousse vers l'intérieur des quartiers, là où le ralentissement de la circulation provoque des embouteillages. Quête déguisée en vente de bric et de broc.
Deux actualités se disputent notre intérêt : La Haye et Genève 2. Complémentaires. Le Tribunal spécial pour le Liban a égrené les noms des victimes. Charles Chikhani. Et même si la justice sera rendue par contumace, l'opprobre demeurera sur le front des assassins comme une tache indélébile. Et cette tache, comme pour Caïn, nous empêchera de devenirs justiciers
nous-mêmes.
On ne peut plus subir ce pays comme une fatalité. On ne peut plus attendre de savoir à quelle addition nous serons mangés : 8+8+8 ou 9+9+6 ? Oui à la résilience individuelle, celle qui permet à chacun de surmonter les traumatismes de sa vie. Non à la résilience collective qui avait permis d'installer la guerre dans la durée. Et celle qui va nous pousser à nous accommoder chaque jour davantage de ce toboggan savonné qui nous mène déjà vers les abysses.

Carla YARED

Elle s'appelle Maria, elle a 19 ans. Pour conjurer sa peur et le sort, elle avait écrit qu'elle venait d'échapper à un troisième attentat et se posait la question de savoir si elle survivrait à un quatrième. Moins de trois semaines plus tard, on connaît la réponse. La banlieue sud n'est pas qu'une image télévisuelle. À quelle distance des lieux des attentats sont nos enfants?Le ministre de l'Intérieur n'arrive pas à stopper l'hémorragie mais il fait de la communication institutionnelle: un vade-mecum à l'attention des survivants aux attentats détaille la marche à suivre. Un des conseils indique de s'éloigner des lieux le plus vite possible. Surtout si on est chanteur de rap au faciès «islamiste»? La méfiance s'installe.L'autosécurité va-t-elle suivre? À quand les groupes d'autodéfense internes aux quartiers qui...
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